Christelle Nadia Fotso: « Je veux faire éclater la vérité sur la mort de mon papa »
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Avocate au Barreau de Washington DC, aux Etats Unis, et au Barreau de Bruxelles, la capitale européenne, et écrivaine, elle vient de saisir le procureur de la République de Paris pour demander l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de la mort de son père. Elle explique sa démarche.

Vous êtes une des filles Fotso, le patriarche décédé, le 19 mars 2020, à l’hôpital américain de Neuilly, dans le 16è arrondissement de Paris. Vous venez de saisir le procureur de la République de Paris pour dénoncer les circonstances de la mort de votre père. Pourquoi cette action judiciaire?

La vérité. Mon action n'est pas celle d'une des filles de Victor Fotso. Elle est celle d'une avocate qui sait qu'on judiciarise ce genre de choses pour faire éclater la vérité ! C’est une démarche juridique pas sentimentale car ce n’est pas une affaire de famille puisque l’illégalité des actes commis met la fin de Fotso Victor sur la sphère publique. Je suis fatiguée qu'on marche sur Fotso en agissant comme si le problème c'était lui alors qu'il a commis deux erreurs tellement humaines qui ont causé sa perte : vieillir et faire confiance à ses enfants en pensant qu'ils étaient à son image. J'ai judiciarisé pour dire haut et voir Victor Fotso, c'est Liliane Betancourt, un vieux monsieur dont on a usé des faiblesses et de sa vieillesse cruellement et illégalement.

Quelles sont les chances de voir aboutir votre requête quand on sait qu’en 2017, déjà, une autre plainte que vous aviez introduite à Nanterre contre certains de vos frères et sœurs pour « abusde faiblesse » sur Victor Fotso avait été classée sans suite ?

La question n'est pas la bonne et permettez-moi de vous faire remarquer qu'en 2017 lorsque j'ai porté plainte, j'aurais pu si mon désir avait été de tout casser simplement me constituer partie civile par la suite et faire du droit. Je ne l'ai pas fait parce que mon père me l'a demandé et qu’il était en fin de vie. J'ai pensé à tort que son entourage ferait plus attention, serait moins négligent, moins cruel et surtout le laisserait mourir dignement en l'enterrant noblement. Vous soulignerez également que je n'ai judiciarisé que juste après la mort, que je n'ai pas participé à la farce de Nanterre autour du rapatriement de sa dépouille. J'ai pris mon temps, le temps, j'ai fait mon deuil puis j'ai enquêté, j'ai eu des témoignages et des éléments. On va faire du droit et faire éclater la vérité. Ce n'est pas vraiment du sport mais une cause noble et juste. Ce qui compte est qu'enfin le droit et les faits vont parler pas le kongossa, les camerouniaiseries et les Bandjouniaiseries.
Heureusement mon père est mort en France et pas au Cameroun qui est le pays de l'arbitraire, de l'absurde et de la pensée magique. On est qu'à la première minute d'un match qui va durer. Je suis prête. C'est Cameroun vs. Argentine mais je me suis entraînée depuis au moins 3 ans et j'ai eu un excellent préparateur mental : Victor Fotso. La succession de mon père est ce qu'on appelle en anglais a« shiningobject » qu'on brandit pour faire oublier Fotso et sa fin problématique. Je suis très américaine pas traditionaliste ou conservatrice. Je ne crois pas qu'il soit possible de succéder/devenir Fotso. Mais ce ne sont que mes convictions.

Vous avez clairement refusé l’héritage de votre père. Mais la succession ouverte en juin dernier a désigné Damien Ngappe Fotso comme Chef de famille. Certains ne manquent pas d’établir un lien entre cette succession et l’action judiciaire ?

La succession est une distraction abracadabrantesque qui montre qu'on ne se pose pas la seule vraie question : qu'est-ce qui est arrivé à mon père ? Je dirais à vos lecteurs de faire l'effort d'écouter ce que je dis, de lire ce que j'écris et de se demander“ et si Christelle Nadia Fotso avait raison ?" Je me suis mise hors-jeu de ce sketch parce qu’il me semble ignoble de passer si vite, trop vite à autre chose alors qu'il y a des délits, des crimes et qu'on a abusé jusqu'à la lie d'un vieil africain en France pour le larguer à l'hôpital américain une fois l'extorsion terminée. Victor Fotso était connu, de son vivant, pour sa rectitude morale, sa méticulosité et son sens de l’organisation. Comment expliquer qu’il ait pu laisser deux testaments, datant de la même année (2014) de surcroît ? D'autres testaments feront surface. A la fin de sa vie Fotso Victor était sous emprise et un petit groupe avait pris le contrôle.

Dans votre ouvrage « Défigurée », paru en février 2020, vous évoquez notamment l’entourage du patriarche Victor Fotso, qui ne comprenait pas que des gens recommandables. Vous indexez la structure même du patriarcat qui, selon vos dires est constituée de « gens idiots utiles et la phallocratie ». Quelle responsabilité a le patriarcat dans le déchirement de la famille Victor Fotso ?

Il faut lire le livre, lire Défigurée. Fotso Victor était le dernier bamiléké! Il appartenait à une autre époque, un autre monde. Il a vécu très longtemps sans avoir les outils pour le nouveau monde. Il ne faut jamais oublier qu'il ne savait ni lire ni écrire. Cela rend trop inaccessible et mettait une barrière entre lui et moi puisque ma passion est l'écriture et que je ne parle pas Bandjoun. Le patriarcat, c'est ce qui cimente et rend l'absurdistan tenace en sexualisant et en rentabilisant la domination. Il y a surtout l'inculture et la passion contemporaine de l'ignorance comme dirait Achille Mbembe. Figurez-vous comme mon père, peu lisent. Lui en avait honte. Aujourd'hui, beaucoup sont fiers d'être incultes en pensant que le plus important est l'argent et le phallus. Il y a trop d'experts en Fotsologie alors qu'ils ne savent même pas qu'à la fin Fotso ne reconnaissait même plus sa fille, cela leur importe peu d’ailleurs. Ce qui est déchirant est que le dernier bamiléké s’est fait bouffer par cet entourage et que cela passe. Le patriarcat n’a plus d’assise morale et c’est pour cela qu’il n’a pas d’avenir...

Comment sortir de cette situation où tout le monde donne l’impression de se regarder en chiens de faïence, et ramener la sérénité nécessaire dans la cellule familiale?

La justice et la vérité. Derrière ce désordre, il y a des injustices et au moins un crime. Le silence et le huis clos ne sont pas des solutions ; la fin de Victor Fotso n’est pas une affaire de famille car sa monstruosité la met sur la sphère publique. Comme Hannah Arendt je dis « Fiat veritas, et pereatmundus ! » Une dame avec une violence incroyable et une légèreté insoutenable m’a dit que j’étais ridicule en attaquant mon lien avec mon père. Cela m’a fait penser au petit vieux qu’était devenu Fotso Victor et qui est mort en sachant qu'on le rendrait coupable de son viol et qu’il serait difficile pour sa fille handicapée de se faire entendre vu la
culture du silence. Mais il a fermé les yeux en sachant que ne pas savoir marcher et être moquée ou ridicule ne l’empêcheraient pas de se battre pour la vérité et son honneur. La vérité est nue et comme moi, défigurée !

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