J’ai déjà expérimenté la galère !
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Ce n’est pas seulement la janviose qui pose des problèmes aux camerounais, il y a aussi les nombreuses difficultés que nous rencontrons tout au long de l’année. Puisque moi aussi j’ai déjà expérimenté la galère

J’ai déjà expérimenté la faim

Les gens ne s’en rendent pas compte, mais c’est vraiment difficile de survivre avec la famine dans le ventre. C’est compliqué de se réveiller et de ne même pas savoir si on va pouvoir grignoter quelque chose dans la journée.

Pour mon cas personnel, j’ai déjà expérimenté la famine à plusieurs reprises : en 2002 lorsque j’étais un étudiant à Ngoa-Ekellé, en 2014 lorsque j’avais été cambriolé à Douala et que je me suis retrouvé sans domicile fixe à Sangmélima, et plus récemment en 2019 après le décès de mon grand-frère James…

Et c’est dans ces moments-là que tu peux sentir à quel point ton estomac est noué, lorsqu’il n’a pas eu d’activité digestive pendant près de 24 heures. Tu peux aussi remarquer que ton cerveau ne fonctionne plus correctement. On cesse d’être sélectif lorsque quelqu’un te proposera quelque chose à ingurgiter, et tu développeras même une sorte de gustation bizarre. Tu vas devenir le genre de personne qui est régulièrement constipée, et tu ne vas même plus souvent accorder de l’importance aux épices. Parce que la seule chose qui compte pour quelqu’un qui a réellement faim, eh bien c’est de manger !

J’ai expérimenté la valeur de l’argent

Et donc dans mes galères, j’avais commencé à mesurer la véritable valeur de l’argent. Puisque quand je suis souvent plein aux as, je dépense follement sans compter. Quand j’ai les poches qui débordent, j’achète parfois des futilités qui sont littéralement sans aucune importance. Et par moment, je deviens même orgueilleux, condescendant, ostensiblement irrévérencieux voire méprisant envers les femmes, etc.

L’argent ! J’ai compris qu’avec mille francs CFA seulement, tu peux faire ton bonheur pendant plusieurs jours !Que les reliquats que j’abandonnais chez les jolies boutiquières pouvaient pourtant m’être d’une utilité salvatrice. J’ai compris qu’on peut acheter beaucoup de petites choses essentielles avec un minimum de pognon, et donc qu’il fallait immédiatement que j’arrête avec le gaspillage !

J’ai aussi expérimenté les gens qui comptent

La galère a quand même de bons côtés, et particulièrement le fait de découvrir le vrai visage des gens. Découvrir les bonnes personnes. Les amis fidèles. Une véritable famille. Parce que pendant ta galère, nombreuses sont celles-là qui te lâcheront en mondovision, en se disant que « Je vais même chercher quoi avec un pauvre type comme celui-là ? ». Et pourtant, il y aura tes vrais amis qui vont te demander : « Tu as besoin de quelque chose ? Je peux t’aider ? Je peux te donner un peu d’argent ? ». Il y aura certains membres de ta famille qui seront disponibles pour te secourir coûte-que-coûte, sans aucune contrepartie en retour. Il y aura une petite amie que tu négligeais pourtant, mais que tu considéreras sérieusement dorénavant. Parce qu’elle sera toujours là pour te nourrir, pour te conseiller, pour te choyer, pour t’accompagner et pour t’aider à rebondir le plus rapidement possible. Tandis qu’il y aura plein de gens qui n’auront même plus envie de décrocher tes simples coups de fil !

J’ai enfin expérimenté la générosité

Depuis ma galère, j’ai vraiment beaucoup changé. J’observe les choses différemment. Mieux, je reconnais publiquement que je m’étais trompé …

Auparavant, j’étais dur de caractère, et je pensais que tous ceux qui étaient en difficulté étaient les seuls responsables de leurs propres turpitudes. C’est faux ! Il y a parfois des personnes honnêtes qui font réellement tout ce qu’il faut pour s’en sortir, mais qui n’y parviennent pas. Pourtant, je refusais de les aider parce que je me disais qu’elles avaient certainement commis plusieurs bêtises quelque part…

Je m’étais trompé ! J’écoute désormais les problèmes des gens lorsqu’ils me les posent. Et j’essaye de les aider si je m’en sens capable. J’ai décidé de devenir désormais généreux et altruiste. D’ailleurs dorénavant, je vais commencer à dorloter mes neveux et mes nièces puisque je les considérais même déjà comme mes propres enfants.

J’ai déjà trop expérimenté la galère !

Ce n’est pas seulement le mois de janvier qui est difficile, il y a aussi les nombreuses difficultés que nous rencontrons tout au long de l’année civile.

J’ai aussi déjà expérimenté le chômage ! Comme moi, il y a beaucoup de Camerounais qui n’ont aucun emploi. Il y a beaucoup de Camerounais qui sont très mal payés. De nombreux travailleurs ne sont pas enregistrés à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS). Il y en a d’autres qui ont déjà accumulé plusieurs arriérés de salaire…
J’ai déjà expérimenté la solitude ! C’est très difficile pour une femme célibataire de pouvoir élever ses enfants convenablement, et c’est aussi difficile pour un orphelin de pouvoir assumer son avenir et son éducation.

J’ai déjà expérimenté l’incertitude, il faut bien le dire, puisque la récompense du travail n’est pas proportionnelle aux nombreux efforts que nous fournissons ici au Cameroun.

Mais malgré ces rudes épreuves, j’avais aussi expérimenté ma capacité d’adaptation. Durant ces galères, j’ai surtout pu expérimenter ma résilience. Pendant ces moments difficiles que j’espère que vous ne rencontrerez jamais dans votre vie, j’avais quand même expérimenté la sincérité des gens qui m’apprécient et la gentillesse des gens qui m’affectionnent.
Et cela restera ma plus belle expérience, parce que je ne pouvais jamais parler des Camerounais si je n’étais même pas déjà capable de comprendre les difficultés que vous rencontrez …

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