Ngo Madeng Pauline, la reine oubliée de l’Indépendance du Cameroun
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Ngo Madeng Pauline, la reine oubliée de l’Indépendance du Cameroun :: CAMEROON

Depuis son sacre le 1er janvier 1960, la septuagénaire n’a reçu aucune reconnaissance du Cameroun.

Son majestueux Kaba Ngondo marron orné de dentelle et ses cheveux soigneusement coiffés sous un joli foulard, lui confèrent un look de vraie reine africaine. Ngo Madeng Pauline, épouse Ndeby Etjeke, est chic. Elle est pourtant très loin des strass et des paillettes qu’elle n’a connues que l’espace de quelques heures. 

C’était le vendredi 1er janvier 1960. Jour marquant l'accession du Cameroun à l'indépendance. Son teint noir et lumineux est le gage de son authenticité. Une claque au phénomène d’éclaircissement de la peau qui envahit le continent noir. Black is beautiful... 

A 78 ans, cette ancienne reine de beauté n’a pas perdu grand-chose de sa superbe. Si ses jambes la trahissent un tout petit peu, sa voix, elle, est restée forte et puissante.

Pauline a toute sa mémoire. Et, comme si c’était hier, elle se souvient de son casting pour le titre de "Reine de l’Indépendance du Cameroun". Elève à l’école Notre Dame de Mvog-Ada à Yaoundé, elle a 17 ans. «Aucun casting n’a préalablement été organisé. Une candidate a d’abord été choisie. Mais, les religieuses m’ont préférée à elle, pour mon âge, mon physique et ma vivacité. Elles m’ont alors appris à marcher devant la tribune et à saluer les autorités», explique la Reine, un brin nostalgique. 

Une vie ordinaire

Avoir porté le drapeau du Cameroun lors du défilé marquant un tournant décisif pour le Cameroun, reste un réel honneur pour elle Une fierté. « Mes parents étaient contents de voir leur fille représenter le pays. C’était une histoire remarquable. Un évènement pour tout le village et même pour le peuple bassa », se souvient-elle. 

Pourtant, Pauline n'aura pas profité de toute cette gloire. Elle n’a jamais été conviée à une commémoration relative à l’indépendance du Cameroun, à une élection de Miss. Elle n’a jamais reçu de félicitations officielles. Ingratitude, oubli, déni…  

En effet, Pauline qui vit aujourd’hui à Coucouwè sur la route de Kribi, à 5 km d’Edéa, a mené une vie ordinaire avec pour seule souvenir sa photo de reine. Jouant comme il se doit son rôle de mère auprès de ses six enfants dont quatre sont encore en vie, et celui d’épouse, sans rien attendre du gouvernement camerounais. C’est d’ailleurs avec beaucoup de réserve et surtout de scrupule qu’elle évoque le traitement qui lui a été administré.

Dans le Rdpc, le Parti politique où elle milite, beaucoup de ses camarades ne savent même pas qu’ils côtoient une reine. Encore moins ses voisins. 

Pourtant l’image de Pauline est utilisée dans des films et documentaires qui parlent du Cameroun. 

Dans "Autopsie d’une pseudo indépendance", le film produit et réalisé par Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, on voit des séquences de son passage devant la tribune du quartier Hippodrome à Yaoundé (32ième mn et 54 secondes), où se trouve l’actuel consulat de l’ambassade d’Allemagne au Cameroun.

D’un pas majestueux, elle défile devant des personnalités, tout en hissant haut le drapeau du Cameroun. Elle arbore une robe blanche et de jeunes filles portent sa traine. Pauline est suivie par des représentants des partis politiques, l’Union camerounaise d’Ahmadou Ahidjo et l’Upc entre autres. Il y avait également des représentants d’associations, des policiers et gendarmes camerounais, des écoliers et des collégiens.

Ahmadou Ahidjo

Des applaudissements retentissent de la tribune où étaient assises des personnalités. Le premier ministre du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, le secrétaire général de l’Onu Dag Hammarskjöld, le ministre de la France d’Outre-mer Louis Jacquinot, Golda Meir, l’ancien premier ministre israélien. L’Afrique est aussi présente par Modibo Keita, Premier ministre du soudan français, l’actuel Mali.

La fête est belle !

« Juste après le défilé les religieuses qui avaient confectionné mon costume l’ont repris. Je n’ai même pas été conviée à la réception organisée et je n’ai même pas eu un verre d’eau »

Tout le monde ira se désaltérer, sabrer le Champagne pour célébrer la liberté. Pauline Ngo Madeng, elle rentrera chez elle le ventre vide, sans sa belle robe et sa couronne. « Juste après le défilé les religieuses qui avaient confectionné mon costume l’ont repris. Je n’ai même pas été conviée à la réception organisée et je n’ai même pas eu un verre d’eau », se rappelle la Reine de l’Indépendance, un air désintéressé.

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