1956-1959 : QUAND MAAH TIMOTHÉE, PENDA PIERRE  CRITIQUAIENT VIOLEMMENT FELIX MOUMIÉ
CAMEROUN :: LE SAVIEZ-VOUS

CAMEROUN :: 1956-1959 : QUAND MAAH TIMOTHÉE, PENDA PIERRE CRITIQUAIENT VIOLEMMENT FELIX MOUMIÉ :: CAMEROON

Maah Timothée et Penda Pierre, ces deux upécistes se voulaient « légalistes » et « pacifistes », et se sont mis, après les massacres de 1955, à traiter Moumié Félix et Kingué Abel de « sanguinaires ». Ils ont à cet effet publié une série d’articles dans « La Presse du Cameroun », un journal colonialiste, dans lesquels ils critiquaient violemment leurs deux camarades et hauts dirigeants de leur parti. Lundi 4 juin 1956, ils y ont ainsi publié celui-ci :

« Par son article paru dans la « Voix du Kamerun » d’avril 56, Kingué Abel, Vice-Président de l’UPC, excite le peuple camerounais désarmé à la violence. Comme si le sacrifice du mois de mai 1955 ne suffisait pas, les dirigeants de l’UPC entendent immoler la population camerounaise tout entière dans le but de réaliser leur rêve de domination du Cameroun par le communisme. Pendant qu’ils continuent à sa cacher (même en zone britannique où pourtant personne ne les inquiète) alors qu’ils n’ont ni troupes, ni armes, ces « vaillants généraux » qui n’auraient aucune envie d’aller eux-mêmes au front (leur vie est trop précieuse pour qu’ils l’exposent) osent écrire : « le nationalisme camerounais modéré ne tardera pas d’être particulièrement violent ». Sur quelles forces s’appuient-ils pour affirmer de telles erreurs ? Est-ce sur la puissance des revenants que, selon la propagande des éléments communistes de l’UPC le « Général Moumié » fit venir du Mont Coupé pour mener le combat le 25 mai à Douala ? Est-ce sur l’intervention armée des « camarades » Boulganine et Molotov avec qui ils sont en constantes relations épistolaires ?

Quoi qu’il en soit, le sage et paisible peuple camerounais ne cédera pas à la folie de déclarer une guerre qu’il sait d’avance perdue et sans nécessité ; il n’imaginera pas lui-même, volontairement, une ère de misère et de souffrances pour ses enfants, il ne se suicidera pas. Nous ne saurions manquer à notre devoir d’alerter l’opinion camerounaise et de faire appel à l’Assemblée Territoriale du Cameroun pour contrecarrer une agitation maniaque dont le but est de satisfaire l’ambition d’une bande d’aventuriers assoiffés de pouvoir. Non ! Ce n’est pas par les armes, ce n’est pas par le désordre, ce n’est pas par les provocations maladroites et inutiles que Moumié, Ouandié et Kingué ont promis de nous arracher l’indépendance, mais c’est par la force du droit, c’est par les voies démocratiques et les moyens diplomatiques, c’est par l’union et la persévérance des Camerounais que ce pays parviendra à sa liberté.

L’Organisation des Nations Unies et d’autres organisations internationales, le peuple de France même, sont à notre service pour nous aider dans ce but, mais seulement dans la mesure où nous nous montrerons sages et compréhensifs. En adoptant la voie de la folie que nous proposent les chefs communistes, nous prouverons que nous ne sommes pas mûrs pour nous diriger nous-mêmes, nous retarderons inconsciemment l’accession du Cameroun à l’indépendance. L’ONU ne peut pas soutenir la violence et elle condamne fortement tout acte qui incite à la violence comme contraire à la Charte des Nations-Unies.

Toujours au service de la vérité et du Cameroun : Maah Timothée et Penda Pierre ».

Ngassam Tchatchou Boniface : un non-upéciste leur avait répondu.

« C’est avec une surprise considérable que j’ai lu dans les colonnes de votre quotidien (La Presse du Cameroun), des extraits d’une certaine lettre que vous auriez reçue de MM Maah et Penda au sujet de leur attitude vis-à-vis d’une fraction dirigeante de l’Union des Populations du Cameroun, mouvement officiellement dissout. Je ne suis pas upéciste. Mais je suis fortement attaché à l’idée de l’avènement d’un Etat camerounais souverain, librement associé à la République française par des liens d’indépendance, au même titre que le Maroc ou la Tunisie. L’article en question, que j’ai sous mes yeux, suivi d’un petit commentaire du journaliste qui se félicite de l’attitude des deux (…) donne l’impression de souhaiter voir très prochainement une scission (de l’UPC) ».

Tchungui Charles avait également dénoncé l’attitude des deux renégats Maah et Penda.

« Vous êtes des censeurs qui voient juste. Ma conscience nationale est rudimentaire. Je salue en vous une conscience nationale ressuscitée. Hier 100% UPC, aujourd’hui 100% anti-UPC. Vous jouez toujours gagnants et sur tous les tableaux. Ayez encore un peu de culte de vos idoles. Les idoles naissantes sont extrêmement fragiles. Renégats doublés d’iconoclastes, pourquoi brisez-vous vos idoles d’antan ? Replâtrez-les et rebaptisez-les. Une évolution saine est à ce prix. Avant 1955, vous nous traitiez alors, moi et d’autres, de vendus, traîtres, valets, etc…

Oui, j’ai défendu Um Nyobè, votre ancienne idole, votre « MPODOL ». Il a réveillé la conscience nationale. Je l’admire. Il était entouré de mythomanes hystériques, je le plains. Il poussait un pays chrétien vers le communisme athée, je le dénonçais. S’il a donné l’ordre d’abattre Delangué, je le condamne. (…) Vous me reprochez de ne parler que de Delangué et Mpouma. C’étaient mes amis. Membres influents de l’UPC, si vous aviez jadis la conscience nationale affermie, on n’en serait pas aujourd’hui aux assassinats que vous évoquez. C’est le succès de votre doctrine d’hier. Vous êtes maintenant sûrs que l’UPC a perdu, et vous jouez gagnants comme si de rien n’était ». (La Presse du Cameroun n° 2.064).

Mayi Matip Theodore en 1959 après la mort de Um a repris les mêmes critiques de Maah et Penda contre Moumié.

A l’issue de l’élection partielle organisée en Sanaga-Maritime au mois d’avril 1959, la « Liste pour la réconciliation et l’indépendance nationale » composée de Théodore Mayi Matip et de Nomga Yomba est élue. Mayi Matip se retrouve député, et entame une violente campagne contre Félix Moumié et tous les upécistes exilés. Au mois de septembre 1959, de passage à Paris à destination de l’ONU, il accorde une interview à Philippe Drecraene du journal Le Monde.

« ─ Pourquoi vous rendez-vous à New York ?

─ Nous jugeons utile de faire connaître nos positions à l’opinion internationale qui identifie trop souvent l’UPC à M. Moumié (…)

─ Vous préconiseriez le retour des leaders extrémistes actuellement réfugiés à Conakry ?

─ Les pays afro-asiatiques et ceux du bloc soviétique sont entrés dans le jeu politique camerounais. Par manque d’information, ils accordent une aide à ceux qui prétendent agir au nom de l’UPC et desservent ainsi les véritables intérêts du Cameroun… 

Lire aussi dans la rubrique LE SAVIEZ-VOUS

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo

L'actualité en vidéo