Élection présidentielle en Ouganda : un saut dans l’inconnu
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Élection présidentielle en Ouganda : un saut dans l’inconnu :: UGANDA

Sans attendre la proclamation officielle des résultats, le candidat de l’opposition Bobi Wine a revendiqué la victoire. Une ère d’incertitude s’ouvre.

Principal adversaire de l'inamovible président Yoweri Museveni, et candidat de l'opposition, Bobi Wine a revendiqué ce vendredi la victoire de la présidentielle de la veille, sans même attendre la proclamation des résultats provisoires. Pourtant, selon la commission électorale, c'est bien l'actuel président qui serait en tête. Lors d'une conférence de presse à Kampala, où les réseaux sociaux sont suspendus et où l'accès à Internet est fortement perturbé, Bobi Wine a « rejeté » ces premiers résultats, dénonçant « une véritable mascarade » et affirmant avoir « largement vaincu » le président Museveni, qui brigue un sixième mandat. « Je suis très confiant, nous avons largement vaincu le dictateur. (…) Nous avons certainement remporté l'élection et nous l'avons largement remportée », a-t-il déclaré, s'exprimant devant les journalistes dans le jardin de sa maison, à la périphérie de la capitale. « M. Museveni essaie de faire croire qu'il est en tête. Quelle blague », a poursuivi l'ancien chanteur de ragga. Selon lui, le scrutin a été entaché par « des illégalités venues d'en haut, que Museveni et son régime sanguinaire ont commises pour préparer le pire trucage jamais connu par le pays ».

Un scrutin à huis clos

Dès jeudi peu après minuit, Bobi Wine a dénoncé une première fois sur Twitter – et ce malgré la censure – « des fraudes répandues » et appelé la commission électorale à « annoncer la volonté du peuple ». Cette dernière a répondu vendredi dans la matinée à ces affirmations, lui demandant de « démontrer au pays de quelle manière, de quelle façon les résultats sont truqués ». Lors de sa conférence de presse, le député de 38 ans a déclaré avoir reçu des milliers de rapports d'irrégularités, citant des bulletins préremplis, des électeurs influencés ou n'ayant reçu de bulletin que pour les législatives et pas pour la présidentielle, ou encore des urnes ouvertes et bourrées dans certains districts. Il a promis que son équipe partagerait « toutes les irrégularités » lorsque Internet serait rétabli.

Bras de fer

Les 18 millions d'électeurs ougandais (sur une population totale de 44 millions) étaient appelés à départager Bobi Wine, devenu à 38 ans le principal candidat de l'opposition en surfant notamment sur sa popularité au sein de la jeunesse, et Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. Vendredi dans la matinée, l'intense trafic habituel s'est fortement réduit dans les rues de Kampala, où certains commerces sont fermés et où des soldats et des policiers patrouillent à pied, tandis que la commission électorale a commencé à publier les premiers résultats du vote. Ils donnent le sortant Museveni en tête avec 63,92 % des voix, contre 28,36 % pour M. Wine. Patrick Amuriat, un autre candidat de l'opposition, cumule 3,55 % des suffrages. Aucun des huit autres candidats en lice ne dépasse pour le moment les 1 %. Ces résultats correspondent à 29,44 % des bureaux de vote (soit quelque 10 212 sur un total de 34 600). Jeudi soir, le président de la commission électorale, Simon Byabakama, a estimé que ce scrutin présidentiel et législatif s'est « généralement déroulé dans le calme dans tout le pays », ce qu'a aussi confirmé le porte-parole de la police, Fred Enanga. Mais Bobi Wine a dénoncé des « violences ».

Un diplomate installé à Kampala a déclaré vendredi à l'Agencee France-Presse sous le couvert de l'anonymat que des violences isolées avaient eu lieu, ainsi que de nombreuses irrégularités, mais qu'aucun signe de manipulation massive du vote n'avait été constaté. Particulièrement violente, la campagne électorale a été émaillée d'émeutes et d'arrestations – notamment de Bobi Wine – et a été endeuillée par plusieurs dizaines de morts. Les États-Unis, l'Union européenne, les Nations unies et des organisations de défense des droits ont exprimé leur inquiétude sur l'intégrité et la transparence de l'élection. Une seule organisation étrangère, l'Union africaine, a envoyé des observateurs. Les États-Unis ont, eux, annulé l'envoi d'une mission d'observation, devant le refus des autorités ougandaises d'accueillir nombre de ses membres. Les résultats de l'élection présidentielle sont attendus « d'ici samedi » après-midi.

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