PREDICATION DU JEUDI 24 DECEMBRE 2020 - Texte : Luc 2, 1-14
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU JEUDI 24 DECEMBRE 2020 - Texte : Luc 2, 1-14

« Elle le coucha dans une mangeoire… parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtel. »

Depuis… ça a bien changé ! Ça s’est même sacrément bien amélioré.  Joseph, Marie, l’enfant Jésus ont pris de plus en plus de place. On les voit partout ! On les rencontre partout. Au point que ça devient lassant et banal. Plus moyen de faire un pas sans se trouver nez à nez avec eux ou d’entendre chanter entre le foie gras et le champagne, entre les rayonnages et les caisses : « Il est né le divin enfant » ou « les anges dans nos campagnes » qui annoncent les chapons, les huîtres et les dindes ! Noël a tout envahi, tout submergé.

Des rues et places publiques aux vitrines ; des magasins aux mairies ; des mairies aux maisons d’habitations illuminées comme un gâteau d’anniversaire, tout nous rappelle que c’est Noël.

Ne croyez surtout pas qu’en disant cela je veux jouer les rabat-joie. Pas du tout ! Je ne vais pas entonner le chant des lamentations sur ce que Noël est devenu aujourd’hui et dire avec une moue amère que la fête n’est en réalité plus que commerciale. Ce serait de ma part une diabolique erreur, que de me mettre à tonner ou à rager, ou à bouder tout cela au nom d’une piété nostalgique du passé.

Ce serait une diabolique erreur d’envoyer promener cadeaux et sapins, crèches et guirlandes, vin chaud et petits gâteaux.

Ce serait une diabolique erreur de rejeter ce qui est proprement humain, car le Christ lui-même ne refuse pas de rejoindre l’homme dans ce qu’il est, dans ses superstitions, ses égoïsmes, son matérialisme, son paganisme, son folklore. Rejeter tout cela au nom d’une forme de spiritualité plus noble, plus pure, c’est en fait refuser de reconnaître l’homme dans ce qu’il est fondamentalement et le rejeter, l’exclure de la joie de Noël.

Or Jésus est venu dans ce monde pour chercher et sauver tout homme. Ce qu’il a fait, il l’a fait pour le monde. Et il savait bien ce que cela signifierait pour lui, que cela aurait pour conséquence qu’on ne le voudrait nulle part ou qu’on le récupèrerait pour d’autres fins, qu’on l’adapterait afin que surtout, il ne dérange personne. Pas plus qu’au premier Noël.

Et ce qui est absolument extraordinaire, c’est qu’en cherchant à détourner Noël de son sens originel, l’homme manifeste pleinement la Vérité de Noël : A savoir qu’il n’y a pas plus de place pour Jésus aujourd’hui qu’au premier jours, mais qu’il accepte d’être celui pour qui il n’y a plus de place, qu’il accepte d’aimer l’homme tel qu’il est, avec ses refus et ses résistances, l’homme qui ne lui laisse pas de place, l’homme qui ne veut pas de Lui, ni de son Amour, l’homme qui met Dieu à l’écurie avant de le mettre en croix.

Oui, c’est bien cela l’homme : celui qui n’a pas de place, plus de place pour Dieu, le vrai, parce que partout, partout où il y avait de la place, l’homme y a mis des faux dieux, parce que partout, l’homme affiche « complet », parce que de tout temps l’homme a voulu toute la place et a fait de Dieu un SDF, un indésirable, une personne déplacée, dont personne ne veut, si ce n’est comme roue de secours ou comme bouc émissaire quand ça va mal.

Et Dieu peut frapper partout, heurter toutes les portes, c’est plein, plein à craquer. De même dans nos personnes, ou dans nos vies. Notre intelligence est pleine. Et Dieu ? Peuh ! On n’a plus besoin de lui pour expliquer le monde. Les sciences se sont depuis longtemps affranchies de Dieu. Et Dieu frappe alors à la porte du cœur. Mais là encore, c’est plein. Tout est pris, retenu depuis longtemps, il y a l’argent, le métier, les soucis, les plaisirs, quelques bonnes idoles, il y a la famille, les amis, puis il y a Moi, surtout Moi. Et tout cela a tout pris, tout envahi. C’est complet encore. Dieu, où le mettre ? Qu’en faire ? Et puis il pourrait se révéler bien gênant ; alors, dehors !

Et Dieu frappe ainsi à la porte de la vie des hommes ! À la porte de leur temps ! Mais toujours tout est pris, tout est envahi !

Bien entendu, on pourrait ici demander à l’ »homme qui affiche complet », qui est tellement plein de lui-même, pourquoi ça ne va pas toujours très bien ? Pourquoi il est parfois si angoissé, si triste, si stressé, si malheureux ? Pourquoi il se sent parfois tellement seul, tellement vide, tellement à plat. Pourquoi il se sent parfois tellement coincé, tellement à l’étroit dans sa propre vie, tellement étranger à lui-même. Et c’est une question essentielle, fondamentale, existentielle.

Mais aujourd’hui je veux m’attacher à redire le message de Noël : C’est que Dieu a quand même trouvé de la place. C’est que, quand même, il y avait un endroit vide où Dieu pouvait naître : une mangeoire. Et Noël c’est ce « quand même ». Noël, c’est cette mangeoire.

Noël c’est l’expression d’un monde mondanisé, d’une humanité déshumanisée !

Noël, c’est l’irruption du transcendant dans un contingent humain.

L’homme a beau essayer de tout occuper, il laisse quand même une place vacante : une étable. Car là, l’homme ne veut pas y aller. Ce n’est pas digne de lui. Là personne n’y loge, sinon les bêtes et les marginaux de passage. Personne n’en veut, mais Dieu lui l’accepte. Dieu, lui la veut pour demeure, pour berceau.

Dieu prend cette place vide, parce que lui, il accepte ce que l’homme fuit et rejette ; Dieu accepte d’habiter le vide de l’homme, les taudis intérieurs des hommes ; Dieu accepte d’habiter la misère humaine et de l’éclairer, de la réchauffer, de l’auréoler de sa lumière et de son amour ; désespérées et désespérantes du monde et de l’homme pour oui, Dieu accepte et veut habiter dans les situations pour le sauver de sa misère morale et spirituelle.

Et gloire lui soit rendue, d’avoir choisi nos taudis, ces coins secrets de notre cœur, ces coins sales et tristes, que nous nous cachons à nous-mêmes, à Dieu et aux autres, à tout le monde, ces coins d’où surgissent tous nos orgueils, toutes nos misères, toutes nos hontes, tous nos désespoirs, toutes nos fautes.

Gloire lui soit rendue, d’avoir choisi notre étable intérieure d’où surgissent toutes nos peurs et tous nos désirs, toutes nos avarices et toutes nos haines.

Gloire lui soit rendue d’avoir choisi nos poubelles intérieures, ce que nous voulons jeter et laisser, ce que nous détestons en nous mais qui adhère à notre peau comme notre ombre.

Oui, gloire à lui d’être né là, d’être né en plein milieu de cela, gloire à lui de ce qu’il veut encore naître là, à la racine même de notre être, dans notre mangeoire, dans notre taudis. Et gloire à lui de ce qu’il prenne place dans le tréfonds de nous-mêmes. Et là de transformer à leur racine-même, nos orgueils, nos peurs, nos angoisses, nos haines, nos avarices, en charité ; de transformer nos étables, nos taudis et nos poubelles intérieures, nos hontes en écrins de son amour. Gloire à lui de nous sauver de fond en comble, de nous changer, de nous recréer à son image, de faire de nous ses fils et ses filles.

C’est cela Noël : ce salut total, ce salut qui nous réconcilie avec nous-mêmes avant de nous réconcilier avec les autres ; ce salut qui nous dit qu’autre chose est possible, que du neuf est offert en Jésus Christ, qu’un nouvel élan, un nouveau sens est donné au monde et à l’humanité entière. Une espérance est née dans l’étable, dans le taudis du monde. Une espérance est donnée à chacun de nous : Dieu nous a rejoint pour toujours dans nos taudis et nos vides intérieurs pour les combler de son pardon, de sa paix et de son amour. Dieu a choisi de devenir homme pour se donner aux hommes, pour venir parmi nous, pour être avec nous, avec toi et à toi pour toujours.

Alors ami, tu comprends ce que cela veut dire ; tu comprends que si tu estimes que tu ne vaux pas plus cher qu’une étable, que ta vie n’est pas plus reluisante qu’une écurie, que ta vie est devenue un misérable taudis intérieur qui te donne envie de fuir, eh bien ! En ce jour, ce Noël, Dieu veut naître en toi, dans ta misère ; Dieu veut naître pour toi, dans ta vie, et t’ouvrir à l’espérance et à la vie en plénitude avec lui.

C’est cela Noël, Dieu au cœur de nos vies. Dieu qui nous invite à sortir de nos étables et de nos taudis comme Joseph et Marie. Sortir de nos taudis et de nos étables, mais accompagnés par le Christ qui nous invite à marcher sur des chemins nouveaux, vers de nouveaux horizons, portés par l’amour, la paix et l’espérance qu’il fait naître dans nos cœurs.

C’est cela Noël : un commencement, une nouvelle création, une nouvelle naissance au cœur de nos nuits et nos désespoirs. Une invitation à faire naître à notre tour, autour de nous des signes de la présence de Dieu dans notre vie et dans le monde. Et la présence de Dieu se manifeste là où des hommes commencent par se considérer comme des frères et sœurs, à surmonter leurs différences, leurs oppositions, leurs conflits, là où simplement ils commencent par se faire ouvriers de paix et de réconciliation. Là où simplement, sans faire forcément de grands étalages de leur foi, ni revendiquer aucun privilège, ni aucun mérite, des hommes et des femmes cherchent à soulager la souffrance, la peine, la solitude d’autres hommes et d’autres femmes. Là où une personne est accueillie sans distinctions, c’est à dire où plus personne n’est apprécié ou rejeté sur des critères éphémères de réussite et d’échec social, familial ou professionnel mais où chacun est vu pour ce qu’il est : aimé de Dieu.

C’est cela Noël : Dieu qui se donne à chacun de nous et au travers de nous au monde. Alors, si nous voulons véritablement et pleinement fêter Noël, nous ne pouvons plus faire autrement que de laisser Dieu vivre en nous et de partager avec d’autres ce que nous-mêmes avons reçu de Dieu en Jésus Christ notre Sauveur.

Et comme le disait le grand poète Angelus Silesius : « Bien que Christ soit né un millier de fois à Bethléem, s’il n’est pas né dans ton cœur, dans ta vie, dans ton âme, c’est en vain qu’il est né » ; Cela ne sert à rien. Quant à toi, mon frère, ma sœur, peut-être tu es venu ici par hasard, par invitation, peut-être même que tu ne crois pas en Dieu, mais Dieu me charge de te dire que quelque que soit ce que tu es, lui Dieu, croit en toi. Amen.

 

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