Négociations sur fond de surarmement des FDS, ou la déroutante quête de paix-armée de Paul Biya
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CAMEROUN :: Négociations sur fond de surarmement des FDS, ou la déroutante quête de paix-armée de Paul Biya :: CAMEROON

Il est de notoriété que depuis le début du 2ème trimestre 2020, le régime en place au Cameroun a entrepris de négocier secrètement avec les dirigeants emprisonnés à vie du “Gouvernement Intérimaire de la République Fédérale d’Ambazonie” (nom que donnent les sécessionnistes anglophones à l’organisation incarnant leur soi-disant lutte pour la transformation des régions anglophones du Nord-ouest et du Sud-ouest en un Etat indépendant.  

Une nouvelle donne qui serait le fruit de fortes pressions d’une communauté internationale qui urge le régime de Paul Biya de créer les conditions du retour à la paix dans l’ancien British Cameroon où la répression militaro-policière a transformé des manifestations de protestation pacifiques d’avocats et enseignants anglophones en guerre civile hautement meurtrière,  ensanglantant  la région depuis quatre ans, rendant son économie carrément exsangue, en même temps qu’elle l’a dépeuplée du fait des centaines de milliers de déplacements de populations et de départs en exil.

Informée de ces pourparlers souterrains commencés en avril et poursuivis en juillet dernier, puis relancés mi-novembre, l’opinion camerounaise n’a pas manqué de saluer à sa juste mesure ce qui est perçu comme un geste d’ouverture de la part des autorités camerounaises réputées pour leur bellicisme orgueilleux.

Cela d’autant plus que celles-ci avaient brillé jusque-là par leur inclination à la surenchère, comme l’illustraient la tenue par ses affidés, militaires ou civils, de déclarations dont le bien-fondé serait indiscutable dans un contexte différent (lutte contre les terroristes de Boko Haram dont la cause ne peut être légitimée par aucun individu raisonnable), mais qui dans le cas de ce qui fut jadis appelé “la crise anglophone”, ressemble à s’y méprendre à de grossières manières de verser en permanence de l’huile sur le feu. Genre, « on ne négocie pas avec les terroristes », « l’Etat ne peut pas se désarmer, parce que l’Etat a le monopole de la violence légitime », sans  oublier les appels vains lancés à l’intention des combattants armés sécessionnistes pour qu’ils déposent unilatéralement les armes et se rendent aux autorités en échange de leur démobilisation-réintégration.

Dès lors, tout le monde a cru devoir croiser le doigt que les combattants armés anglophones qui ont également fait parler d’eux en termes de cruauté allaient saisir pour une fois la perche tendue pour de leur côté, donner une chance à la paix.

Face à ces raisons d’espérer cependant, de sérieuses appréhensions subsistent et continuent de tarauder les esprits quant à la sincérité du régime camerounais dans cette… démarche de paix.

En effet, les nombreuses acquisitions de matériels militaires que des sources plus ou moins sûres prêtent au gouvernement  camerounais, et les recrutements massifs dans les rangs des forces armées et de sécurité dont les annonces ont été faites ces derniers temps, dénotent pour certains les arrière-pensées d’un régime qui veut absolument résoudre par la force l’insurrection sécessionniste et s’enlise de ce fait dans ses contradictions d’une recherche armée de la paix.

Notre confrère Africa Intelligence fait un constat allant dans ce sens quand il titre ce lundi 21 décembre « Crise du NO/SO : Paul Biya, la main tendue mais l’arme au pied ». Selon la lettre confidentielle du groupe Indigo Publications  vendue par abonnement, « Au moment où il prépare un nouveau round de négociations avec les leaders sécessionnistes de l’Ouest anglophone (le “NO/SO”), le gouvernement camerounais a massivement augmenté le budget de l’armée, en première ligne contre les séparatistes. […] ».

Signalant que « Sans  même  attendre  la  hausse  budgétaire,  l’armée  camerounaise  a  lancé  une nouvelle  campagne  de  recrutement  pour  renforcer  les  rangs  des Bataillons d’intervention  rapide  (BIR),  la  garde  prétorienne  du  régime  qui  bénéficie  de meilleurs équipements et d’un encadrement assuré par des officiers israéliens rattachés à la présidence », Africa Intelligence est frappé, comme bon nombre d’observateurs, par le montant affecté dans le budget global du Cameroun (équilibré en recettes et en dépenses à 4 865 milliards de francs CFA), au budget sectoriel du ministère de la défense (245 milliards de FCFA).    

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