Burundi-Dr Florence Nisabwe: Pour une monnaie unique et l´annulation de la dette africaine
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Burundi-Dr Florence Nisabwe: Pour une monnaie unique et l´annulation de la dette africaine

"La dette des pays africains est une incongruité économique basée sur des théories non économiques" indique Dr Florence Nisabwe, ambassadrice de l´entrepreneuriat féminin africain, au cours d´une interview accordée à camer.be.

Ainsi, dans sa quête quotidienne de l´autonomisation économique de la femme africaine et des personnes vulnérables á laquelle elle consacre toute sa vie á travers sa Fondation Lance Afrique-LAB et ses nombreuses publications, la panafricaniste et universitaire relève les pesanteurs liées à la création, au développement et à la pérennité des petites et moyennes entreprises et donne en même temps aux gouvernements africains, à la société civile et à tous les bienfaiteurs des pistes de solutions.Son invitation á la création d´une monnaie unique africaine et à l´annulation de la dette africaine en sont quelques-unes.

Y-a-t-il un modèle entrepreneurial féminin africain, selon vous?
L’entrepreneuriat est avant tout une histoire de culture. Dans la théorie de l’analyse des antécédents à l’entrepreneuriat, l’environnement socio politico économique occupe une place prépondérante. En d’autres termes, les Pays produiront, différents types d’entrepreneurs. De même,des Pays ayant des cultures différentes seront propices ou non à l’entrée de nouveaux entrepreneurs. Les systèmes politiques qui soient autoritaires ou démocratiques se comporteront différemment à l’éclosion des créateurs de la richesse. Enfin, les systèmes économiques capitalistes ou socialistes de gauche ou de droite présenteront des pesanteurs à des degrés divers de développement des entreprises. Fort de ce qui précède, on peut dire sans risque de se tromper que chaque Pays ou chaque région développera un modèle féminin ou masculin en fonction des réalités qui sont les siennes.
Les politiques africaines accordent-elles suffisamment de place á l´épanouissement de la femme?
Il faut souligner ici que même dans les grandes démocraties, les libertés féminines ne sont pas parfaites ou on pourrait dire absolues. Jusqu’à présent dans certains Pays du Nord les femmes n’ont pas les mêmes droits que les hommes. Dans le cas de l’Afrique, dans les sociétés particulièrement patriarcales les libertés féminines sont souvent bafouées. Sous l’impulsion des Nations Unies et ses différents démembrements, l’ONU FEMMES entre autres, plusieurs conventions en faveur de femmes sont entrain d’être ratifiées et adoptées dans plusieurs pays africains.

Les politiques africaines reposant essentiellement sur l’attachement aux droits humains et l’égalité entre les hommes et les femmes, avaient adopté divers instruments et cadres d’intervention. À titre illustratif, nous pouvons citer: la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF) en 1979, le programme d’action de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement(CIPD) tenue au Caire en 1994, le Programme d’action de Beijing pour la promotion de la femme en 1995, les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) en 2000 et maintenant les Objectifs du Développement Durable(ODD) depuis 2015, la Résolution1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies en 2000, la Déclaration de Paris en 2005, la création d’ONU FEMMES en 2010.
L’implémentation de certaines de ces conventions sur le continent Africain améliorera la situation des femmes et de la jeune fille.
Dans le cadre de Lance d’Afrique Burundi nous veillons à ce que ces conventions ratifiées par nos pays africains puissent être appliquées
Comment entrevoyez-vous l´avenir de la femme burundaise dans l´économie de son pays dans les 10 ou 15 ans à venir?
Le Burundi traverse une période de transition de génération. Sur le plan politique pendant plusieurs décennies le pays a connu une instabilité politique qui n’a pas permis l’émancipation des Burundais en général et de la femme burundaise en particulier. Depuis quelques années, les différents gouvernements sous le leadership du président Pierre Nkurunziza ont fait les avancés sur l’intégration de la femme burundaise dans le tissu socio politico économique. Il y a de plus en plus de femmes qui sont chefs d’entreprises, leaders d’opinions et acteurs politiques.
À titre d’exemple, l’intégration de la femme burundaise et le nombre élevé des femmes parlementaires, sénatrices et même ministres. D’ailleurs, il y a un ministère qui s’occupe des questions de la gent féminine même s’il est dirigé par un homme. La Politique Nationale Genre actualisée 2012-2025 se pose comme un moyen de promotion de l’équité et de l’égalité entre les femmes et les hommes, et par-delà cet acquis, comme un gage de succès à la réalisation d’un développement durable au Burundi. Elle sert, à cet effet, de cadre d’orientation pour tous les acteurs de développement.
Vous êtes auteure de cinq magnifiques ouvrages. Quel est fil conducteur qui lie ces ouvrages?
Mes publications tournent autour des questions d’économie, d’entrepreneuriat et de l’autonomisation économique des femmes. Pour ce qui est de l’économie, j’aborde les questions de résilience des acteurs économiques du développement rural. Quant à l’entrepreneuriat,j’analyse les pesanteurs liées à la création, au développement, et à la pérennité des petites et moyennes entreprises. Sur la base de ces analyses, je dégage les pistes d’amélioration sur la création des entreprises en Afrique. Toujours dans le domaine de l’entrepreneuriat, je fais des propositions aux gouvernements sur les politiques endogènes nationales à développer afin de créer un cadre propice à l’entrepreneuriat qui soit jeune ou féminin. Pour ce qui est de l’autonomisation économique des femmes, mes livres invitent à la mobilisation des gouvernements, des acteurs de la société civile et de tous les bienfaiteurs à soutenir autant que faire le peu des femmes à prendre leur destin en main en créant des organisations génératrices de valeur.
L´un de vos rêves est que les pays européens annulent la dette africaine. Peut-on comprendre pourquoi?
La dette des pays africains est une incongruité économique basée sur des théories non économiques. Afin de mieux comprendre la dette africaine, il faut remonter aux années post indépendance des Pays africains où ces derniers étaient considérés comme des bassins de production et les pays du Nord, des usines de transformation des matières premières.
Sur le plan économique, ces différences d’activités entre le Nord et le Sud contribuent à des différences de création de Valeur ajoutée. De plus, afin de développer l’agriculture dans les pays du sud, les pays du Nord attribuaient les crédits aux Pays africains à des taux exorbitants dépassant tout entendement.
Enfin, vu la différence des termes d’échange entre les Pays du Nord et ceux du Sud, les crédits octroyés aujourd’hui aux Pays du Sud génèrent des intérêts qui sont très exorbitants et qui minent les politiques de développement des Pays africains quand ces derniers doivent payer les intérêts. Fort de ce qui précède, il serait difficile à l’Afrique de se développer tout en continuant à payer les dettes des Pays du Nord.
Quelle est votre position sur l´idée d´une monnaie africaine?
En tant que panafricaniste je ne peux qu’être d’accord sur la création d’une monnaie africaine. Cependant, il faut des préalables comme le développement du commerce intra-africain parce que plus le commerce est développé entre les Pays africains, moins il y aura intervention des devises étrangères dans les transactions économiques entre des Pays Africains. Les Pays africains devaient passer au moins à un taux de 50-60% des transactions intra Etats africains afin d ‘envisager sérieusement la création d‘une monnaie unique. Ceci s’applique beaucoup plus pour les Pays de la zone Franc qui ont une longue histoire de dépendance monétaire avec la France.
Un mot á l´endroit de la femme africaine, pour terminer
Les femmes africaines à l’instar des femmes des Pays du Nord doivent prendre leur destin en main, car leur autonomisation économique ne s’obtiendra pas facilement mais va nécessiter d’énormes sacrifices.
À l’instar des européennes qui dirigent des organisations comme la commission européenne, le Fond Monétaire International hier, et aujourd’hui la Banque Centrale Européenne: la BCE.Les femmes africaines devraient viser à diriger les organisations comme l’Union Africaine, la Banque Africaine de Développement et d’autres organisations d’envergure internationale.

 

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