Coronavirus, les comportements à risque
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Au marché du Mfoundi, pour les commercants, cette épidémie reste la maladie des « Blancs ».

«Votre corvina ou corona, une petite grippe de rien du tout ! La grippe a déjà tué qui on a vu ? Allez avec ça loin », c’est ce que répond Marcelin, avec légèreté. Sous un soleil ardent qu’il fait ce lundi 15 mars, sont regroupés des commerçants autour d’une assiette pleine de Tapioca. Parmi lesquels Marcelin. Nous sommes-là au marché du Mfoundi. La menace du coronavirus qui pèse depuis peu n’inquiète guère dans le marché réputé pour la vente des vives frais. « Ce virus n’a même pas de l’impact face au vent qui dicte la loi en saison sèche », atteste-t-il en riant aux éclats.

Sur son étal, Marcelin partage son assiette de tapioca avec quatre de ses voisins. Ils sont donc tous agglutinés autour de lui. La distance d’un mètre que recommandent les spécialistes pour éviter la contamination du virus n’est pas de mise. Le monsieur, la quarantaine entamée dit militer pour la familiarité. C’est au nom de cette familiarité que, mama Adeline, sa voisine, vendeuse de mangues et lui partagent la même cuillère. Ils se frottent, se tapent les mains à tout bout de champ. Les comportements à bannir comme la salutation avec des poignées de main reste pour les spécialistes.

Mama Adeline estime que les gens qui prescrivent ces règles veulent semer la zizanie. «Je ne salue pas pourquoi, j’ai tué quelqu’un ? La salutation avec la poignée de main veut dire quelque chose de précis », s’indigne la commerçante. « Je salue comme je veux », rouspète Marcelin, fier de sa préférence. Ils ne sont donc pas les seuls à être incrédules face à l’annonce de cette épidémie. Souley ; Jackson ; Hamadou et Prince, tous commerçants discutent.

Le coronavirus reste un sujet de moquerie pour eux. Se laver les mains toutes les 30 min, éviter les accolades, les poignées de main sont des mesures difficiles à respecter pour ces quatre : « Nous sommes déjà habitués à nous saluer, à rire, à se frotter. Nous sommes au marché, même sans le vouloir nous oublions ces règles. Nous échangeons à tout moment avec les clients». « Nous buvons même de l’eau dans une même bouteille, nous mangeons dans la même assiette », rigole Souley.

Incrédules !

Une autre commerçante de mangues et de prunes est concentrée à manger ses tripes de poulets. Ses longs ongles sont noirs de saleté. A la question de savoir si elle s’est lavée les mains avant le repas ? Pendant que sa voisine la plus proche s’exclame, en intérrogeant : « Il y a d’abord l’eau pour se laver les mains dans ce marché ?» La dame sort de ses gongs : « Va demander ça à tes enfants à la maison. C’est la maladie des blancs, donc ils meurent parce qu’ils ne se lavent pas les mains ? ». Tout comme elle, Fatima une commerçante de bouillie, mange.

Sans gêne, elle déguste son pain avec de l’avocat. Pire encore, elle n’est pas informée de la nouvelle épidémie qui fait rage dans le monde. « J’entends ce mot auprès des gens dans le taxi, mais je ne sais pas ce que c’est ». Au marché du Mfoundi, les commerçants rencontrés ne font pas l’exception, même pas Jeanne D’Arc que nous avons vu avec un cache-nez devant son comptoir. La dame assise devant la poubelle pleine, dégageant ne se protège pas contre la propagation d’un virus :

« Les odeurs qui émanent de cette poubelle me gênent ». La seule chose que Jeanne D’Arc sait, c’est qu’elle doit éviter les poignées de main : « J’ai appris cela de mon fils qui est à la maternelle. Depuis vendredi passé, il ne cesse de me répéter que c’est une recommandation de la maîtresse ». Pour le reste, ces commerçants font recours à : « c’est Dieu qui nous garde », la « fameuse » formulation.

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