Le piège de l'étiquetage social au Cameroun
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Le piège de l'étiquetage social au Cameroun :: CAMEROON

Ces derniers mois, l'espace public est devenu un champ de stigmatisation des individus-fussent-ils des membres des partis politiques de l'opposition ou agents de la classe politique dominante. La labellisation des acteurs sociopolitiques a fait naître une bipolarisation du champ politique. Rangés dans le parti au pouvoir, les premiers soutiennent leur champion politique affublé de critiques et criblé de quolibets et de sarcasmes de tout acabit tant à l'interne qu'à l'international. A la différence, les opposants au premier pôle marquent leur singularité et construisent un espace de contestation et de revendication hostile au système gouvernant en place. Face à cette ségrégation de l'agora, personne n'est guère à l'abri de l'étiquetage social.

Nous sommes, tous, marqués que nous soyons partisans ou opposants. Dans l'espace public, une position idéologique ou un courant de pensée défendu par tel concitoyen ordinaire fait de lui un soutien de tel ou de tel autre leader politique. Dès que vous affirmez une posture idéologiquement ou politiquement marquée en faveur du régime en place, incontestablement, vous êtes étiqueté(e) comme un partisan du système gouvernant en place. A contrario, lorsque vous soutenez des thèses iconoclastes à l'égard du pouvoir de Yaoundé, vous êtes, illico presto, marqué(e) comme un opposant au régime. Pire encore, vous êtes traité(e) comme un soutien au parti politique enclin, depuis neuf mois, à la contestation post-électorale.

Eu égard à cette dichotomie du champ sociétal, même des journalistes sont stigmatisés à tort ou à raison. A partir du moment où un journaliste présentateur des débats politiques invite, régulièrement, des membres d'une formation politique dissidente, il/elle est catalogué(e) comme un homme de média opposant à l'ordre politique dominant. Bien qu'ayant tenu compte de la logique d'équilibre, en conviant un ou deux représentants de la classe politique au pouvoir, le cliché de "journaliste-militant" ou de "journaliste-activiste" lui sera toujours collé en dépit de l'effort de neutralité et d'impartialité requis au plan épistémologique. C'est, sans conteste, le piège du marquage social ou de l'étiquetage social structuré par un conglomérat de préjugés et de représentations sociales favorables ou défavorables attribués à tel ou à tel autre.

Nous sommes dans une société camerounaise contemporaine, où la labellisation a, en permanence, droit de cité et est la chose la mieux partagée. Chaque fois que quiconque va émettre, ex-cathedra, des jugements de faits éminemment critiques à l'endroit du système gouvernant en place décadent, déstructurant et chancelant, il/elle est étiqueté(e) comme un acteur opposant. Un producteurs d'idées, de savoirs, de savoir-faire de savoir-être n'a-t-il pas droit de porter un avis critique objectif sur la marche des affaires de la République sans, toutefois, lui coller une appartenance partisane à telle entité ou à telle autre entité? Un universitaire, un intellectuel, un religieux, un journaliste, un artiste-musicien, un humoriste, un poète, un écrivain n'ont-ils pas le droit, voire l'opportunité et la potentialité d'émettre une position cognitive indépendamment de l'appartenance à une chapelle politique donnée? Pourquoi l'option pour la stigmatisation négative ou positive des acteurs sociaux en fonction de la défense de tel courant de pensée ou de tel autre courant idéologique? Fabien Eboussi Boulaga, Philosophe contestataire, Jean-Marc Ela, Sociologue iconoclaste, Mongo Beti, écrivain engagé, Engelbert Mveng, père à la valence critique, etc tous défunts étaient-ils, politiquement, marqués? Que nenni!

Le fait d'entretenir, ces derniers mois, cet étiquetage social a entraîné des conséquences sur la perception sociale de bien d'acteurs sociaux d'ici et d'ailleurs. A l'heure actuelle, de jeunes diplômés de l'enseignement supérieur qui plus est titulaires d'un Doctorat Ph.d dans des disciplines scientifiques différentes, à cause de leur appartenance politique, sont marqués négativement et sont interdits de sortir du territoire national pour aller participer à des colloques à l'étranger. Bien de nos compatriotes domiciliés en occident et politiquement marqués, après avoir terminé leurs études académiques, ont du mal à réaliser leur migration de retour au pays. Histoire d'apporter leur contribution à l'essor du pays. La raison évoquée officieusement est celle d'avoir soutenu un candidat malheureux à la présidentielle du 7 octobre 2018, dont les velléités contestataires des partisans, militants et sympathisants ébranlent les thuriféraires du pouvoir de Yaoundé. Il y a donc un fichier d'acteurs sociaux marqués négativement par des services de renseignement, dont le rôle est d'obstruer toute possibilité de sortie et d'entrée dans le territoire national. La liste des trente figures du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) interdites de sortir du territoire national témoigne, à suffire, de ce qu'il y a un répertoire de personnes fichées au Cameroun à cause de leur affiliation politique et à cause de leur position idéologiquement marquée. C'est la triste réalité au Cameroun matérialisée par la dictature du pouvoir de Yaoundé.

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