Kidnappings en série à Bonabéri
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De sources sécuritaires, six personnes, essentiellement des enfants, ont été enlevées depuis le début de l’année.

Alex Lionel Wanko, âgé de cinq ans, repose désormais au cimetière de Minkwèle à Bonabéri. L’inhumation qui a eu lieu samedi 16 mars a laissé sa famille ainsi que de nombreux riverains dans la tristesse. C’est avec douleur et peine que Morelle Monkam, sa mère, reçoit les personnes venues la réconforter. Ce jeudi 21 mars, l’accueil n’est pas chaleureux. Mais, la jeune femme de 29 ans s’efforce de sourire, malgré la tristesse encore gravée sur son visage. Ses yeux sont chargés de larmes même si elles ne coulent pas. Outre le décès de son fils aîné, le plus douloureux pour cette mère de deux enfants réside certainement dans le fait que Alex Wanko a été arraché à la vie par Franck Ndassi, (le cousin de sa maman), qui lui a ôté la vie après l’avoir kidnappé.

« Il me manque. Surtout lorsque je vois les enfants de son âge s’amuser dans la cour », lâche-t-elle, la mine triste. « J’ai arrêté de pleurer parce que je me dis qu’il faut aller de l’avant. Mais ça fait mal », poursuit-elle à voix basse. Pour se changer les idées, Morelle Monkam s’applique dans ses occupations journalières. A 12h, dans la maison familiale située au lieu-dit « Ecomite », la jeune dame embouteille du jus d’oseille communément appelé « foléré » qu’elle vend. « Je fais dans l’hôtellerie. Comme je suis en cessation d’activité actuellement pour des raisons évidentes, je m’occupe des travaux domestiques », explique-t-elle en transportant une marmite pleine de bouteilles contenant du jus d’oseille.

Traumatisme

Depuis la survenue de cet enlèvement soldé par la mort du petit Alex, un sentiment d’insécurité règne dans le quartier Ecomite. Riverains et membres de la famille du défunt se sentent en insécurité, même si, le principal suspect, Franck Ndassi a été déféré à la prison centrale de Douala, en attendant son procès qui va s’ouvrir au Tribunal de grande instance (Tgi) de Douala Bonanjo. D’après ces populations, les complices du présumé meurtrier rôdent encore dans le quartier. « Nous avons tous peur que ses complices continuent le travail qu’il a commencé, en enlevant nos enfants », explique Kemgo Loïc, riverain. Camer.be. Conséquence, les populations sont traumatisées. Morelle Monkam, la maman du défunt, ne se sépare plus de son second et unique fils de huit mois qu’elle traine partout où elle va. « C’est difficile de laisser l’enfant à la maison avec mes frères. Surtout lorsque je pense à ce qui est arrivé à l’aîné », confie-t-elle.

La confiance envers les membres de sa famille a disparu. Même la présence à ses côtés de l’un des siens ne la rassure pas et lui fait souvent penser à ce 1er mars fatidique. Ce vendredi là, le corps sans vie de Lionel avait été retrouvé dans un puits de plus de 10 m de profondeur, situé au lieu-dit «Yato», par Bekoko, dans le département du Moungo, région du Littoral. Après enquête, les gendarmes avaient interpellé Franck Ndassi, oncle de la victime reconnu comme principal suspect dans cette affaire d’enlèvement et meurtre. Le corps de Lionel a ensuite été déposé à la morgue de l’Hôpital de Bonassama dans l’attente des obsèques.

Douala 4e

L’enlèvement du petit Lionel n’est pas le premier survenu dans l’arrondissement de Douala 4e depuis le début de l’année. D’après une source à la gendarmerie, cinq enlèvements ont été enregistrés entre janvier et février à Bonabéri. Les investigations des gendarmes de la brigade de recherches de cet arrondissement ont permis de mettre la main sur un gang de présumés kidnappeurs, qui ont été déférés à la prison centrale de Douala. Quelques mois plus tôt, un autre groupe de Kidnappeurs avait été arrêté. Ces deniers ont avoué être un groupe dont l’activité principale est le kidnapping. L'info claire et nette. « Ils se sont répartis et opèrent par quartier. Ceux de Ndobo enlèvent les enfants à la sortie des classes et les traînent dans une broussaille à Bomono », raconte notre source, qui signale également la présence d’un autre gang, encore en liberté, du côté de Boadibo et du village Bonendalè. Heureusement, ces enlèvements ne se soldent pas toujours par des décès. Parmi ces cinq enfants enlevés entre janvier et février, on compte un adolescent de 15 ans, retrouvé après l’enquête menée par la gendarmerie le 26 janvier dernier. L’enfant enlevé au quartier Bojongo avait été sauvé des mains des ravisseurs après un piège à eux tendu par la maman et les gendarmes, au moment de verser la rançon. Quelques jours plus tard, un autre cas d’enlèvement d’un enfant de 11 ans est signalé dans le même secteur.

Complicité

Cependant, les montants demandés en guise de rançon laissent un peu songeur. Les sommes réclamées pour le paiement des rançons varient entre 50 000 Fcfa et 500 000 Fcfa. Montants parfois fixés avec la complicité des victimes. D’après une source sécuritaire, « pendant les enquêtes, les ravisseurs nous ont fait comprendre que l’adolescent de 15 ans qui avait été kidnappé était de mèche avec ses ravisseurs. Ils auraient fixé ensemble le montant de la rançon qui était de 50 000Fcfa. L’adolescent voulait ainsi rembourser les dettes qu’il avait contracté auprès de certains de ses amis », note notre informateur.

Des montants que les parents des victimes n’ont pas toujours en leur possession. Morelle Monkam, la maman de l’enfant enlevé et tué, se «battait » encore pour rassembler l’argent quand elle apprend le décès de son fils. De même, une autre maman n’avait que 3000 Fcfa en sa possession sur 300 000 Fcfa que demandaient les kidnappeurs. Des montants que les riverains ne trouvent pas raisonnables. Même s’il n’existe pour l’instant aucun élément pour appuyer cette thèse, certains riverains accusent des déplacés de la crise anglophone réfugiés à Bonabéri d’être à l’origine de la plupart de ces rapts.

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