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CAMEROUN :: Zones à risques : Une école prisonnière d’un ravin à Douala :: CAMEROON
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  • Le Jour : Hélène Tientcheu
  • lundi 11 février 2019 09:25:00
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CAMEROUN :: Zones à risques : Une école prisonnière d’un ravin à Douala :: CAMEROON

500 élèves risquent l’abandon de leurs études si rien n’est fait pour sauver leur établissement dont un gouffre menace d’engloutir.

C’est la semaine consacrée à la jeunesse. Les tout-petits du primaire ne tiennent pas à rester à l’écart. Les élèves du Groupe scolaire bilingue Lenda (Gsb Lenda), dans le 3ème arrondissement de la ville de Douala, ont consacré ce mercredi 06 février 2019 à l’assainissement de leur environnement scolaire. Pendant que certains balaient, entassent et ramassent les ordures jetées dans la cour de récréation, d’autres les transportent pour l’arrière de l’école. A cet endroit, un ravin de plus de cinq mètres de profondeur et près de quatre mètres de largeur, s’est formé. Les deux élèves qui transportent le bac à ordures avancent tout doucement. Par peur de se retrouver au fond du gouffre, ils déversent leur saleté aux abords. Ils répètent le même geste à chaque fois jusqu’à la fin du nettoyage.

De 700 à 500 élèves

C’est la fin des classes. Pour rejoindre leur domicile, certains élèves doivent emprunter une petite passerelle à proximité d’un domicile qui a échappé à la progression du ravin. L’espace est réduit. Il faut s’armer de patience et de courage pour traverser. En file indienne, les élèves, accompagnés pour les uns par leur parent, arpentent le petit chemin pour se retrouver de l’autre côté. D’autres enfants, par contre, s’arrêtent pour regarder au fond du ravin et y jeter des pierres. Une situation qui inquiète le directeur du Gsb Lenda, Blaise Pascal Bopda. L'info claire et nette. « Au niveau de l’école, nous avons sensibilisé les enfants. Nous avons tenu des réunions avec les parents d’élèves et les enseignants pour leur expliquer le risque qui se présente. Nous avons pris des mesures afin que les enfants soient escortés à la sortie des classes pour qu’ils traversent la petite passerelle qui reste encore, sans grand risque ; mais pour combien de temps ? Voilà toute notre crainte. Cette passerelle peut céder à tout moment », craint il.

Créée en 2012, l’école est bâtie sur un site qui ne présente aucun risque à ce moment-là. Avec le temps, le sol commence à se dégrader et le ravin se crée. « C’est un ravin qui a commencé très légèrement il y a six ou sept ans aujourd’hui. Ce n’est que depuis deux ou trois ans qu’il est devenu un grand danger pour la population. Plus le temps passe, mieux ça s’aggrave. Il occupe toute la zone de Logdengue jusqu’à Papass », explique Blaise Pascal Bopda en précisant que du coté de Logdengue, le gouffre s’étend sur au moins un kilomètre de longueur et sur environ 4 km du côté de Papass. Et la profondeur augmente chaque année. D’après lui, avec le retour des prochaines pluies, si rien n’est fait, le précipice va engloutir trois quartiers : Logdengue, Papass, Epercam et l’école avec. Cette situation a donc poussé certains parents à envoyer leurs progénitures dans d’autres écoles en début d’année scolaire. C’est le cas de Robert Nyamsi. L’année dernière, le sexagénaire avait inscrit ses deux enfants au Gsb Lenda. Pour cette rentrée scolaire, il s’est rendu compte que le chemin emprunté par ses enfants pour l’école a été coupé par le ravin.

« J’ai pris peur quand j’ai vu l’ampleur de ce précipice. Le passage que les élèves empruntent est trop étroit. J’ai préféré envoyé mes enfants ailleurs. Ce ravin est un grand danger pour les élèves et même les parents », dit-il. Tout comme ce parent, beaucoup d’autres ont décidé pour cette année scolaire, d’inscrire leurs enfants ailleurs. Cette peur ressentie par les parents d’élèves, est partagée par les responsables de l’école. L’un d’eux fait savoir qu’à la rentrée scolaire, lorsqu’il a vu comment le ravin s’était agrandi en l’espace de quelques semaines, il a pris peur. Et a eu des inquiétudes pour la rentrée des classes, notamment pour les inscriptions. L’effectif de l’école a réduit considérablement, apprend-on. La fondatrice, Claudine Liodop craint d’ailleurs qu’à un moment donné, elle se trouve obligée de fermer l’école à cause de l’effectif qui décroit. « Ce ravin a réduit à peu près les _ de l’effectif de l’école. Nous sommes passés de 700 élèves l’année dernière, à 500 cette année. Nous craignons que ça chute d’avantage l’année prochaine. Aucun parent n’envoie son enfant à l’école pour qu’il aille mourir », déclare-t-elle, en précisant que, les élèves qui venaient du côté d’Epercam, à cause de ce ravin, ont eu peur et sont allés dans les écoles où il y a plus de sécurité. Elle ajoute que les gens qui viennent de Papass pour aller à Logdengue en passant par l’arrière de l’école ne peuvent plus emprunter ce chemin parce que la route est complètement coupée. Le pont de fortune qui a été mis en place peut céder à tout moment.

Risque de fermeture

« Nous sommes préparés à quitter. Si l’école est coupée à l’arrière droit et à l’arrière gauche, il ne nous reste plus que deux accès. Donc naturellement, nous sommes préparés de l’avancée du ravin qui se trouve déjà à quatre mètres des bâtiments de l’école en ce moment. A ce rythme, les bâtiments vont s’effondrer d’ici peu et l’école n’aura pas d’autres choix que de fermer. On sait qu’on est en danger », s’inquiète le directeur. Pour que cela n’arrive peut être pas, l’établissement, en synergie avec les populations, ont entrepris des actions pour combattre le ravin. Les ordures ménagères y sont déversées. « Le quartier est un peu organisé mais malheureusement, je crois que leurs actions ne sont pas très perceptibles. La population et le chef de quartier nous ont saisis pour qu’on essaye de voir ce qu’on peut faire ensemble. Mais il se trouve que toutes nos forces réunies sont insuffisantes pour pouvoir y arriver. C’est un dossier qui ne peut être géré que par les autorités compétentes parce qu’il ne s’agit pas d’un petit trou, mais d’un très grand ravin », déplore Blaise Pascal Bopda en insistant sur le fait que même avec toutes leurs forces réunies, ils ne peuvent rien.

Raison pour laquelle la hiérarchie de l’école a saisi les autorités compétentes (Communauté urbaine de Douala, Sous-préfecture de Douala 3ème). Elle fait savoir qu’il y a trois ans, la Cud a envoyé une mission (le ravin n’avait pas cette ampleur-là, ndlr) qui est venue s’enquérir de la gravité du mal. « Nous comptions vraiment sur cette mission, mais malheureusement ça n’a pas eu d’effets et lorsque nous nous sommes rapprochés de la Cud, elle nous a dit que le danger n’est pas aussi imminent comme veulent lui faire croire la population. Qu’il se pourrait que ce ravin ne soit pas le plus grand de Douala ; parce que dans la ville, il y a beaucoup plus grave que ça. Ils ont donné alors la priorité où le risque était plus élevé», raconte le directeur. Sauf que quelques années plus tard, le ravin s’agrandit et le risque devient permanent.

L’école crie à l’aide

Le directeur espère tout de même que l’aménagement de ce ravin est encore dans le projet de la Cud. En attendant une action de la Communauté urbaine, le gouffre s’agrandit et la population craint le retour des prochaines pluies. Face à cette inquiétude, l’établissement scolaire a pris des dispositions en aménageant un petit espace de fortune pouvant permettre aux enfants de traverser en « sécurité ». Le directeur espérait qu’en saison sèche, il ferait quelque chose de durable, mais malheureusement, la saison sèche est en train de s’achever et rien n’est toujours fait, par manque de moyens financiers. Le Jour a appris que l’école aurait contacté un ingénieur qui aurait demandé la somme de 15 millions de F. Cfa pour aménager le ravin. Un montant dont l’école se trouverait incapable de débourser.

Le représentant du chef de quartier Logdengue, Martin Manimben, fait savoir pour sa part, qu’il a pris rendez-vous avec un ingénieur pour qu’il vienne voir ce qu’il y a lieu de faire. « Il doit envoyer l’engin pour niveler et damer. Mais il faut qu’il voie d’abord le chantier. J’espère qu’il viendra. Je veux d’abord m’entendre avec lui avant de contacter les populations pour une main levée pour au moins le carburant qu’il mettra dans l’engin », explique Martin Manimben. Il déclare qu’il est aussi allé voir certaines sociétés qui sont en train d’aménager les routes, afin qu’elles leurs viennent en aide avec au moins de la terre pour remblayer le ravin. Même si des pertes en vies humaines n’ont pas encore été enregistrées, des dégâts matériels énormes restent à déplorer. D’après les témoignages, ce ravin a englouti plusieurs domiciles, obligeant les occupants à déménager.

Martin Manimben pense que, s’il n’ya pas encore de morts, ça ne saurait tarder. Il confie qu’il y a six mois environ, une petite fille du quartier qui a des troubles mentaux, s’est retrouvée à l’intérieur du ravin ; mais plus de peur que de mal. Face à tout cela, la fondatrice du Groupe scolaire bilingue Lenda lance un appel à l’aide aux autorités compétentes. « Je voudrais dire aux autorités que les populations de Logdengue ne sont pas en sécurité. Nous sommes en train de mourir dans le ravin. C’est un appel au secours. Venez nous sortir de ce gouffre. Venez aider les enfants du Cameroun qui ont de la peine à aller à l’école. Venez aider les enseignant et ceux qui font la promotion de l’éducation au Cameroun, afin que ce joyau que nous avons bâti pour aider notre jeunesse dans son éducation, ne sombre pas et ne s’écroule pas », implore-t-elle.

11févr.
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