Nord-Ouest et Sud-Ouest : La crise sans solution
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En ce début d’année 2018, l’actualité politique continue de susciter intérêt et questionnement, autant qu’aux premières heures de l’an 2017. Et pour cause, les 12 derniers mois ont été marqués par la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Au cours de l’année, la crise s’est révélée entièrement politique, confirmant qu’il existe un  problème anglophone au Cameroun. Les tenants de la thèse contraire ont fini par se taire, à défaut de se mettre à la page.

L’enchaînement des évènements a aussi permis d’arrêter le débat premier sur qui est Anglophone et qui ne l’est pas. Malheureusement, un temps précieux a été perdu pour s’accorder sur l’essentiel : la nature du problème. L’année 2017 a montré les conséquences des réactions premières du gouvernement. Celui-ci a fermé les yeux sur le problème politique sous-jacent, et n’a voulu voir que l’écume, à savoir les revendications corporatistes des avocats et des enseignants. Et s’il fallait reconnaître l’existence d’un problème, celui-ci ne serait en rien  spécifique aux Camerounais originaires de la partie anglophone du pays.

L’idée affirmée  étant que ces derniers ne sont pas les seuls à vivre le mal-être lié à la pauvreté et à la mal gouvernance ambiantes. Cette logique a conduit aux arrestations  et incarcérations massives, des manifestants lambda aux leaders de la contestation, puis à l’interdiction du Consortium de la société civile. La voix des radicaux a ainsi prévalu au sein du système gouvernant. Sur le terrain, les radicaux de la contestation se sont imposés également. Le Consortium ayant volé en éclat malgré la libération de l’avocat Félix Nkongho Agbor Balla et d’autres personnes qui incarnaient l’aile modérée du mouvement.

Ce groupe a été rendu inaudible. Le gouvernement qui refusait d’entendre parler du fédéralisme, fait aujourd’hui face à un mouvement sécessionniste. Un front de guerre est aujourd’hui ouvert dans plusieurs localités de la région du Sud-Ouest. Le président de la République a choisi la fermeté, et n’a toujours pas répondu à l’appel au dialogue. Le dialogue demandé porte sur une crise qui a pour enjeu le pouvoir dans l’Etat, c’est-à-dire la capacité à décider du sort de la collectivité au niveau local ou national. Il y a donc des luttes : le système gouvernant entend se maintenir face à ceux qui veulent le renverser, ceux qui demandent une autre manière d’aménagement le pouvoir ou encore ceux qui veulent créer leur Etat où ils détiendraient le pouvoir. Évidemment, les positionnements sont à inscrire dans la perspective de l’alternance qui est de plus en plus proche au Cameroun.

Et pour cause, le président Paul Biya, âgé de 84 ans, a déjà passé 35 ans à la magistrature suprême. A court terme, les batailles épousent le calendrier électoral qui prévoit non seulement l’élection présidentielle en 2018, mais également les municipales, les législatives et les sénatoriales. Le pouvoir sera remis en jeu :  l’Exécutif, le Législatif, mais surtout le pouvoir local. A moyen terme, il y a la fin de règne de Paul Biya qui s’annonce inéluctablement, même si le président rempile pour un nouveau mandat de 7 ans en 2018.

Dans ce contexte de crise et dans cette ambiance de fin de règne, il y a comme une attente vis-à-vis de ce qu’il est convenu d’appeler la communauté internationale, communauté dans laquelle se recrutent les grandes puissances, mais surtout les organisations inter-étatiques comme l’Onu, l’Union africaine, l’Union européenne, la Francophonie, etc. La secrétaire  générale du Commonwealth, Patricia Scotland, était donc très attendue sur la crise sociopolitique dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Mais, au terme de sa visite de cinq jours, le 22  décembre dernier, la diplomate  s’est limitée à exprimer des positions de principe, notamment l’appel au dialogue entre toutes les parties qui doivent travailler pour la paix, selon elle. Sans plus. Rien qui n’ait pas encore  été dit sur la scène publique nationale. Patricia Scotland précise qu’il revient aux Camerounais de trouver une solution au problème. Voilà qui résume les différentes sorties faites jusqu’ici par les partenaires du Cameroun.

Absence d’action politique

Ainsi, la communauté internationale considère encore ce problème comme une affaire camerouno-camerounaise. Sur la scène publique nationale, certes les prises de parole et les  prises de position se sont multipliées, mais des actions politiques continuent de manquer. Le Sdf a voulu forcer le gouvernement à ouvrir le dialogue tant demandé. Dommage que le parti de Ni John Fru Ndi n’ait pas été suivi dans son opération « Blocus » destinée à empêcher tout débat et toute délibération lors de la session parlementaire de novembre consacrée à l’adoption du budget. En face du Sdf, il y avait le président de l’Assemblée nationale (Pan), Cavaye Yeguié Djibril, déterminé à jouer son rôle de rempart contre toute action hostile à l’Exécutif incarné par Paul Biya. Cavaye n’a jamais perdu sa casquette de militant et député du Rdpc, le parti au pouvoir. Lors des séances plénières perturbées par le Sdf, le Pan a fait le choix du passage en force, en déclarant l’adoption des textes sans le moindre débat.

Ainsi, la loi des finances 2018 n’a-t-elle pas été discutée. Mieux, les députés du Sdf ont été esseulés au sein de la Chambre parlementaire qui compte pourtant d’autres partis politiques : l’Udc, l’Undp, le Mrc, le Mdr et l’Upc. Au Sénat, l’opération « Blocus » n’a même pas été déclenchée car, le groupe parlementaire Sdf a été neutralisé par les procédures qu’il a  voulu respecter.

Les députés du Sdf qui chantaient et dansaient au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, n’ont pas été raillés par leurs collègues seulement. Une partie de l’opinion publique s’y est mise, préférant créer l’amalgame et critiquer le côté anecdotique de la méthode : le chant et la danse. Le groupe Sdf avait épuisé les voies du plaidoyer dans cette Chambre parlementaire verrouillée par la majorité écrasante du Rdpc.

L’opération « Blocus » apparaissait davantage comme un exemple de mobilisation visant à créer un véritable rapport de force et à contraindre le chef de l’Etat à ouvrir le dialogue. C’est  ainsi que l’ouverture démocratique de 1990 avait été obtenue, puis la conférence tripartite (gouvernement-opposition-société civile). Le système gouvernant camerounais ne fait des concessions que s’il est dos au mur.

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