Cameroun, Crise anglophone : la Cour suprême condamne
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Cameroun, Crise anglophone : la Cour suprême condamne :: CAMEROON

La rentrée de la haute juridiction a été l’occasion d’entendre la position du pouvoir judiciaire. C’est un soutien tacite au gouvernement, après celui affiché du Parlement.

Il est bien difficile de voir un simple hasard de calendrier entre le discours du premier président de la Cour suprême et la crise sociopolitique qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis 3 mois.

Ce 22 février, la Haute juridiction effectuait sa rentrée et, lors de l’audience solennelle, Daniel Mekobe Sone a bâti son propos autour de la justice privée. A partir des exemples cités par le haut magistrat, il apparaît que la justice privée est en œuvre dans les formes de revendication en cours dans les deux régions anglophones du pays.

Daniel Mekobe Sone fustige ces enseignants qui « désertent les salles de classe ou les amphithéâtres, pour exiger l’amélioration de leurs conditions de travail ou la réponse à leurs revendications». Par ailleurs, on voit mal le premier président de la Cour suprême cautionner les manifestations violentes qui ont eu lieu dans plusieurs villes du Sud-Ouest et du Nord-Ouest.

Daniel Mekobe Sone condamne d’ailleurs l’usage des réseaux sociaux et l’action des médias, même s’il se réserve d’établir une relation directe avec les évènements dans les régions anglophones. Dans tous les cas, le gouvernement peut se sentir bien inspiré d’avoir suspendu la connexion Internet dans cette partie du pays, tout comme plusieurs radios ont été fermées à l’Ouest et dans le Nord-Ouest.

Etat de droit

Les formes de revendications ayant cours dans la crise anglophone sont autant répréhensibles que plusieurs comportements bien connus au Cameroun, comportements qui participent de la justice privée. Daniel Mekobe Sone ne tarit pas d’exemples : « la justice populaire, des crimes crapuleux et crimes rituels directement ou indirectement imputés à des individus soupçonnés de pratique de sorcellerie, des employés qui séquestrent leurs employeurs dans l’entreprise, des populations de nos villages qui barricadent des routes pour réclamer le payement de leurs indemnisations, des bailleurs qui enlèvent les fenêtres de leurs locataires, la veuve qui n’a point droit à l’héritage de son époux encore moins au partage de la communauté, le lynchage médiatique... » L’énumération peut se poursuivre car, chacun a maintenant compris ce qu’est la justice privée 

Naturellement, se rendre justice soit même s’oppose à la justice étatique, c’est-à-dire celle qui doit avoir dans un Etat de droit. C’est celle qui s’exerce dans le cadre des institutions de la République. C’est cette justice qui doit être rendue par qui de droit, puisque tout le monde ne saurait être habilité à le faire. C’est à se demander si les manifestants de Bamenda, de Buea, etc ont eu tort de manifester pour exprimer leurs revendications.

La même question se pose à propos de la grève des enseignants. Daniel Mekobe Sone rappelle à ces derniers qu’ils violent le droit à l’éducation des milliers de Camerounais, un droit inscrit dans la constitution. Et le haut magistrat fait cette mise en garde : le Code pénal punit l’entrave au droit à l’éducation scolaire.

Aux personnes qui ont participé aux mouvements de violence, ont empêché la tenue de l’école et, plus généralement, ont menacé ou rompu l’ordre public, la Premier président de la Cour suprême rappellent : « l’Etat est tenu d’assurer la sécurité des personnes et des biens ». Il n’empêche que Daniel Mekobe Sone reste muet sur la répression menée par la police et l’Armée ainsi que sur la gestion de la crise par le gouvernement. Plusieurs procès sont maintenant ouverts devant le Tribunal militaire.

Voilà pour ainsi dire la position de la Cour suprême. C’est le pouvoir judiciaire qui parle. Le 3ème Pouvoir était réservé jusqu’ici. Dans le feu de l’action, l’Exécutif avait reçu le soutien du Parlement en décembre dernier.

En effet, lors de la clôture de la session parlementaire de novembre, le président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, et le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguié Djibril, avaient condamné les manifestations dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. « Qu’ils (les antipatriotes) sachent que nous ne les laisserons pas faire », avait prévenu Niat. « Le Cameroun ne se gouverne pas dans le rue », avait ajouté Cavaye. 

Aujourd’hui, le premier président de la Cour suprême renchérit : « la justice privée est intolérable dans un Etat de droit ». 

L’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire semblent parler d’une même voix, pour traduire l’idée que le système gouvernant s’est fait de la crise anglophone.

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