Koutaba : un atterrissage salué comme un exploit relance le débat sur le développement au Cameroun
© Camer.be : Toto Jacques | 27 mai 2025 15:45:04 | 3893En 2025, une scène surréaliste s’est déroulée à Koutaba, dans l’Ouest du Cameroun : une foule en liesse a applaudi l’atterrissage d’un avion sur un aérodrome militaire, inactif depuis 1989. Ce moment, immortalisé sur les réseaux sociaux, est vite devenu viral. Mais au-delà de l’émotion, c’est un signal d’alerte sur l’état de l’infrastructure aérienne camerounaise.
En 1981, le Cameroun célébrait la montée en puissance de Cameroon Airlines, avec des timbres à l’effigie du Boeing 747 "Mont Cameroun". En 2025, l’atterrissage d’un simple appareil est perçu comme une victoire, illustrant la stagnation du secteur aérien national.
Pendant ce temps, l’Éthiopie souvent citée dans les années 90 comme symbole de pauvreté a effectué une transformation impressionnante. En 2024, elle comptait 23 aéroports internationaux, dont 4 nouveaux construits cette même année. Même le Liberia, avec des moyens limités, affiche 99 aéroports. La RDC, en crise permanente, en possède 272. Comparé à ces chiffres, le Cameroun semble paralysé.
Autrefois fleuron national, Cameroon Airlines a sombré dans la tourmente : retards de paiement, retrait d’avions en leasing, mise sur liste noire par la DGAC française pour manquements aux normes, puis dissolution en 2006 au profit de Camair-Co. Mais le mal était déjà profond.
Cet épisode à Koutaba reflète un mal plus vaste : le manque de vision politique sur le long terme. Tandis que certains applaudissent un événement aussi banal que l’atterrissage d’un avion, d’autres s’interrogent : où sont les projets d’infrastructure ? les programmes concrets ? les échéances claires ?
Les opposants politiques sont pointés du doigt. Depuis 43 ans, aucun n’a su présenter un programme de développement cohérent, viable et mobilisateur. L’opposition, éclatée en plus de 300 partis, s’embourbe dans les querelles d’égo et les arrangements de couloir. Comment espérer une alternance crédible sans projet national structuré ?
L’urgence est réelle : routes délabrées, pénurie d’eau potable, coupures d’électricité et réseau ferroviaire obsolète. Le Cameroun a besoin d’une stratégie de reconstruction, pas d’applaudissements symboliques.
Plutôt que de glorifier le passé ou de se satisfaire de l’anecdotique, il est temps d’exiger une vision claire de l’avenir. Et cela commence par une véritable exigence citoyenne vis-à-vis de la classe politique – qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition.
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