Mbat Village rasé : 200 maisons brûlées au cœur du Cameroun anglophone
© Camer.be : Toto Jacques | 21 avr. 2026 11:06:45 | 2072Plus de 200 habitations détruites en une seule nuit. Le village de Mbat, subdivision de Nwa dans le Donga Mantung, est en cendres. Des centaines de résidents ont fui dans la brousse. Une catastrophe humanitaire de plus dans le Nord-Ouest camerounais.
Ce qui s'est passé à Mbat
L'attaque a visé le village de Mbat, situé dans la subdivision de Nwa, département du Donga Mantung, région du Nord-Ouest. Selon les rapports disponibles, des éleveurs armés auraient mené l'assaut. Plus de 200 maisons ont été incendiées. Les réserves alimentaires ont été détruites. Les habitants ont fui précipitamment vers la brousse environnante, sans possibilité de sauver leurs biens.
L'attaque n'a épargné ni les établissements scolaires, ni les lieux de culte, ni les outils de subsistance. L'ensemble du tissu économique et social du village a été anéanti en quelques heures.
Un schéma répété dans les régions anglophones
L'attaque de Mbat Village n'est pas un incident isolé. Elle s'inscrit dans un schéma de violences récurrentes qui affecte des communautés rurales dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest camerounais depuis plusieurs années.
Ces zones sont déjà fragilisées par la crise anglophone qui oppose depuis 2017 des séparatistes armés aux forces de sécurité de l'État. L'instabilité structurelle crée des zones grises où d'autres formes de violence, notamment liées aux conflits entre agriculteurs sédentaires et éleveurs transhumants, prospèrent sans contrôle.
Pourquoi ces villages restent exposés
Le conflit agriculteurs-éleveurs au Cameroun se définit comme une tension structurelle entre communautés rurales pratiquant l'agriculture vivrière et groupes d'éleveurs dont les troupeaux traversent ou occupent des terres cultivées. Ce conflit, présent dans toute l'Afrique subsaharienne, prend au Cameroun une dimension aggravée par l'absence d'autorité effective dans les zones en crise.
Dans le Donga Mantung, l'État peine à déployer des forces de sécurité capables d'intervenir rapidement. Les voies d'accès sont difficiles. Les mécanismes locaux de médiation ont été déstabilisés par la crise armée. Résultat : les communautés rurales sont livrées à elles-mêmes face à des attaques de plus en plus dévastatrices.
La destruction des réserves alimentaires constitue un acte particulièrement grave. Elle prive les populations de leur capacité de survie immédiate et force des déplacements prolongés, transformant une attaque en crise humanitaire durable.
Appels urgents sans réponse garantie
Les habitants de Mbat Village réclament trois choses : un déploiement sécuritaire d'urgence, une aide humanitaire immédiate, et une enquête approfondie sur les responsables de l'attaque.
Ces demandes sont légitimes et urgentes. Mais elles se heurtent à la réalité d'un État engagé sur plusieurs fronts sécuritaires simultanément et d'une communauté internationale dont l'attention reste inégale sur les crises camerounaises.
Sans déploiement de forces de sécurité et sans aide d'urgence, les populations déplacées ne pourront pas rentrer. Les cultures de la saison seront perdues. La famine menace localement.
la répétition de tels épisodes sans réponse judiciaire ni politique alimente un cycle de défiance envers l'État et renforce la tentation du repli communautaire armé. La crise humanitaire au Nord-Ouest camerounais risque de s'enkystera durablement si les mécanismes de résolution des conflits fonciers et pastoraux ne sont pas réactivés.
Mbat, symptôme d'une fracture plus profonde
Le Donga Mantung brûle. Les chiffres parlent : 200 maisons, des greniers vidés, une école fermée, des familles dans la forêt. La question qui reste sans réponse est aussi simple que brutale : combien de villages devront disparaître avant qu'une réponse coordonnée soit apportée à cette crise sécuritaire au Cameroun ?
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