Réseaux sociaux : Ces dérapages qui inquiètent
© Cameroon Tribune : Yvette MBASSI-BIKELE | 25 mars 2015 02:21:18 | 8385L’incident a lieu en janvier 2015. Amélie M., appelons-la ainsi, apprend que des photos particulières d’elle circulent sur Facebook. Elles ont été prises à la maison, pendant des événements
familiaux heureux, par son grand garçon de terminale avec son iPhone. On l’y voit à la piscine, en maillot de bain deux pièces. Et même, un moment calin avec son compagnon est aussi exposé. Rien de bien méchant, a priori. Le fils les a juste « postées sur Facebook pour s’amuser et parce qu’il est fier de sa maman ». L’adolescent a oublié que cette dernière est aussi une personnalité publique dont l’image doit être gérée rigoureusement, au besoin protégée. Par ailleurs, il ne se doutait pas que, sous ces photos, ses amis pourraient écrire des commentaires douteux, peu appréciés de sa mère.
Outils de communication et pédagogiques, Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram, Google+, Snapchat, Ask.fm et autres réseaux dits sociaux peuvent aussi être à l’origine de dérapages plus ou moins graves. Y afficher publiquement des photos de quelqu’un à son insu, comme s’amusent à le faire nombre d’adeptes, est interdit par la loi. Les contrevenants risquent des procès en règle. Des établissements scolaires n’hésitent plus à passer leurs élèves au conseil de discipline au moindre dérapage. Ce fut le cas l’année dernière pour deux élèves d’un collège de la place : ils avaient transféré sur Facebook une photo de leur camarade en petite culotte dans les vestiaires de sport. Pour Amélie M. et son fils, le dérapage a été évité d’extrême justesse. Le linge sale ne se lave-t-il pas en famille ? « Je lui ai demandé de retirer immédiatement les photos incriminées. Je n’ai pas besoin que le monde entier découvre ma plastique, encore moins qui partage ma vie », précise la mère, quelque peu vexée.
Mais tous les incidents générés par Facebook et compagnie ne sont pas gérés avec autant de tact. Et les conséquences peuvent être bien plus dramatiques. De source introduite, plusieurs jeunes séjournent dans les cellules de la direction de la police judiciaire à Yaoundé pour leurs écarts de comportement sur les réseaux sociaux. Les agissements de certains ont même été qualifiés de cybercriminels par les forces de l’ordre. « Le cyberbullying [harcèlement via le Net (blogs, réseaux sociaux) par lequel les agresseurs peuvent insulter, envoyer des photos truquées ou des menaces pour intimider un individu] est un phénomène difficile à appréhender, car il reste assez obscur chez les jeunes et même les adultes. Il se développe très tôt, dès l’école, pour se poursuivre dans les milieux professionnels. Les victimes sont en général, des personnes qui présentent une différence par rapport à leurs camarades : un jeune enrobé, qui bégaye ou porte des lunettes… Ce type de harcèlement est utilisé pour régler des problèmes en rapport avec le milieu scolaire, ou des problèmes amoureux », expliquait récemment un responsable d’Interpol lors d’une causerie éducative avec des lycéens.
Les conséquences des dérapages sur les réseaux sociaux peuvent être graves pour les adultes. Et l’enfant aussi : déficit d’attention, baisse des résultats et décrochage scolaire, voire dépression. Souvent, celui-ci n’ose pas en parler, car il a peur des représailles ou d’être exclu du groupe. Notre source à Interpol martèle : « Les parents et les enseignants doivent entamer le dialogue avec les enfants pour leur expliquer ce que l’on peut accepter ou pas. On ne correspond pas sur Internet pour se faire insulter ou pour que sa vie privée soit étalée via des photos ou des vidéos. Que l’on soit enfant ou parent, ce n’est jamais sans conséquences ». A bon entendeur…
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