Le business autour de la mort : Quand les pleureuses entrent en scène
© Mutations : Reine Hot | 07 sept. 2016 09:13:22 | 8360Lors d’un deuil dans un village à l’Ouest-Cameroun, ces dames ont impressionné par leurs prestations.
Il est 14h à Bayangam, une localité située à l’Ouest Cameroun. En cet après-midi du samedi 13 août 2016, Bruno M. très gaie d’habitude affiche un air mélancolique. «Mon papa est décédé il y a de cela deux semaines, ses obsèques ont lieu aujourd’hui», confie-t-il. Bruno a fait les choses en grand, pour enterrer dignement son père, par ailleurs ancien notable du village.
Il a loué les services des pompes funèbres (corbillard, fleurs, banderoles…), d’un service traiteur (nourriture et boisson), et de deux chorales. Le jeune homme ne s’est pas arrêté là, puisqu’il a également fait appel à une association de femmes dites pleureuses. «Je veux donner plus de portée à ce deuil, c’est pourquoi j’ai payé pour disposer des services de ces dames», explique-t-il.
En effet, les «pleureuses», comme leur nom l’indique ont pour mission de se lamenter pendant tous les évènements tristes où elles sont sollicitées. En attendant l’arrivée de la dépouille, elles sont assises dans un coin de la bâtisse qui abrite la cérémonie. Soudain, une voiture luxueuse gare. À son bord une haute personnalité d’un village voisin. C’est le remue-ménage. Les pleureuses se lèvent comme un seul homme et se ruent dans la cour. En tête, la plus âgée, Clémence, 60 ans. Dans ses mains, un petit panier, censé recueillir les billets de banque.
Elles accostent grossièrement le monsieur, un peu étourdi sur le coup. Formant un cercle autour de lui, elles se livrent à une véritable mise en scène. Certaines à même le sol, se roulent dans la terre rouge. D’autres, debout, tentent de faire sortir des larmes de leurs yeux. Des yeux autour desquels elles ont frottés un peu de menthol pour que l’effet chauffant de celui-ci fasse facilement couler le liquide. Elles gémissent et pleurent à chaude larmes, jusqu’à ce que le charmant jeune homme glisse un billet dans la corbeille.
Mais ce geste n’atténue pas leur vacarme, au contraire elles redoublent d’efforts, comme pour susciter encore plus de générosité chez ce monsieur. Leur stratégie s’avère payante, puisque celui-ci jette une fois de plus de l’argent dans le panier. Lorsque les larmes semblent sèches, elles entament le volet «chant». Des mélodies bien rythmées, sont entonnées par Géraldine, l’une d’entre elles. À la manière du peuple Bamilékés (Ouest Cameroun), les pleureuses alternent les voix des ténors avec celles des sopranos, en passant par celles des basses. Une véritable symphonie vocale est mise en place.
Le jeune homme sera malmené pendant près de 20 minutes et dépouillé littéralement de tous ses sous, du moins ceux qui étaient visibles dans son portefeuille. Après lui, beaucoup d’autres invités fortunés passeront à la casserole. Avec à chaque fois, la même méthode. Les pleureuses n’auront de répits qu’une fois la nuit tombée, et la dépouille du défunt ensevelie.
Le lendemain matin, elles reprendront la route pour Yaoundé, la ville où elles siègent, non sans avoir encaissé leur paye soit 150 000 F CFA, en plus des gratifications reçues lors des prestations. En attendant une nouvelle affaire.
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