Justice : Ecobank condamnée à payer 1,5 milliards CFA à Wadivo
© Camer.be : Léandre Ndzié | 10 juin 2026 09:37:11 | 2307Le Tribunal de Première Instance (TPI) de Bonanjo à Douala a rendu, le 28 mai 2026, un verdict retentissant dans l’affaire opposant la banque Ecobank Cameroun à la société de recouvrement Wadivo et à son dirigeant, Moyo Kamgaing. La juridiction, statuant en matière correctionnelle, a reconnu Ecobank coupable de diffamation et l’a condamnée à verser 1,5 milliard de FCFA de dommages et intérêts aux plaignants.
Cette décision met un terme à près de trois années de procédure judiciaire engagée à la suite d’accusations formulées par la banque contre la jeune entreprise spécialisée dans la défense des consommateurs.
À l’origine du litige
Créée en 2023, Wadivo se présente comme une société de recouvrement agissant pour le compte de particuliers. Selon ses responsables, plusieurs usagers lui avaient signalé des prélèvements bancaires jugés irréguliers sur leurs comptes Ecobank, documents bancaires à l’appui.
Face à ces signalements, la plateforme avait invité les clients concernés à s’enregistrer afin de solliciter d’éventuels remboursements. En réaction, Ecobank avait publiquement accusé Wadivo de diffuser de fausses informations dans le but de nuire à son image et de tromper le public. Considérant ces déclarations comme attentatoires à leur réputation, Wadivo et son dirigeant avaient saisi la justice pour diffamation.
Dans son jugement, le TPI a rejeté les accusations de tentative d’escroquerie portées par la banque contre les plaignants.
Un audit judiciaire au cœur du dossier
Au cours de la procédure, Ecobank a soutenu que les libellés contestés sur les relevés bancaires relevaient d’une simple erreur d’affichage. Pour vérifier cette version, le tribunal a ordonné une expertise indépendante.
Selon les conclusions évoquées par Wadivo, les experts mandatés auraient identifié un mécanisme de facturation correspondant à un second pack de services bancaires facturé à hauteur de 10 000 FCFA hors taxes par mois, auquel certains clients n’auraient pas souscrit.
Ces éléments ont alimenté les débats devant le tribunal, même si la condamnation prononcée porte exclusivement sur les faits de diffamation.
Des irrégularités déjà signalées
Les experts auraient également relevé que le Comité national économique et financier (CNEF) avait déjà pointé certaines pratiques de la banque en 2023, notamment la perception de frais de retrait au guichet jusqu’en 2021, alors que la réglementation sur le service bancaire minimum garanti prévoit la gratuité de cette prestation.
Wadivo estime que ces constats contredisent les affirmations formulées par Ecobank dans un communiqué publié en septembre 2023, dans lequel l’établissement bancaire assurait respecter strictement la réglementation en vigueur et indiquait avoir été conforté par différents audits réglementaires.
Plusieurs banques concernées par les réclamations
Les responsables de Wadivo affirment par ailleurs que les signalements reçus ne visaient pas uniquement Ecobank. Selon eux, huit banques opérant au Cameroun avaient initialement été citées par des clients pour des frais de tenue de compte présumés indus.
Après vérifications, seules six banques auraient finalement fait l’objet de réclamations jugées fondées. Wadivo souligne néanmoins que la majorité des établissements bancaires présents sur le marché camerounais n’auraient pas enfreint la réglementation en matière de frais de tenue de compte.
Des conséquences pour Wadivo
Pour les dirigeants de la plateforme, les accusations portées par Ecobank ont fortement affecté la crédibilité de l’entreprise naissante. Ils estiment qu’il était difficile de convaincre les consommateurs de leur confier la défense de leurs intérêts lorsqu’un établissement bancaire de premier plan les accusait publiquement de diffuser de fausses informations.
Le verdict du TPI est ainsi perçu par Wadivo comme une réhabilitation de son image et un signal favorable à la poursuite de ses activités de recouvrement et d’accompagnement des consommateurs.
Vers de nouvelles réclamations ?
À l’issue de la décision, Moyo Kamgaing a salué ce qu’il considère comme une victoire de la vérité et de la justice. Tout en exprimant sa satisfaction, il a indiqué que l’objectif principal demeure, selon lui, l’indemnisation des clients qui auraient subi des prélèvements indus.
Reste désormais à savoir si Ecobank fera appel de cette décision et quelles pourraient être les suites judiciaires ou réglementaires d’un dossier qui continue de susciter de vives réactions dans le secteur bancaire camerounais.
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