Henri Eyebé Ayissi : « L'époque des titres sans vérification est révolue »
© Camer.be : Toto Jacques | 22 juin 2026 12:13:02 | 2782En marge du Salon PROMOTE 2026, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières a promis une guerre sans merci contre la corruption qui gangrène le secteur foncier, annonçant digitalisation et sanctions.
Le Cameroun compte plus de 65 % de litiges fonciers portés devant les tribunaux civils et 85 % des affaires soumises aux tribunaux administratifs. Des chiffres qui donnent le vertige. Face à cette situation, Henri Eyebé Ayissi, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières, a choisi le Salon PROMOTE 2026 pour lancer un message fort : la corruption ne passera plus.
Devant des milliers de visiteurs et professionnels du secteur, il a comparé la corruption à « une pieuvre qui tente de prendre possession du corps social ». Une déclaration choc, prononcée à quelques jours de la clôture de ce rendez-vous économique majeur qui a réuni plus de 1.500 entreprises issues de 40 pays.
Une déclaration qui fait date
Le 21 juin 2026, alors que le Salon PROMOTE refermait ses portes après dix jours d'intenses échanges économiques, le ministre Henri Eyebé Ayissi a marqué les esprits. Au stand du MINDCAF, devant les visiteurs et les professionnels du secteur, il a réaffirmé avec fermeté la détermination du gouvernement à combattre les pratiques frauduleuses qui entravent la bonne gouvernance foncière au Cameroun.
La lutte contre la corruption, a-t-il rappelé, constitue une priorité nationale impulsée au plus haut sommet de l'État par le Président de la République, Paul Biya.
« La corruption est une pieuvre »
L'image est forte, presque biblique. Pour Henri Eyebé Ayissi, la corruption n'est pas un phénomène marginal ou accidentel. C'est un fléau systémique qui tente de prendre possession du corps social tout entier.
« La corruption est une pieuvre qui tente de prendre possession du corps social. »
Cette métaphore, martelée devant les professionnels du secteur, résume à elle seule l'ampleur du défi. La pieuvre, avec ses tentacules multiples, s'infiltre partout. Elle étouffe l'économie, fragilise les institutions et mine la confiance des citoyens.
Des pratiques du passé qu'il faut abolir
Le ministre a été sans concession concernant les pratiques du passé. Il a dénoncé ces titres fonciers établis sans vérifications suffisantes sur le terrain, favorisant ainsi des conflits et des irrégularités qui empoisonnent la vie des Camerounais.
« Cette époque est révolue. »
Un message clair : le cap est désormais mis sur la modernisation de la gestion du patrimoine foncier national.
La digitalisation comme arme principale
Pour assainir le secteur, Henri Eyebé Ayissi a mis en avant plusieurs leviers de réforme :
1. La digitalisation des procédures pour réduire les possibilités de fraude et garantir un accès plus équitable aux services fonciers.
2. Le renforcement de la transparence dans le traitement des dossiers.
3. L'amélioration des mécanismes de contrôle.
Ces mesures, a-t-il assuré, visent à restaurer la confiance des citoyens dans une administration trop souvent perçue comme opaque et corrompue.
Des sanctions exemplaires
Le ministre a également prévenu : les agents reconnus coupables de manipulations de dossiers, de fraudes ou d'autres actes de corruption s'exposent à des sanctions conformément aux textes en vigueur.
Cette menace n'est pas verbale. En novembre 2025, le MINDCAF avait déjà suspendu 21 agents du cadastre pour des faits graves : falsification des cartes foncières, rétention abusive de dossiers, surfacturation des prestations et fraudes répétées.
Un contexte alarmant
Ces annonces interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Selon le rapport 2022 de la Commission nationale anti-corruption (Conac), le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières était classé en tête des ministères les plus corrompus du Cameroun.
Les chiffres sont éloquents :
- 65 % des affaires portées devant les tribunaux civils concernent des litiges fonciers.
- 85 % des affaires soumises aux tribunaux administratifs relèvent du foncier.
Dans l'indice de perception de la corruption 2024 de Transparency International, le Cameroun obtient un score de 26 sur 100, se classant au 140e rang sur 180 pays, en recul d'un point par rapport à 2023.
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