Énergie:le ministre Eloundou Essomba engage l'État à fournir 10 MW à Acero Metal pour 1 200 emplois
© Camer.be : Olivier Berhuse | 10 juil. 2026 01:01:23 | 4794Douala, le 09 juillet 2026. L'industrie camerounaise a-t-elle enfin trouvé, avec Acero Metal, l'entreprise capable de forcer l'État à accélérer sur ses promesses énergétiques ? La question mérite d'être posée après la visite effectuée ce jeudi par Gaston Eloundou Essomba, ministre de l'Eau et de l'Énergie, dans les installations de la société sidérurgique à Douala.
Un déplacement qui s'est conclu par un engagement chiffré et daté : 10 mégawatts supplémentaires sous 90 jours.
Une entreprise qui tourne à moins d'un quart de ses capacités
Les chiffres, à eux seuls, racontent l'ampleur du problème.
Acero Metal SARL dispose d'une capacité installée de 250 000 tonnes d'acier par an. Sa production réelle plafonne à 60 000 tonnes.
Autrement dit, l'entreprise fonctionne à moins de 25% de son potentiel, freinée non pas par un manque de commandes, un déficit de matières premières ou une mauvaise gestion, mais tout simplement par l'absence d'électricité en quantité suffisante.
Avec seulement 12 MW disponibles actuellement, contre 40 MW nécessaires pour une exploitation optimale, Acero Metal illustre à elle seule les contradictions d'un pays qui affiche des ambitions industrielles fortes sur le papier, tout en laissant ses entreprises les plus stratégiques étouffer faute d'un réseau électrique à la hauteur.
C'est cette réalité, documentée et chiffrée, que le ministre a pu constater de visu en parcourant les lignes de production, en présence du gouverneur du Littoral, du consul de l'Inde au Cameroun, ainsi que des directeurs généraux de la Sonatrel, de la Socadel et de l'Arsel.
Un aréopage institutionnel rarement réuni pour la visite d'une seule entreprise privée, preuve, s'il en fallait une, du poids qu'a pris Acero Metal dans l'écosystème industriel camerounais.
10 MW, 90 jours : l'engagement qui rompt avec les habitudes
Face à ce constat, le ministre n'a pas botté en touche. Il s'est engagé fermement à livrer 10 MW supplémentaires dans un délai de 90 jours, un engagement suffisant pour permettre le démarrage immédiat d'une nouvelle unité de production actuellement à l'arrêt, faute de courant.
Cette unité, une fois opérationnelle, doit générer près de 1 200 emplois directs à Douala. Dans une région où le chômage des jeunes reste une préoccupation majeure, ce chiffre pèse lourd, et explique en partie pourquoi le dossier Acero Metal a désormais toute l'attention du gouvernement.
Reste que le Cameroun n'est pas étranger aux promesses ministérielles non tenues, notamment dans le secteur énergétique où les délais s'allongent régulièrement au fil des contraintes techniques, financières ou logistiques. Cette fois, le ministre semble avoir pris soin d'ancrer son engagement dans un calendrier précis et public, devant témoins institutionnels, ce qui limite la marge de manœuvre pour un éventuel enlisement du dossier.
Une entreprise devenue baromètre de la politique industrielle nationale
Au-delà du cas Acero Metal, cette visite en dit long sur la méthode adoptée par le ministre Eloundou Essomba dans cette tournée du Littoral, entamée le 8 juillet. La veille déjà, il avait obtenu des engagements formalisés des entreprises en charge du deuxième corridor d'évacuation de l'énergie à Douala, preuve d'une volonté d'agir sur plusieurs fronts simultanément pour désengorger le réseau électrique de la capitale économique.
Interrogé sur l'objectif de sa démarche, le ministre a insisté sur une posture d'écoute plutôt que de communication descendante, affirmant être venu "pour écouter" les industriels avant de rassurer sur la volonté gouvernementale de créer un environnement énergétique favorable à l'industrialisation, conformément à la Stratégie nationale de développement 2020-2030.
Un discours cohérent, mais qui devra désormais se traduire dans les faits. Car Acero Metal, par la taille de ses installations, l'ampleur de ses besoins et sa visibilité désormais nationale, est en passe de devenir un cas d'école : celui d'une entreprise capable, par sa seule dimension stratégique, d'obtenir un traitement prioritaire de la part des autorités. Un signal positif pour les industriels camerounais, à condition que la promesse des 10 MW se concrifie réellement dans le délai annoncé.
Rendez-vous est donc pris dans 90 jours. Si l'engagement est tenu, Acero Metal deviendra la preuve vivante qu'une volonté politique clairement affichée peut débloquer, en quelques mois, ce que des années de plans stratégiques n'avaient pas réussi à résoudre. Dans le cas contraire, ce nouvel épisode viendra allonger la longue liste des promesses énergétiques camerounaises restées lettre morte.
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