Djeuga Palace : la justice suspend la vente de l’immeuble à Douala
© Camer.be : Toto Jacques | 09 oct. 2026 16:37:00 | 314Djeuga Palace Besseke : le tribunal de Douala-Ndokoti suspend la vente de l’immeuble prévue ce 9 octobre. Le bras de fer judiciaire continue.
Le Tribunal de première instance de Douala-Ndokoti a ordonné la suspension de la vente de l’immeuble Djeuga Palace de Besseke, un sursis dans un litige foncier de dix-sept ans.
Il était 11 heures passées ce vendredi 9 octobre 2026 quand le Tribunal de première instance de Douala-Ndokoti a rendu son ordonnance. La vente de l’immeuble Djeuga Palace de Besseke, mise à prix 5,5 milliards FCFA, n’aura pas lieu. Pas encore.
Une page se tourne dans un feuilleton judiciaire qui dure depuis 2008. Mais une question demeure, plus brûlante que jamais : qui est le vrai propriétaire de ce terrain de 1,07 hectare planté au giratoire Joss, en plein cœur de Douala ?
Un titre foncier qui a changé de mains
Tout remonte à 2008. Cette année-là, une transaction est initiée au profit de Jean-Claude Feutheu, homme d’affaires et député, surnommé « Claude le Parisien » dans les milieux d’affaires de Douala. Le terrain, situé au lieu-dit Besseke, est alors qualifié de « domaine national de deuxième catégorie ». Une classification réservée aux terres libres de toute occupation.
Une concession provisoire est accordée. En 2016, elle devient définitive. Elle porte sur 5 972,3 m². Le prix payé : 29,861 millions de FCFA.
Mais le problème est ailleurs. Selon le ministre des Domaines, Henri Eyebe Ayissi, la parcelle relève en réalité d’une dépendance du domaine ferroviaire de l’ex-REGIFERCAM, protégée par un arrêté datant du 6 avril 1926. Autrement dit : un terrain qui n’aurait jamais dû être cédé.
Février 2026 : le couperet tombe
Le 2 février 2026, sur requête du Cabinet Conseil Atou, le ministre des Domaines annule purement et simplement le titre foncier 318/WA de la Société hôtelière Djeuga Palace. Motif : la parcelle relevait du domaine de l’État, et le montant acquitté ne correspondait pas à sa valeur réelle.
Le Cabinet Conseil Atou, mandataire officiel de l’État, est chargé de la liquidation des actifs résiduels de l’ex-REGIFERCAM, l’ancienne Régie des Chemins de Fer du Cameroun. Il réclame la restitution de la parcelle, qu’il estime occupée indûment.
La riposte de Djeuga
Feutheu ne l’entend pas de cette oreille. Il conteste la décision devant le Tribunal administratif du Littoral. Et il gagne une première manche. Le 21 juillet 2026, le tribunal accorde un sursis à exécution de l’arrêté ministériel. L’annulation du titre foncier est provisoirement suspendue. Le litige devra être examiné au fond.
Mais le Cabinet Atou ne s’arrête pas là.
Le commandement de libérer les lieux
Le 23 juillet 2026, le Tribunal de première instance de Douala-Bonanjo rend une ordonnance de référé d’heure à heure, n°506/H. Elle enjoint à la Société hôtelière Djeuga Palace de libérer sous 48 heures l’immeuble de l’ex-REGIFERCAM, d’une superficie de 1 hectare 07 ares 04 centiares.
Le 21 août 2026, à 16 h 34, Maître Guy Efon, huissier de justice, signifie le commandement aux locaux de Djeuga Palace à Douala. L’acte est remis à Mme Patricia Tchapa, assistante de direction. Le compte à rebours commence. Passé le délai, l’expulsion forcée est prévue.
La mise aux enchères
Le 9 septembre 2026, le Cabinet Atou officialise la mise aux enchères de l’immeuble. L’adjudication est fixée au 9 octobre 2026, à 11 heures précises, par-devant Maître Jean-Jacques Moukoury Eyango, notaire à Douala-Ndokoti. Mise à prix : 5,5 milliards de FCFA. Caution : 50 millions.
Le bien concerné est un immeuble urbain bâti, sis au giratoire Joss, dans le quartier Bonadibong. Il est couvert par le titre foncier n°2716/WA. L’État promet à l’acquéreur la jouissance effective des lieux, incluant la prise en charge de la démolition des constructions existantes.
La contre-attaque de Djeuga
Face à cette menace, Djeuga Palace sort du silence. Dans un communiqué signé par sa direction générale, la société conteste la procédure et affirme qu’aucune décision de justice n’a privé la société de la propriété de son bien.
« La société affirme avoir découvert cette information sur les réseaux sociaux », lit-on dans le communiqué. Elle dit avoir « mis en garde par voie de sommation les concernés contre cette vente de sa propriété » et avoir « saisi les juridictions camerounaises compétentes ».
L’ordonnance du 9 octobre
Ce vendredi matin, le Tribunal de première instance de Douala-Ndokoti rend son ordonnance. Saisi en référé d’heure à heure par l’honorable Feutheu Claude, le tribunal présidé par Mme Totto Mamikouan Angèle tranche : « Ordonnons la suspension de la vente de l’immeuble litigieux […] en attendant l’issue des procédures contentieuses introduites devant le Tribunal Administratif du Littoral sur la propriété de l’immeuble. »
C’est un sursis pour le groupe Djeuga. La vente est bloquée. Mais la bataille, elle, continue.
Ce que dit le droit
Le fond du dossier n’est pas tranché. Le Tribunal administratif du Littoral devra dire qui est le vrai propriétaire. D’un côté, l’État, via le Cabinet Atou, qui affirme que la parcelle relevait de l’ex-REGIFERCAM et n’aurait jamais dû être cédée. De l’autre, Djeuga Palace, qui affirme avoir bénéficié d’une concession régulière et d’un titre foncier valide.
Une chose est sûre : le titre foncier 318/WA a été annulé. Puis l’annulation a été suspendue. Puis une ordonnance a ordonné l’expulsion. Puis une autre a suspendu la vente.
Onze niveaux de béton, une façade beige, des vitres encore neuves. Et un immeuble qui n’a jamais ouvert ses portes. Le Djeuga Palace de Besseke est un géant endormi au cœur de Douala. La justice devra décider de son sort.
Pourquoi la vente du Djeuga Palace a-t-elle été suspendue ?
Le Tribunal de première instance de Douala-Ndokoti a ordonné la suspension de la vente prévue le 9 octobre 2026, en attendant que le Tribunal administratif du Littoral se prononce sur la propriété de l’immeuble.
Qui est le vrai propriétaire du terrain de Besseke ?
Le litige n’est pas tranché. L’État, via le Cabinet Atou, affirme que la parcelle relevait de l’ex-REGIFERCAM. Djeuga Palace affirme avoir bénéficié d’une concession régulière et d’un titre foncier valide depuis 2008.
Pourquoi le titre foncier a-t-il été annulé en février 2026 ?
Le ministre des Domaines a estimé que la parcelle relevait du domaine de l’État et que le montant acquitté lors de l’opération foncière ne correspondait pas à sa valeur réelle. Le terrain a été cédé pour environ 29 millions FCFA, alors que sa valeur est estimée à près de 10 milliards.
Qu’est-ce que le Cabinet Atou ?
Le Cabinet Conseil Atou est le mandataire officiel de l’État chargé de la liquidation et de la sauvegarde des actifs résiduels de l’ex-REGIFERCAM. C’est lui qui a engagé la procédure de vente aux enchères.
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