Buea : un quartier sans électricité depuis juin 2026
© Camer.be : Onana Nestor | 27 août 2026 13:24:57 | 2780Santa Barbara à Buea est sans électricité depuis juin 2026 après la panne d'un transformateur. Les habitants dénoncent un rationnement inéquitable de Socadel.
Le transformateur du quartier Santa Barbara à Buea a grillé en juin 2026. Socadel a installé un appareil de remplacement, mais sa puissance est insuffisante pour alimenter toute la zone, contraignant les habitants à un rationnement que certains jugent profondément inéquitable.
Depuis juin 2026, les habitants du quartier Santa Barbara à Buea vivent dans l'obscurité. Un transformateur a grillé. Socadel en a installé un autre, mais il ne peut pas alimenter tout le monde.
Alors l'entreprise a décidé de rationner. Un secteur reçoit l'électricité pendant plusieurs jours. L'autre, à peine 24 heures.
« C'est une injustice », s'insurgent les résidents. « Nos enfants ne peuvent pas étudier. Nos aliments pourrissent dans les réfrigérateurs. Nous sommes des citoyens de seconde zone. »
La colère gronde à Buea. Et elle pourrait bien déborder dans les rues, comme cela s'est déjà produit dans d'autres quartiers de la ville.
Un transformateur qui brûle, une vie qui s'arrête
Tout a commencé en juin 2026. Le transformateur qui alimentait le quartier Santa Barbara, dans la zone de Bonduma à Buea, a rendu l'âme. Un incident technique, comme il en arrive. Sauf que celui-ci n'a jamais été vraiment résolu.
Socadel, la nouvelle société publique d'électricité créée en mai 2026 par décret présidentiel, a installé un transformateur de remplacement. Mais les habitants affirment que sa capacité est insuffisante pour couvrir l'ensemble de la zone.
Résultat : l'entreprise a instauré un système de rationnement entre les deux sections du quartier.
Un rationnement qui divise la communauté
Selon les témoignages recueillis, une section du quartier bénéficie de l'électricité pendant trois à quatre jours consécutifs. L'autre section, en revanche, doit se contenter de moins de 24 heures.
« Pourquoi eux auraient-ils le courant plusieurs jours et nous seulement quelques heures ? », s'interroge un résident, la voix tremblante de colère.
Ce déséquilibre, les habitants le vivent comme une injustice profonde. Certains évoquent même une forme de discrimination, comme si leur section du quartier était moins digne d'attention que l'autre.
Des familles en souffrance
Les conséquences sur la vie quotidienne sont dévastatrices. Les réfrigérateurs ne fonctionnent plus. La nourriture s'abîme. Les repas chauds deviennent un luxe.
« Chaque jour, je dois jeter de la nourriture », témoigne une mère de famille, le regard las. « Le lait de mes enfants tourne. La viande que j'avais achetée pour la semaine est perdue. »
Mais ce n'est pas tout. Les enfants, eux aussi, paient le prix fort. L'année scolaire a repris, et sans électricité, les devoirs se font à la bougie, quand ils se font tout court.
« Mon fils prépare son examen de fin d'année », raconte un père. « Comment voulez-vous qu'il révise dans le noir ? »
Des élèves sacrifiés
À quelques semaines des examens du GCE (General Certificate of Education), la situation est particulièrement critique. Dans d'autres quartiers de Buea, des parents d'élèves ont déjà manifesté pour dénoncer l'impact des coupures sur la scolarité de leurs enfants.
« GCE di come ; we need light », scandaient les manifestants de Chief Street à Molyko en mai 2026. Le même cri de détresse résonne aujourd'hui à Santa Barbara.
Les élèves de la zone se préparent dans des conditions précaires, loin de celles que devrait offrir une ville chef-lieu de région.
Des commerces à l'arrêt
Les petits commerçants sont également touchés. Ceux qui tiennent des boutiques, des bars ou des petits restaurants voient leur activité réduite à néant. Sans électricité, pas de conservation des boissons fraîches, pas de congélation des produits, pas d'éclairage pour accueillir les clients en soirée.
« Je perds de l'argent chaque jour », déplore un gérant de bar. « Mes bières ne sont plus fraîches. Les clients vont ailleurs. »
Certains ont investi dans des groupes électrogènes, mais le coût du carburant est exorbitant et réduit leurs marges à néant.
Une colère qui monte
La situation à Santa Barbara s'inscrit dans un mouvement plus large de contestation à Buea. Depuis plusieurs mois, les quartiers de la ville s'embrasent régulièrement.
Le 26 mai 2026, les habitants de Chief Street à Molyko avaient bloqué la route Buea-Limbe, paralysant la circulation pendant des heures. Le 11 août 2026, les mères de Upper Bonduma étaient descendues dans la rue pour réclamer le retour de l'électricité.
À chaque fois, la même rengaine : des coupures qui durent des semaines, voire des mois, et une société d'électricité qui ne réagit que sous la pression des manifestants.
« C'est seulement quand on bloque les routes qu'ils nous écoutent », résume un habitant de Santa Barbara, désabusé.
Socadel sous pression
Socadel, qui a succédé à ENEO le 4 mai 2026, est encore une jeune entreprise. Mais elle a hérité d'un réseau électrique fragile et d'une dette colossale estimée à près de 800 milliards de FCFA.
Les défis sont immenses. La société doit à la fois moderniser les infrastructures, réduire les pertes et répondre aux attentes légitimes des consommateurs.
Mais pour les habitants de Santa Barbara, les promesses de la nouvelle entreprise publique sonnent creux. « On nous a dit que ce serait mieux avec Socadel », lance un résident, amer. « Pour l'instant, c'est pire qu'avant. »
L'urgence d'une solution
Les habitants de Santa Barbara ne demandent pas l'impossible. Ils réclament simplement une solution durable et un rationnement équitable.
« Nous ne voulons pas être favorisés, nous voulons être traités comme tout le monde », insiste une mère de famille. « Si le transformateur ne peut pas alimenter tout le quartier, qu'ils en installent un autre. »
Ils appellent les autorités et Socadel à agir d'urgence. Avant que la colère ne dégénère en nouvelle manifestation. Avant que la rentrée scolaire ne vire au désastre. Avant que les aliments ne continuent de pourrir dans les réfrigérateurs.
La lumière, à Santa Barbara, n'est pas un luxe. C'est une nécessité.
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