Affaire Martinez Zogo : les témoins accablent la DGRE, Eko Eko mis hors de cause
© Camer.be : Toto Jacques | 19 févr. 2026 00:52:38 | 3562C'est un communiqué de presse signé par sept avocats, dont deux du Barreau de Bruxelles et un avocat à la Cour Pénale Internationale, qui vient de faire basculer l'opinion publique nationale et internationale sur l'affaire Martinez Zogo. Daté du 18 février 2026, il documente avec précision ce qui s'est passé devant le Tribunal Militaire de Yaoundé les 16 et 17 février 2026.
Le verdict des témoins est sans ambiguïté. Vingt-deux témoignages, confirmés par trois nouveaux lors de cette dernière session, établissent de façon irréfutable que l'opération meurtrière contre le journaliste Martinez Zogo était une action irrégulière et illégale, conduite sans aucun ordre du Directeur Général de la DGRE, sans les moyens réguliers du service, et financée par des personnes extérieures à l'institution.
Une opération montée dans l'ombre, sans ordre hiérarchique
Les faits établis en audience sont accablants pour les véritables auteurs. Le 12 novembre 2021, l'ex-Directeur Général Léopold Maxime Eko Eko avait signé une note de service plaçant l'ensemble des activités de la Direction des opérations sous la coordination stricte de M. James Elong Lobé, Conseiller technique numéro 1. Cette note dessaisissait explicitement le Lieutenant-Colonel Danwé de tout pouvoir de coordination opérationnelle.
Le commandement du GTI groupement tactique d'intervention, structure indispensable à toute opération légale de la DGRE n'a été ni contacté, ni impliqué. Son responsable n'a reçu aucun ordre, ni du Directeur Général, ni du Conseiller technique désigné, ni d'aucune hiérarchie.
Le matériel utilisé dont le fusil et le pick-up de service a été prélevé de façon irrégulière depuis un poste de garde en banlieue de Yaoundé. Un témoin a qualifié cette manœuvre d'occultée et frauduleuse, destinée à contourner l'obligation de signature d'un bon de sortie. Pour brouiller les traces, les auteurs ont en plus utilisé des véhicules personnels et loués à des tiers, pratiques formellement prohibées lors des opérations officielles.
Des pressions dénoncées, une défense qui tient
La défense de Léopold Maxime Eko Eko ne se limite pas à la salle d'audience. Ses avocats Me Ngoumou Josiane Florence, Me Ndjah Joseph Désiré, Me Ndjana Ndjana Bernard Hosanna, Me Licken Junior, Me Jean Pierre Buyle (ancien Bâtonnier du Barreau de Bruxelles) et Me Seri Simplice Zokou (avocat à la Cour Pénale Internationale) alertent publiquement sur des tentatives de déstabilisation de la procédure.
Ils dénoncent l'accentuation de moyens dilatoires pour retarder la procédure, une campagne de délation orchestrée via des médias à gage, et des pressions et menaces directes visant les conseils eux-mêmes, les membres de la famille et les proches présumés d'Eko Eko.
Ce niveau de pression sur la défense, dans un procès militaire d'une telle portée, est en soi un signal d'alarme pour les observateurs du droit international.
L'enjeu : vérité judiciaire contre manœuvres d'obstruction
L'affaire Martinez Zogo, du nom du journaliste camerounais assassiné dont le corps avait été retrouvé mutilé en janvier 2023, est devenue un test grandeur nature pour l'indépendance de la justice militaire camerounaise. Vingt-cinq témoins entendus, des révélations sur le fonctionnement interne de la DGRE, des avocats internationaux mobilisés la procédure prend une dimension qui dépasse largement les frontières du Cameroun.
Le collectif des avocats conclut avec une affirmation nette : Léopold Maxime Eko Eko réitère sa confiance dans la justice camerounaise et sa détermination à contribuer à la manifestation de la vérité. Aucune manœuvre, promet-il, n'aura raison de cette détermination.
Mais alors que les témoins confirment l'irrégularité totale de l'opération et l'absence de tout ordre hiérarchique légal, une question s'impose désormais : qui a réellement commandité l'assassinat de Martinez Zogo, et cette vérité sera-t-elle pleinement dite devant le Tribunal Militaire de Yaoundé ?
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