Cameroun, In memoriam Fabien Eboussi Boulaga par Vincent-Sosthène FOUDA
© Correspondance : Vincent Sosthène Fouda | 14 oct. 2018 16:48:00 | 3752Fabien Eboussi Boulaga vient de s’endormir pour l’éternité. Après avoir eu cette terrifiante nouvelle, j’ai appelé papa puis Achille Mbembe. Je ne suis pas qualifié pour parler de ce monument. Malgré ses airs de gentleman anglais, Eboussi Boulaga qui n’aimait pas le grande de professeur, m'est toujours apparu comme un homme plein de contrastes. Ne m'a-t-il pas avoué, un jour, que sa première vocation avait été de faire de la politique ! Pourtant il est devenu en premier Jésuite et enfin philosophe, il est resté un penseur particulièrement attentif au caractère conflictuel de la raison. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que, très tôt déjà, il se soit choisi Hegel et Heidegger pour maîtres. Etranges maîtres pour quelqu'un qui fut perçu, à l'étranger, comme le modèle même du philosophe sans étiquette c’est à dire l’homme de la crise du Muntu, l’homme qui a philosophé et qui a combattu l’éthnophilosophie ! Même s'il fallait être aveugle pour ne pas reconnaître en lui le Jésuite, il a consacré son premier travail à la fois philosophique et théologique à Hegel et à Platon – (la dissertation de licence en philosophie porte sur "La Section religion dans la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. » ) Sa thèse de philosophie porte sur Le Mythe du dialogue chez Platon : Essai sur le mythe et dialogue comme formes du discours. C’était en 1968.
Mais, premier contraste révélateur, ce qu'il reprochait à l’éthnophilosophie, c'était précisément la grande place qu’elle accordait aux mythes et autres traditions. Eboussi était aussi conscient que la pensée africaine dans le grand concert de la raison avait besoin de sa particularité c’est pour cela qu’il a écrit : La crise du Muntu, Authenticité africaine et philosophie. Eboussi Boulaga était avant tout un phénoménologue et il vivait en permanence le déchirement des deux écoles française et allemande. Un jour que nous évoquions le sujet à son domicile dans ce quartier de la mort qu’est Mimboman dernier poteau, il me dit : « comment la phénoménologie pourrait-elle préserver son unité quand sa tâche consiste, précisément, à rendre compte de l'éclatement du sens en des perspectives toujours changeantes? » Un jour peut-être pourrions nous dédier à ce monument des mélanges dignes du service qu’il a rendu à la pensée en Afrique Noire. J’ai recensé assez rapidement une trentaine de mémoires et de thèses consacrés à sa pensée.
A défaut d'une œuvre accomplie, Fabien Eboussi Boulaga nous lègue aujourd’hui, un style exigeant de faire de la philosophie et de vivre en philosophe. Il nous a montré l'exemple — combien rare! — d'une tolérance combative. Il nous a comblés de tous ses talents et il nous a fait don de sa personne. Le temps de nous demander, chacun pour soi, comment nous rendre dignes de ce don, est déjà venu. Alors que ce corps est encore chaud, qu’il refroidit d’une manière lente avant que nous le portions en terre dans les prochains jours, il nous est permis, encore et maintenant, de nous arrêter un instant et de nous laisser gagner par le bonheur de nous souvenir de sa présence au cœur de notre vie. Quelle présence ! Le souvenir du sourire de Fabien, de son amitié et de sa générosité restera, à tout jamais, vivant parmi tous ceux qui ont eu la chance de le connaître. Mais le souvenir de cette présence rayonnante sera désormais voilé par la
douleur et par les regrets. Je ne parlerai que de mon regret de ne pas l'avoir interrogé davantage sur ses projets futurs, de ne jamais l'avoir entendu faire de la musique avec sa fille, de ne pas lui avoir demandé de faire avec moi le parcours du tournant ethnophilosophique de la philosophie camerounaise. Et je tairai la douleur, que ressentent tous ses amis, de l'avoir laissé mourir seul au pied du Chemin de Nietzsche, ce samedi 13 octobre 2018.
Lire aussi
Lycée de Nsam : la rumeur qui a mis le feu à Yaoundé
Jean de Dieu Momo : la dette de 7 500 euros qui bloque l’État
Drame de Ndogbong : 25 comprimés après une rupture
Disparue après son mariage : le récit glaçant de Virginie
Hommage, Roger Moindou: Une voix qui ne se contentait pas de voyager dans l'air
Cameroun:: Petites balades dans les quartiers chauds de la ville de Douala
Triste anniversaire - 28-10-2021/28-10-2026: trois jeunes brulés vifs à la chefferie Fondjomekwet
Pour insolvabilité: Le tribunal envoi Tal Hôtel dans la rue à Bafoussam
Cameroun-Novembre des engagements aux lois:Le plaidoyer de la Lefe pour les femmes et les enfants
Pitoa : deux frères exhument leur cousin pour vendre ses os
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
Paul Biya relève le commissaire Ayissi de ses fonctions
Sankara : l'homme qui dérangeait la France et ses alliés
Douala : dernier hommage à l'artiste Bissi Mag
Route Mbango-Fara : à Mbondossi, l'école devient un parcours du combattant
Foncier:L’arbitrage de Dion Ngute sollicité par Célestin Tawamba dans une affaire avec Mme Baboké
il y a un mois
il y a un an