Condamné à mort, Kabila lance son plan pour « sauver » la RDC
© Camer.be : Paul Moutila | 10 oct. 2026 01:20:00 | 316Kabila attaque le bilan de Tshisekedi, dénonce une « dictature » et promet d'agir « dans les heures, les jours ou les semaines ». RDC sous tension.
Condamné à mort et sanctionné par Washington, l'ancien président sort de son silence pour accuser son successeur de mener une « guerre perdue » et promettre une riposte politique imminente.
Le 9 octobre 2026, Joseph Kabila a pris la parole depuis un lieu tenu secret. En six minutes, l'ancien président congolais a accusé Félix Tshisekedi de « dictature », dénoncé une « guerre sans perspective de victoire » dans l'Est, et promis d'agir « dans les heures, les jours ou les semaines à venir ». Aucun détail. Aucune date. Juste assez pour faire monter la tension d'un cran.
Puis il s'est tu. Et la RDC a retenu son souffle.
Un retour en force, un mystère intact
Joseph Kabila n'avait plus parlé depuis le 23 mai 2025. Ce jour-là, déjà, il avait dénoncé la « tyrannie » de son successeur et présenté un plan de sortie de crise en douze points. Personne, dans les cercles du pouvoir, ne l'avait pris au sérieux. Dix-sept mois plus tard, l'ancien président revient avec le même constat : « Mes propositions, mises en garde et conseils ont été superbement ignorés par ceux qui nous gouvernent. » Sauf que cette fois, il ajoute une promesse. Celle d'annoncer « ce que nous devons entreprendre ensemble » pour « sauver la RDC ».
Dans le langage politique congolais, cette phrase peut vouloir dire tout et son contraire. Elle peut annoncer une tournée de consultation, un manifeste, une mobilisation populaire. Elle peut aussi préparer quelque chose de plus lourd. Kabila connaît les attentes qu'il crée. Il les entretient.
Car voilà la difficulté : depuis sa condamnation à mort par contumace en septembre 2025, ses apparitions se font en pointillé. Un discours. Un silence. Puis un autre discours. Chaque fois, il se pose en recours. Chaque fois, il ne dit rien de ses intentions réelles.
Ce qu'il reproche exactement au pouvoir
Le réquisitoire est dense. Sur la sécurité, d'abord. Kabila accuse Kinshasa d'avoir « fait le choix, politiquement intéressé, de poursuivre une guerre qu'il ne semble avoir ni la volonté ni les moyens de gagner ». Il pointe le non-respect du cessez-le-feu de Doha et dénonce la collaboration entre l'armée congolaise et les FDLR un argument que l'on retrouve régulièrement dans la bouche des rebelles de l'AFC/M23. L'ancien président ne mentionne jamais le M23. Il n'en a pas besoin.
Sur le dialogue, ensuite. Il reproche à Tshisekedi d'avoir « toujours opposé un refus méprisant » aux initiatives de paix, y compris celle portée par les Églises. « Il ne cherche pas la solution mais la soumission », lance-t-il, cinglant. Et il ajoute une charge politique directe : le « projet funeste de changement de Constitution ». Une allusion à peine voilée aux débats sur un troisième mandat de l'actuel chef de l'État.
Sur la gouvernance, enfin. Il parle d'« institutionnalisation du tribalisme », de « népotisme », de « gestion patrimoniale de l'État ». Rien de nouveau dans le fond. Mais le ton a changé. Plus sec. Plus frontal.
Les faits que Kabila ne dit pas
Joseph Kabila a été condamné à mort par la Haute cour militaire le 30 septembre 2025. Les chefs d'accusation : crimes de guerre par torture, viol, apologie de crimes de guerre, trahison. Il n'était pas présent à son procès. Il ne l'a jamais reconnu.
Le 30 avril 2026, le Trésor américain l'a sanctionné. Gel de ses avoirs aux États-Unis. Interdiction de toute transaction avec des entités ou citoyens américains. Motif officiel : avoir « déstabilisé le gouvernement congolais en collaborant avec les rebelles de l'AFC/M23 ». Kabila a contesté ces sanctions devant la justice américaine. L'affaire est toujours en cours.
Le rapport du Groupe d'experts des Nations unies sur la RDC, publié en juin 2026, a enfoncé le clou. Les enquêteurs y écrivent qu'un « remaniement en profondeur de la direction et de la structure du mouvement était imminent » et que « Joseph Kabila devrait y occuper des fonctions de premier plan ». Le rapport note aussi que l'ancien président s'est rendu à plusieurs reprises à Goma, ville sous contrôle de l'AFC/M23, depuis mai 2025.
Ces éléments, Kabila ne les mentionne pas. Son discours les contourne. Il parle du pays, jamais de lui. C'est une stratégie. Elle fonctionne parce que personne, dans son camp, ne demande de comptes.
Pourquoi ce discours arrive maintenant
Trois hypothèses circulent à Kinshasa. Aucune n'est confirmée.
La première : Kabila prépare une offensive politique de grande ampleur. La plateforme « Sauvons la RDC », qu'il préside, existe depuis octobre 2025. Elle a posé sept conditions à sa participation au dialogue national, notamment la médiation par une personnalité neutre. Kinshasa a refusé. Le bras de fer est ouvert.
La deuxième : il cherche à peser sur les négociations de Doha. Le cadre de paix entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23 a été signé en novembre 2025. Un mécanisme de vérification du cessez-le-feu a été mis en place en août 2026. Kabila, en se positionnant comme interlocuteur incontournable, pourrait compliquer le jeu.
La troisième, plus trouble : il veut provoquer. Créer un climat d'instabilité qui rendrait son retour politique ou autre inévitable. « Il joue au plus fin », résume un diplomate africain joint par téléphone, qui préfère rester anonyme. « Mais à un moment, il faudra qu'il abatte ses cartes. »
Ce que dit Tshisekedi, et ce qu'il ne dit pas
Le camp présidentiel n'a pas réagi officiellement au discours du 9 octobre. Pas de communiqué. Pas de conférence de presse.
Mais en janvier 2026, Félix Tshisekedi avait déjà tracé ses lignes rouges. Dans un discours à Kinshasa, il avait affirmé son « ouverture à un dialogue entre Congolais », tout en excluant ceux qui « agissent au service d'une puissance étrangère ». Il n'avait pas cité Kabila. Il n'avait pas eu besoin de le faire.
En mai 2026, depuis Bruxelles, il avait été plus direct : « Joseph Kabila a boycotté les élections et prépare une insurrection. L'Alliance Fleuve Congo, c'est lui. » Une accusation sans nuance. Kabila n'y a jamais répondu.
Aujourd'hui, le rapport de force est simple. Tshisekedi contrôle l'appareil d'État, l'armée, la justice. Kabila contrôle un réseau, une plateforme, et une capacité de nuisance que personne ne sous-estime. Le second a été condamné à mort. Le premier gouverne. Mais aucun des deux ne peut gagner seul.
L'Est, toujours l'Est
La situation sécuritaire reste le point aveugle du discours de Kabila. Il dénonce la guerre, mais ne propose aucune solution concrète. Il critique le cessez-le-feu de Doha, mais ne dit pas ce qu'il ferait à la place.
Sur le terrain, la réalité est brutale. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a documenté environ 4 400 violations entre janvier et septembre 2026. Plus de 5,8 millions de personnes sont déplacées. Dans le Nord-Kivu, les violences de l'ADF ont repris à Beni. Au Sud-Kivu, les combats ont éclaté sur les hauts plateaux, en pleine flambée d'Ebola.
Kabila ne dit rien de tout cela. Il parle de « la crise », jamais des victimes. C'est un angle mort. Et c'est peut-être ce qui rend son discours si difficile à lire.
Ce qu'il faut retenir
Joseph Kabila n'a pas annoncé de plan. Il a annoncé qu'il en avait un. La différence est immense.
Il n'a pas appelé à l'insurrection. Il n'a pas appelé au dialogue. Il a promis d'agir « dans les heures, les jours ou les semaines à venir ». Dans un pays où les heures peuvent devenir des mois, cette formule laisse toutes les portes ouvertes.
Ce qui est certain : le 9 octobre 2026, Joseph Kabila a repris l'initiative. Il a forcé le pouvoir à réagir, même par le silence. Il a rappelé à tout le monde qu'il était toujours là.
La question n'est plus de savoir s'il reviendra. La question est de savoir sous quelle forme.
Pourquoi Joseph Kabila a-t-il été condamné à mort ?
La Haute cour militaire de la RDC l'a condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 pour crimes de guerre, trahison et apologie de crimes de guerre. Il est accusé d'avoir soutenu la rébellion de l'AFC/M23. Kabila conteste cette décision et n'a jamais reconnu les faits.
Qu'est-ce que la plateforme « Sauvons la RDC » ?
C'est un mouvement politique lancé en octobre 2025 par Joseph Kabila et plusieurs figures de l'opposition en exil. Il vise, selon ses fondateurs, à « mettre fin à la tyrannie » et à « restaurer la démocratie ». La plateforme a conditionné sa participation au dialogue national à sept exigences, dont une médiation neutre.
Que reproche Kabila à Tshisekedi sur la guerre dans l'Est ?
Kabila accuse le pouvoir de poursuivre une guerre « sans perspective de victoire », de ne pas respecter le cessez-le-feu de Doha et de collaborer avec les FDLR. Il ne mentionne jamais le rôle du M23 ni les liens qui lui sont reprochés.
Qu'est-ce que le cadre de Doha ?
C'est un accord de paix signé en novembre 2025 entre le gouvernement congolais et l'AFC/M23, sous médiation du Qatar et des États-Unis. Un mécanisme de vérification du cessez-le-feu a été mis en place en août 2026. Mais les combats continuent.
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