Les communicants politiques devraient s’intéresser davantage à la pensée de Dominique Wolton
© Correspondance : NYECK WILFRIED JUNIORIOR | 07 oct. 2025 23:55:28 | 2702Sociologue, Directeur de recherche honoraire au CNRS, fondateur en 2007 de l’Institut des sciences de la communication du CNRS, Directeur de la publication de la Revue Hermès, Dominique Wolton a mené, pendant plus de 40 ans, des recherches universitaires autour de la communication et ses différentes dimensions. Des recherches qui ont donné lieu à de très nombreuses publications dans des revues scientifiques et à une vingtaine d’ouvrages dont Informer n’est pas communiquer et Penser la communication. Des publications et des livres qui sont autant de sources de réflexion pour les communicants et notamment pour les communicants politiques. Tour d’horizon de quelques-unes de ses idées phares.
La « communication » ne se limite pas à « l’information »
Pour lui, il y a un conflit classique entre les deux concepts. « L’information », c'est le message alors que la « communication », c'est la relation avec l'Autre. La
« communication » est beaucoup plus compliquée que « l’information ». Ce n'est pas parce que l’on dit quelque chose que le récepteur va l’accepter. La communication, ce n'est pas l'accord, ni la coopération ni les bons sentiments, c’est violent comme tous les rapports sociaux et elle nécessite un lien de confiance.
La « communication » ce n’est pas de la « com’ »
Pour Dominique Wolton, les communicants politiques n'arrêtent pas de mélanger
« communication » et « com’ ». Alors que la « communication » c’est la relation avec l’Autre, la « com’ » c’est la volonté d’influencer l’Autre. Le problème, c'est que contrairement à ce que l'on pense, ce n'est pas parce que l'on tente d’influencer les personnes qu'elles sont réellement influencées. Cette tentative d’influence ne marche pas toujours parce que l'Autre, le récepteur, résiste et heureusement qu’il résiste… et finalement, on termine par la négociation.
Pas de « communication politique » sans « communication publique »
Il ne peut exister de communication politique sans communication publique. Pour lui, la communication publique, qui est la communication de la vie de tous les jours, est le préalable à la communication politique, qui est la communication qui accompagne la conquête et l’exercice du pouvoir. Il faut déjà qu’existe un minimum de confiance mutuelle, d'échange, d'échec et de négociation pour passer de l'espace commun ou public à l'espace politique, c’est-à-dire de la communication publique à la communication politique.
Les deux sens de la communication politique
Au début, la communication politique était l'étude des discours des acteurs politiques et des médias mais que cette définition s’est élargie avec la généralisation de la démocratie. Pour certains chercheurs, il y aurait aussi communication politique dès lors que les personnes parlent de politique dans l'espace public, par exemple, quand monsieur Dupont et madame Durand discutent de politique à la boulangerie. Pour Dominique Wolton, la communication politique est la rencontre entre trois discours contradictoires : ceux des hommes politiques qui font l'action politique, ceux des médias qui en rendent compte et ceux de l'opinion publique qui observe et qui devient ensuite le corps électoral.
Transparence, vitesse et interaction n’engendrent pas l’intercompréhension
Avec les techniques de communication de plus en plus nombreuses, certains pensent que la vitesse, la transparence et l’interaction produisent de l’intercompréhension. Pour Dominique Wolton, c’est une grave erreur. D’abord, pour avoir de l'amitié ou de la confiance
à l'égard de quelqu'un, il faut énormément de temps et ce temps c'est l'inverse de l'idéologie de la vitesse et de la technique. Ensuite, s’agissant de la transparence, quand les personnalités politiques communiquent sur leur vie privée, cela risque surtout de créer du populisme, de renforcer la haine à l’égard des élites et de l’Autre. Enfin, ce n'est pas parce que l'on échange des messages, que l'on se comprend et que l'on communique.
L’« incommunication » n’est pas l’absence de communication mais sa condition
Au lieu de croire que la communication marche et de constater tristement que ce n’est pas le cas, Dominique Wolton préfère partir de l'idée que la communication ne fonctionne pas. C'est normal qu'il y ait de l’échec, que les personnes ne se comprennent pas. C’est pour cela qu’il a forgé le concept d’ « incommunication ». L’ « incommunication », ce n'est pas l'échec de la communication mais sa condition. Cela introduit l'idée qu'il y a une marge de manœuvre entre le fait de réussir la communication et le fait de l'échouer complètement.
Les principales dérives en communication politique
Mensonge, langue de bois, communication sur la vie privée et peopolisation politique sont, pour Dominique Wolton, les principales plaies de la communication politique. S’agissant du mensonge en politique, il estime que les dirigeants doivent mentir le moins possible. On assiste également au triomphe de la langue de bois, qui même si elle est très intelligente ne trompe pas les citoyens qui savent que ce n’est pas la vérité.
Par ailleurs, il pense que les responsables politiques font une erreur en pensant qu’en se mettant à raconter leur vie et en faisant amener une caméra dans leur chambre à coucher, cela sera plus vrai et plus démocratique. Critiquant sur ce point le système américain, il estime qu’il faut séparer la vie privée et la vie publique. Enfin, il déplore le fait que les dirigeants politiques misent de plus en plus sur la « peopolisation » pour essayer de regagner de la popularité et d’intéresser les citoyens. Pour lui, la « peopolisation » politique est une erreur car, au bout d'un moment, elle crée du populisme qui est une des pires menaces de la démocratie.
Lire aussi
Assimi Goïta au Niger et au Burkina : ce qu’il faut retenir
« Il faut se méfier des courtisans » : Mien Zok vise l’entourage de Biya
Cameroun :: Prise de pouvoir : L'arrivée de Paul Biya, le 6 novembre 1982
Midterms 2026 : la vague africaine qui secoue Washington
« Je tiendrai parole » : un an après, où est la parole ?
Coup de tonnerre : les partis arabes veulent chasser Netanyahu
Trump affaibli : les trois dossiers qui changent pour l'Afrique
« Le RDPC est illégal depuis 2016 » : la sortie qui embarrasse le pouvoir
Législatives et municipales : Tomaïno Ndam Njoya veut mutualiser les forces de l'opposition
FSNC suspendu : Tchiroma appelle à la restauration de la « victoire du peuple »
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
ICT University accueille sa nouvelle génération d'étudiants
« Irène Biya » : le nom qui a échappé à Essola devant Chantal Biya
Résilience économique: ce que l’Afrique doit copier et ne doit pas copier de l’expérience russe
XAVIER LAGAF, LE CHARME D’UNE VOIX QUI RÉVEILLE LES CŒURS ET FAIT RENAÎTRE LE MAKOSSA
Reine mère SEKOBA : UN RETOUR EN FORCE À LONGWY, SOUS LE SIGNE DU VIVRE ENSEMBLE
il y a un mois
Ex-Regifercam /Douala : L'Etat met en vente l'immeuble de 1ha à Bonadibong à 5,5 milliards FCFA
Baongla libéré : le dossier s'effondre-t-il ?
Vision 4 : Mvondo Ayolo et Dion Ngute sont intervenus
Le Lions Clubs International et l'Hôpital de district de Deïdo mobilisés pour la santé visuelle
Lutte anti-braconnage: 700 kilogrammes d'écailles de pangolin saisis à l'Est du pays
il y a un an