Du foiisme au concept des LIBS: parlons d'Olivier Bilé
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Théiste, démocrate, panafricaniste, nationaliste, intègre et visionnaire, c'est tout Olivier Bilé là-bas. On ne va pas, par économie de mots, lui retrancher ses attributs. Il était une fois… il y a environ 12 ans, Olivier Bilé s'affirmait en théoricien et révélait sa pensée dans ce qu'il a appelé le foiisme politique. L'homme entendait par ce concept qu'il était impératif d'envisager une nouvelle manière de faire de la politique ; il pose dans son manifeste que la foi en les valeurs morales, religieuses et spirituelles en particulier devrait servir de source d'inspiration aux tribuns de notre temps, ainsi qu'aux gestionnaires des affaires de la cité. Pour Olivier Bilé (qui s'inspire aussi de Platon), une politique propre et transcendante est dans l'ordre du possible. Ce discours, on l'imagine, ne saurait plaire à ceux qui par opportunisme se contentent de voler très bas en quête de pitance, dussent-ils aller la chercher dans du fumier. Déshonneur : Oussouan ! Rien ne les arrête plus ; ils ont foulé aux pieds les canons de la société, marché sur la Croix pour excaver le butin des profondeurs les plus infâmes. Pragmatisme, disent-ils. Une drôle de caste nobiliaire que celle des politiciens corrupteurs-corrompus qui ne croient en rien, si ce n'est en quelques aphorismes creux que l’on débite au gré des circonstances. De guerre lasse, les populations se sont détournées de la politique ; Olivier Bilé l'a relevé non sans regret, le mot politique est aujourd'hui assimilé à des termes péjoratifs comme filouterie, magouille, hypocrisie, maraboutisme. Antonyme de probité, le mot politique s'apparente quasiment à l'insulte dans nos familles. Peut-être faudrait-il essayer de nous parler avec l'esprit de la religion, pour montrer que l'homme politique n'est pas forcément le diable en personne ? C'est le pari d'Olivier Bilé. Voyons s'il peut convaincre l’électorat.

 

A l'heure qu'il est, si l'on veut parler de foi aux Camerounais d’obédience chrétienne, par exemple, il faut que ce soit de l'Évangile pur et dur, comme dans les grands hangars improvisés des églises dites de réveil, où l'on acclame et glorifie en transe le nom du Christ, puisque lui seul peut bénir et donner le manger et le boire et la fortune. La preuve, le pasteur est déjà riche et gras, il mange à satiété, ses fidèles y pourvoient, au nom de Jésus !... Le foiisme, à quoi bon ?

 

« Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces » : le pensait-il vraiment, le philosophe, lorsqu'il l'a fait dire à son personnage ? Discutable, si l'on se réfère à la réplique qui s'en est suivie : « Alors de quel droit condamnez-vous la politique du régent ? » Car il ne pouvait être sans le savoir, Sartre, un homme de son intelligence, que dans la réalité des choses, ces politiciens prétendument pragmatiques n'ont pas les intérêts de la cité en priorité dans leur to-do list. Dans le fond ils abusent des pouvoirs qui leur sont dévolus, si ce n'est de leur charisme, leur influence sur les malheureux qui les écoutent, ces renards-politiciens ; ils travaillent à leur propre compte au détriment des populations qu'ils gouvernent ou qu'ils aspirent à gouverner. Ils manœuvrent sans scrupules pour se positionner, et une fois qu'ils y sont, aux affaires, ils distraient les budgets et pillent le trésor public, par égo-nkapisme (entendons ici cette obsession maladive à vouloir garder tout l'argent pour soi). Bebela ! Wèkè ! Les pleurs du mbolé, les lamentations d'une jeunesse éplorée qui peine à émerger. Les vieux ne lâchent pas prise... Pleure, Valsero !

 

C'est ainsi qu'en 2011, déjà, Olivier Bilé se porte candidat aux élections présidentielles. Candidature acceptée, marathon couru, mais au final un chrono de soya, quelques bribes de pourcent. Qu'est-ce qui n'a pas marché, ah Olivier ?... Permets que je réponde pour toi : À l'évidence, le peuple dans son écrasante majorité est plus sensible aux slogans populistes, justement, plutôt qu'aux théories principielles (les idées ici c'est du vent). Confère "Biya must go", la formule magique du Fru Ndi qui de son poing tutoyait le ciel (Power!), elle est aujourd'hui entrée dans les annales ; trois mots lapidaires et discourtois auront suffi à secouer le régime du Renouveau et à galvaniser le peuple camerounais, nous d'ordinaire si peu sensibles à l'électricité politique, endormis comme un corps isolant. C'était dans les années 1990... À la rigueur, si l'on n'a pas l'inspiration des slogans percutants, il existe un code (pas le code Biya de François Mattéi), celui que certains ont appelé le pain-sardine : le peuple comprend ce langage-là aussi. 

 

Les intellectuels du berceau de nos ancêtres, eux-mêmes, dans leur majorité, semblent s'être arrimés à cette réalité. La politique du ventre, qu'ils disent, baptisée aussi "The politics of money" du côté du Nigeria voisin : "Nowadays, it is the politics of money that dominates Nigeria" (lu quelque part). Le mal semble sévir à l'échelle continentale, à quelques exceptions près, selon Olivier Bilé (Ghana, Rwanda, Botswana). Les discours pompeux et grandiloquents, laissons-les désormais dans les livres, les amphithéâtres et les salles de conférence feutrées. Là-dehors, c'est l'argent et la position qui parlent. Olivier Bilé le déplore dans une tribune, ce « défaut criard de cadastres idéologiques chez les acteurs politiques. Ces derniers se comportent davantage comme des opportunistes juste intéressés par les positions de pouvoir et de fortune auxquelles ils peuvent accéder. » Résultat, nous avons au fil des années réussi à bâtir « Un monumental système de corruption politique et électoral et d'achat des consciences à ciel ouvert, occasionnant une effroyable malédiction politique et sociale sur l'ensemble du pays. »

 

Des hommes comme Olivier Bilé sont devenus une espèce rare, nous avons bon espoir qu'ils en susciteront d'autres. Ignorés ou très peu écoutés aujourd'hui, ils sont pourtant l'avenir, les grands hommes de demain, car les gens évoluent, les mentalités et les opinions avec. Le camp des gentils grandit, il s'agrandit au fur et à mesure que les citoyens s'affranchissent des emprises matérialistes qui alimentent le charlatanisme politique. Atangana, Kamdem, Bouba, Amôt, Aloga, Sango a' mboa et nous autres Camerounais de tous bords commençons à comprendre que l'argent n'est pas tout, et qu'on ne peut pas se permettre de tout acheter ; surtout pas notre conscience, nos droits civiques les plus élémentaires, notre fierté d'homme intègre. Olivier Bilé le sait, le combat n'est pas gagné d'avance. C'est pour cela qu'après avoir pris le temps de véhiculer le postulat de sa pensée, le foiisme politique, il nous revient en homme d'action. Il y a urgence, il faut libérer le peuple camerounais. D'où son nouveau projet baptisé « Les Libérateurs », ou encore « Les Libs », autre petit nom mélioratif plus cool, qui en appelle à une jeunesse éveillée et consciente des enjeux politiques qui détermineront son avenir. Il y a urgence, clame Olivier Bilé : « l'impératif catégorique de promouvoir le parachèvement de nos processus de Libération sur les plans spirituel et philosophique, politique et démocratique, monétaire et économique, social et culturel ». Il y a urgence. EMERGENCY. Et ça ne se traduit pas Émergence...

Enseignant, universitaire, leader politique, Olivier Bilé est aussi un homme de lettres, auteur de plusieurs ouvrages. Il a été membre du Jury à l’édition 2016 du GPAL (Grands Prix des Associations Littéraires)

 

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