Texticules  de Hugues SEUMO: Pourquoi la lutte contre le détournement de fonds publics n’avance pas?
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CAMEROUN :: Texticules de Hugues SEUMO: Pourquoi la lutte contre le détournement de fonds publics n’avance pas? :: CAMEROON

Selon l’Agence Financière de l’Investigation Financière (ANIF), les détournements de fonds publics ont coûtés 8674 milliards de FCFA au trésor public camerounais entre 1997 et 2021. En d’autres termes, en moyenne 361,43 milliards sont détournés chaque année, et ceci depuis 25 ans.

Alors que plusieurs milliers de milliards de FCFA sont détournés, le Cameroun est l’un des pays d’Afrique subsaharienne les plus endettés. En avril 2016, la Banque Mondiale avait déjà annoncé un risque élevé de surendettement pour le pays.

Qu'est ce qui explique donc cette situation ?

Au Cameroun, les moindres nominations à une haute fonction se fêtent au quartier, au village, à coup de millions de francs Cfa.

S’il n’est évidemment pas question de remettre totalement en cause la longévité de la classe politique camerounaise au pouvoir depuis plus de trente ans, on peut cependant souligner son inaptitude à s’adapter aux nouvelles données politiques, en dépit de son empressement habituel à se déclarer compétente à s'éterniser au pouvoir.

Si l’on était en droit d’attendre une évolution positive de la classe politique dirigeante actuelle au pouvoir au Cameroun, le constat bien que précoce mais certainement instructif que l’on peut faire est fort amer.

Les préoccupations de plusieurs dirigeants camerounais se résument plus à des stratégies de conquête ou de consolidation de pouvoir par des manœuvres de Corruption et de malversations financières diverses.

Pour se rapprocher de son peuple, on distribue de l’argent liquide, offre à manger et à boire à ses proches et son village. Des réunions publiques sont organisées pour remercier le chef de l’Etat pour son geste de magnanimité. C’est au cours de ces réunions que les organisateurs se regroupent pour envoyer des lettres de soutien au chef de l’Etat, etc. Des centaines de millions sont dépensés sans qu’on ne daigne se poser des questions sur l’origine de ces sommes d’argent dilapidées. 

La réponse est simple. Les fonds dépensés sont pillés des caisses de l’Etat.Au bout de quelques années, puisque ces exercices festifs sont récurrents chez ces dirigeants, c’est la porte de la prison qui leur est ouverte.

Ne vous demandez pas pourquoi ils ne parviennent pas à rembourser pour plusieurs d’entre eux les sommes d’argents détournées des caisses de l’Etat. Ces derniers, pendant qu’ils étaient en fonction, dépensaient ces sommes d’argent lors des cérémonies insensées qu’ils organisaient.

Ils étaient encore de ceux là qui battaient les records de l'indécence et de l'opulence dans les villes et villages camerounais.

Ils roulaient dans des grosses cylindrées et logeaient dans des maisons aux allures extravagantes... Au soir de leur arrestation, les poches sont vides. Les seuls signes de leur richesse indûment acquise ne sont plus que leurs véhicules et leurs demeures.

Comment opèrent ces détourneurs de la fortune publique ?

Plusieurs méthodes sont utilisées par les auteurs de détournements.  Il s’agit des passassions de marchés ne respectant pas souvent les procédures fixées par la loi, les missions fictives, des frais de missions excessifs, et des postes fictifs etc.

Les principaux acteurs généralement impliqués sont les ministres, les directeurs généraux, les conseillers ou les fonctionnaires occupant des postes stratégiques...

La situation souvent connue dans les hautes sphères dirigeantes du Cameroun reste impunie

Comme on peut l’imaginer, la non-prise en compte de ces manquements dans le débat politique actuel risquera de compromettre le devenir de la société camerounaise car, plusieurs cas de crimes économiques demeurent impunis du fait des liens biologiques, idéologiques, etc. qui existent entre leurs auteurs

Il est par conséquent impérieux d’ouvrir ces dossiers d’impunité planqués dans les tiroirs de Yaoundé et de redéfinir le rôle de l’opération Epervier, cette vaste opération judiciaire menée par le pouvoir en place dans le cadre de la lutte anti-corruption au Cameroun. Le combat contre les détournements de la fortune publique ne doit pas se résumer à des règlements de comptes, à des simples dénonciations, etc.

Le Tribunal Criminel Spécial est-il objectif ou impartial?

Répondre à cette question paraîtra un peu précipitée car l’heure n’est peut-être pas encore venue de dresser le bilan de cette juridiction spéciale et d’en tenter l’évaluation.Par contre au regard des jugements rendus par ce Tribunal, on est tenté de croire que les juges du TCS ne sont pas indépendants. 

Le chef de l’Etat à lui seul décide du sort de chaque personne impliquée ou pas dans ledétournement de la fortune publique. 

La récente libération de l’ancien ministre Basile Atangana Kouna et sa réception par la présidence, alors qu’il avait détourné plus de 1 milliard de francs CFA, représentent ce qu'est réellement cette juridiction dite spéciale

Atangana Kouna aurait remboursé l’argent détourné; la somme de 1,265 milliard de francs CFA, conformément à l’article 18 de la loi du 14 décembre 2011 portant création du TCS. 

Ce texte dispose qu’en cas de restitution du corps du délit, le procureur général près le TCS peut, sur autorisation écrite du ministre de la Justice, arrêter les poursuites engagées avant la saisine de la juridiction de jugement.

La loi portant création du TCS ne donne en effet la possibilité du remboursement du corps du délit contre l’arrêt des poursuites qu’aux personnes ayant détourné plus de 50 millions de francs CFA. 

Or, l'on retrouve au Cameroun, des personnes qui croupissent en prison pour avoir volé 50 000 francs CFA ou 25 000 francs CFA, et l’État n’a fait aucun aménagement pour eux. Bien que ce soir un acte de vol condamnable, l’impact de leur vol sur la société n’est pas comparable aux détournements de fonds publics. 

Autre cas, autre mesure, Yves Michel Fotso. 

Ancien directeur général de la Cameroon Airlines (Camair), Fotso avait été arrêté et écroué à la prison centrale de Kondengui le 1er décembre 2010 pour détournement de fonds publics dans le cadre de l’achat d’un avion à l’usage public du président Paul Biya. Le mis en cause avait remboursé près de 1 milliard de francs CFA pour obtenir l’arrêt des poursuites, en vain.

Que dire au cas où il arriverait que le chef de l’Etat lui-même soit cité dans un dossier ? 

C’est cette dernière option qui complique la position de cette juridiction qui du jour au lendemain, suite à des pressions externes peut libérer un client condamné et qui purgeait depuis des années sa peine.

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