Nkolbisson (Yaoundé) : L'Irad et ses riverains sur pied de guerre
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Une crise aux tournures imprévisibles, en gestation.  Plus de 20.000 familles riveraines de l'Institut des Recherches Agricoles pour le Développement (Irad) sont menacées d'être jetées dans la rue,  suite aux revendications de l'organisme agricole sur les terres qu'elles occupent. 

C'est le comble de l'inquiétude pour près de 20.000 familles en moyenne à Nkolbisson et à Akok Ndoe, deux quartiers du 7e arrondissement de Yaoundé,  riverains de l'Irad. Depuis le 11 Août dernier, le préfet du Mfoundi ( Yaoundé) les a notifiés d'un arrêté d'expulsion. Dans le détail, le patron du département chef-lieu de la capitale politique du Cameroun  justifie cette décision par la volonté des pouvoirs publics de reconstituer le patrimoine foncier de l'Irad, lequel  est estimé à 210 hectares, hérités de l'ancêtre de l'Irad depuis 1948.

Toutefois,  la difficulté  se situe au sujet des limites du terrain de l'Irad. Pour les populations riveraines, l'Irad empiète ni plus ni moins sur leurs terres puisqu'elle a déjà implanté des bornes qui impliquent que leurs maisons doivent être démolies. Ce qu'elles n'entendent naturellement pas laisser faire. 

Conflits  autour des limites 

Parmi ces riverains déterminés à ne rien céder, Marie Bete Biloa,  une matriarche de 93 ans, dont la maison se trouve aux confins des limites que l'Irad revendique comme étant  les limites de ses terres. "Je suis venue en mariage ici à Ebozoa en 1957, de ce côté-ci,  nous n'avions rien à voir avec l'Institut Français Agricole (IFA), l'ancêtre de l'Irad,  puisque mon beau-père M. Mebenga avait refusé de leur céder ses terres jusqu'à sa mort malgré les 300.000 frs qui lui étaient proposés. La limite de leurs terres était très loin d'ici ", révèle la nonogenaire qui visiblement n'a pas perdu la mémoire, malgré ses 93 ans bien sonnés. 

Sur cette question des limites,  deux autres figures du quartier Ebozoa à Nkolbisson confortent les dires de Mme Biloa. Dans un premier temps,  Zacharie Njepang, qui s’est installé à Nkolbisson en 1957, et  où il a aussi travaillé comme chef de poste agricole après le départ des expatriés.  "Cette affaire de reconstitution des terres de l'Irad remonte à une trentaine d'années maintenant. Au milieu des années 80 déjà,  le préfet du Mfoundi s'était déjà mêlé de cette affaire en effectuant une descente sur le terrain pour reconstituer le patrimoine foncier de l'Irad  à la demande de son directeur. Mais celui-ci a dû déchanter à partir du moment où nous lui avons opposé qu'il n'avait rien à voir dans ce dossier d'autant que ses occupants avaient acquis ce terrain légalement. Le préfet avait donc dû se retirer ",  déclare-t-il.

Plus loin, à quelques encablures du domicile du directeur dénéral de l'Irad, se trouve à l'arrière de cette maison, la concession de M. Mbondji, un ancien responsable de l'Irad. "Je ne sais pas pourquoi l'Irad vient de ce côté chercher du terrain ;  Ils en ont ailleurs. En tout cas,  moi je ne vois pas comment on pourrait me faire partir puisque je suis en règle , j'ai mes papiers", affirme-t-il. Et pour appuyer ses dires,  il nous indique les limites du terrain de l'Irad qu'il dit bien connaître pour y avoir travaillé pendant longtemps. 

 Procédures judiciaires 

Comme M. Mbondji, les populations riveraines de l'Irad se disent d'autant plus fondées à jouir de leurs terres qu'elles y sont installées légalement. Documents à l'appui, les autochtones affirment avoir sollicité et obtenu un titre foncier en 2000, la justice estimant que l'Irad devait leur rétrocéder des terres pour non- exploitation de ces dernières depuis des lustres. Devant cette issue, l'Irad allait elle-même se faire établir un titre foncier en 2008, lequel sera annulé par la justice en 2012, ce qui allait permettre aux propriétaires des terres d'y installer des acquéreurs venus d'ailleurs,  y compris des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. 

Et pourtant, sans s'en remettre à la justice, le ministre des Domaines,  du Cadastre et des Affaires Foncières allait à son tour rétorquer qu'il ne  s'agit pas  du  titre foncier des populations autochtones. Ce qui, aussitôt allait permettre à l'Irad de se prévaloir à nouveau de son titre foncier, ne tenant nullement plus compte des prescriptions de la justice.

Selon les populations riveraines de l'Irad, la pression de l'Irad sur elles vient de ce que cette structure a reçu une dotation financière de l'Etat pour booster la production agricole locale, dans l'optique de l'import substitution, nouveau cheval de bataille du gouvernement pour juguler la dépendance du Cameroun à l'extérieur. " Nous n'allons pas être sacrifiés au prétexte que l'Irad doit faire des champs. Ils ont des terrains partout au Cameroun et souvent dans l'arrière-pays. Qu'ils aillent travailler là-bas et nous laissent tranquilles", scande L. Ahanda, un natif de Nkolbisson. 

Loin de la mise en demeure du  préfet du Mfoundi, les populations riveraines de l'Irad espèrent continuer à vivre dans leurs domiciles alors que l’ultimatum de l’autorité administrative à leur endroit arrive pratiquement à expiration. Il s'agit en somme d'un conflit pouvant conduire à des affrontements à l'issue fatale, entre les deux parties. Une intervention du Premier ministre serait salutaire.

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