L’ÉTERNELLE QUÊTE DE LIBERTÉ ET D’ANTERIORITÉ NEGRO-AFRICAINE !
CAMEROUN :: POINT DE VUE

CAMEROUN :: L’ÉTERNELLE QUÊTE DE LIBERTÉ ET D’ANTERIORITÉ NEGRO-AFRICAINE ! :: CAMEROON

La révolution nationale camerounaise aurait dû se faire dans les années 1950-1970 sous la conduite éclairée de ses grands précurseurs et de leurs héritiers et compagnons : Ruben Um Nyobe, Ernest Ouandie, Félix Moumie, Abel Kingue, Ossende Afana, Woungly-Massaga. Elle n’a pas eu lieu d'une part parce que le mouvement nationaliste camerounais ne s'était pas véritablement bien préparé pour la faire, et d'autre part, parce que l'ennemi avait mis le paquet en usant de tous les moyens qui lui avait semblé bons, pour qu'elle ne se fasse pas. Voilà dans quelles conditions intervient la fameuse indépendance dont jouit notre pays depuis 1960 et dont se targuent ses dirigeants aujourd’hui. Des conditions qui au-delà des habillages de complaisance qui sont faits à dessein pour entretenir malheureusement la confusion dans les têtes, procèdent malheureusement aussi du formatage des esprits par les différents moyens dont dispose le système en place pour faire prévaloir le paradigme de la domination et de la supériorité occidentale. Toutes choses qui arrangent bien évidemment tous ceux qui profitent matériellement de cette situation à l’intérieur du pays comme à l’etranger, et qui expliquent la nature néo-coloniale de ce que nous avons en réalité comme gouvernants et comme régime politique au Cameroun.

Ce mauvais déroulé pratique du récit national, bien que n’ayant pas heureusement pu solder de tout compte la frénétique et légitime quête de liberté des patriotes pour le Cameroun, a néanmoins eu comme conséquence malheureuse immédiate, de mettre à très rude épreuve l'embryon des forces organisées qui constituaient au départ, le moteur des légitimes revendications politiques et sociales. Un mouvement qui dans la suite de la tragique épopée des années 1950-1970 caractérisée par la dissolution arbitraire de l’UPC en mai 1955, l’assassinat sous maquis de Ruben Um Nyobé, sa figure de proue, le 13 septembre 1958, et l’exil forcé de ses principaux dirigeants qui devaient absolument se mettre à l’abri de la vindicte coloniale, a abouti inéluctablement à la non-transformation de l'essai politique qui était pourtant le principal enjeu : à savoir, l’obtention d’une véritable indépendance du Cameroun en 1960. Et comme si cela ne suffisait pas, un narratif national qui malheureusement a en outre été amené au fil des années suivantes, à enregistrer non seulement un nouveau cycle d’épreuves difficiles à travers la disparition de beaucoup de ses meilleurs et illustres acteurs comme le président Félix Roland Moumié, empoisonné à Genève le 3 novembre 1960, mais aussi à connaître le reflux de la dynamique de reconstitution des forces nationalistes qui avait été relancée immédiatement après par le Comité révolutionnaire de l’UPC en exil, encore une fois, par l'horrible assassinat du président Ernest Ouandié en 1971, mais ensuite par l’inattendue et catastrophique démission de Ngouo Woungly-Massaga en 1990. Deux graves événements qui ont gravement hypothéqué le devenir de la lutte de libération du Cameroun.

En dépit de toutes ces épisodes tragiques, la quête de liberté pour le Cameroun n'a cependant pas définitivement rendu l'âme. Elle interpelle de nouveau avec force en 2022 une avant-garde qui doit impérieusement répondre à son appel car, c'est à la fois son devoir comme force qui incarne un patriotisme qui n’entend pas laisser définitivement notre pays entre les mains de ses exploiteurs et de ses oppresseurs, mais aussi son obligation comme digne héritière ayant volontairement choisi de marcher résolument sur les pas des grandes figures du nationalisme camerounais authentique. Dans cette perspective donc, deux questions doivent naturellement et logiquement venir à l’esprit de tout militant patriotique, nationaliste et panafricaniste. Deux questions qui sont structurellement liées et dont les réponses déterminent la nouvelle perspective historique que le Cameroun doit absolument se donner. Premièrement, il s’agit de celle du projet politique, patriotique, nationaliste et panafricaniste ; et deuxièmement, de celle de l’aptitude des patriotes à pouvoir efficacement en assumer la mise en œuvre pratique et politique.

La question du projet politique patriotique, nationaliste et panafricaniste se pose parce que depuis qu’elle a été initiée par l’UPC en 1948 au moment de sa création, elle est théoriquement restée dans les limbes de son berceau et n’a jamais pu réellement en sortir bien que sur le plan organisationnel, elle soit le substrat sur lequel devrait reposer l’ensemble de l’édifice politique et culturel en construction. Dans le cadre de la relance du combat pour la véritable indépendance du Cameroun, il ne peut plus être question de l’éluder ou de continuer à la mettre sous le boisseau car, elle doit désormais absolument être au centre de la construction et de la problématique des nobles but et dessein qui sont poursuivis. En effet, toutes les sociétés du monde, sans exception, ont toujours eu besoin d’explorer le passé pour se projeter dans l’avenir.

Et très naturellement, à la suite de cette première interrogation, on doit également et nécessairement se demander si les ouvriers qui doivent mettre ce vaste programme en œuvre sont aujourd’hui mieux armés et préparés que ceux d’hier. Et cette question a toute sa place car sur le plan pratique de l’action politique qui a ce niveau-là, doit être à fois considérée comme une science, un art, un sacerdoce, un métier et un service, au regard en plus des choses qui sont concrètement aujourd’hui, manifestement bien plus compliquées qu’hier, sur les plans théorique et pratique. Et, pour y faire face, outre le fait qu’il faut absolument commencer par poser les bases de la nouvelle société dont l’Afrique a un besoin vital, après l’expérience de toutes ces années d’errements, il n’est plus question de laisser sur le plan opérationnel, les choses en l’état. Et Théophile Obenga, dans la présentation de son livre « Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx présente très bien le tableau de ce qu’il est absolument nécessaire de faire désormais : « Il appartient maintenant au génie créateur des peuples d’Afrique noire, à leurs élites et à leurs dirigeants, à leurs jeunesses, à leurs paysans et ouvriers, à leurs hommes d’affaires, à leurs savants et ingénieurs, de faire ensemble tout le possible pour réaliser – tel est l’enjeu capital – une Afrique contemporaine moins fragile et moins pauvre, dans la coopération internationale et l’interdépendance planétaire de tous les peuples, et e toutes les nations du monde »

Le moins que l’on peut dire est donc que devant l’importance et l’immensité d’une telle tâche, afin d’accomplir cette mission historique et de jouer efficacement leur partition, les acteurs sont tenus d’être effectivement prêts. Lorsqu’on examine malheureusement concrètement et honnêtement l’état actuel des choses, on peut en douter ne serait-ce qu’en se basant sur la balkanisation de leurs forces sur la scène politique alors que tout le monde sait que c’est l’union qui fait la force. Il est en effet difficile de comprendre pourquoi par exemple sur le plan organisationnel, il faut autant de chapelles politiques alors que tout le monde se réclame pratiquement de la même idéologie et poursuit le même objectif qui est de rendre le Cameroun véritablement indépendant.

Les vraies élites, celles que n’ont heureusement pas emportées ou submergées l’impétueuse vague du mondialisme économique et de l’universalisme culturel qui déferle sur le continent africain depuis le début de la colonisation occidentale et orientale, doivent poursuivre inlassablement et résolument la nécessaire quête de liberté et d’antériorité négro-africaine.

Jean-Pierre Djemba, alias Obam, 1er Vice-Président du PSP/UPC

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