PREDICATION DU DIMANCHE 21 AOUT 2022  Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 21 AOUT 2022 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

 Textes : Esaïe 66, 18-21 ; Hébreux 12, 5-13 ; Luc 13, 22-30

« Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » 

Qui ? Combien ? Quand ? On aimerait savoir !

Et puis, serai-je du lot ? Qu'en est-il de mes proches ?

Questions légitimes à nos yeux et, en même temps questions pièges, toutes innocentes qu'elles paraissent.

Car si Jésus répond : « Finalement, tout le monde sera sauvé », il fait peu de cas de la liberté qu'il nous a donnée et ouvre à la transgression : si tous les hommes sont sauvés, inutile de consentir de douloureux efforts de conversion à l’amour.

Et si Jésus révèle que le nombre d'élus sera infime, il conduit au découragement. À quoi bon me sacrifier ici-bas… tel que je suis, je me connais, je ne franchirai jamais une porte aussi étroite !

 
« Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? »

Jésus ne répond pas à cette question. D’ailleurs il n’y a jamais répondu ! Elle ne doit donc pas devenir objet de spéculation. Ce n’est pas à nous de décider, de juger qui sera sauvé et qui ne le sera pas. Cela demeure le secret du Père.

Si Jésus ne répond pas à la question directement posée, il répond toutefois en ramenant ses auditeurs à leur situation personnelle :

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. » (Lc 13,24)

Cette phrase de Jésus est un choc pour nous, chrétiens du XXI siècle, qui nous sommes plutôt habitués à une théologie à la Michel Polnareff : « On ira tous au paradis ». Ne serait-ce donc pas vrai ? N’est-ce pas quelque chose d’automatique ? Mais qu’en est-il alors de l’amour de Dieu qu’on nous chante dans toutes les églises et lors de tous les cultes ? Serait-il exclusif ? Réservé à quelques élus ?

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ! »

Cette réponse de Jésus nous dit avant tout une chose des plus importantes :

Ne vous occupez pas des autres… en tous cas pas de la manière dont vous auriez souvent tendance à le faire.

Pour le dire de manière encore plus claire, ne vous prenez pas pour la mesure de toute chosene vous posez pas en juge ! Ne vous prenez pas pour Dieu !

Ne jugez pas les autres car votre jugement sera toujours moins clément que le jugement de Dieu, mais occupez-vous déjà de vous-mêmes !

Vous vous souvenez peut-être aussi de cette autre phrase du Christ qui parle de paille et de poutre ?

En matière de salut, ou pour le dire autrement, en matière de vie qui soit vécue dans l’amour, la compassion, la douceur, la patience, la paix et la maitrise de soi, chacun a assez à faire pour ajuster sa vie à celle du Christ, avant de vouloir montrer la paille dans l’œil de l’autre, avant de vouloir montrer du doigt ce qui cloche dans la vie de l’autre.

 
Vous, efforcez-vous d’entrer.

Efforcez-vous, évertuez-vous, appliquez-vous… traduction bien faible du mot grec agonizeste d'où vient d'ailleurs le mot « agonie ». Il faudrait traduire : « battez-vous », « luttez avec détermination », oui, mais contre quoi ? Contre qui ? Pour quoi ? Pour qui ?

Martin Luther aurait probablement parlé du vieil homme en nous, qui veut toujours à nouveau prendre le dessus ; vous savez celui qui est dur de cœur, celui qui exclut et qui juge, celui qui voit tous les défauts des autres et ne fait pas son introspection, celui qui pense pouvoir s’affranchir de Dieu et qui pense ne pas avoir besoin de son pardon, celui qui pense pouvoir faire sa vie comme il l’entend – à l’image du fils prodigue – sans se rendre compte qu’il abîme l’image de Dieu en lui, celui qui veut profiter de la vie, s’amuser et qui – à l’image des vierges folles- ne prend pas le temps de se préparer pour la rencontre : « Pour l’instant, je fais ce que je veux, pour le reste, on verra cela plus tard ! ».

 

C’est oublier que Dieu nous veut libres et responsables de notre vie. Il nous offre un chemin de vie et de bonheur sur terre au goût d’éternité, mais c’est nous qui faisons le choix de ce que nous voulons faire de notre vie, des orientations que nous voulons prendre, de ce qui est important pour nous. Et Dieu respecte notre liberté, comme le Père de la parabole, même s’il espère que son amour pour nous saura toujours à nouveau nous attirer à lui et nous conduire à reconnaitre que c’est dans sa proximité que la vie est belle.

 

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ! »

Nous avons à faire l’effort du choix et de la démarche ! Ce n’est pas que les places soient rares et limitées mais que la porte est étroite et que notre vie doit avoir une taille adaptée à cette porte !

 

La porte est étroite : c’est le symbole de l’humilité, de la repentance, de la foi. Voilà les conditions pour pénétrer dans le royaume de Dieu. C’est le chemin par lequel Jésus lui-même a voulu entrer dans son règne. Non pas en se prenant pour Dieu (cf le refus de la tentation du diable dans le désert) mais en se mettant au service du plus petit de ses frères pour lui faire goûter au bonheur d’un amour qui se donne, qui accueille et qui ouvre à l’espérance ! Non pas en se prenant pour la mesure de toute chose mais en se confiant à l’amour et à la grâce de Dieu ; en se soumettant à la volonté de Dieu « que ta volonté soit faite et non la mienne », en vivant une forme d’obéissance qui compte sur la bonté du Père !

 

La porte est étroite : pas de place donc pour les égos surdimensionnés ! L’amour est vide d’égo et l’égo est vide d’amour !

 

Si la porte est étroite, c'est pour qu'on se fasse petit pour y passer, sans autre bagage que la confiance.

 

Dans une autre image bien connue, Jésus n'a-t-il pas dit qu'il fallait devenir comme des petits enfants pour entrer dans le royaume de Dieu ?

Si la porte d'entrée dans le royaume de Dieu est étroite, c'est parce que seuls les humbles, ceux qui se savent redevables d’autrui, peuvent y entrer...

 

Si la porte d’entrée est étroite cela signifie aussi qu’on ne peut la passer que un a un ! Et donc que chacun est accueilli individuellement, personnellement car il est unique et précieux aux yeux de Dieu. Pas de salut de masse mais une attention particulière et personnelle à chacune et à chacun. « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime… » Esaïe 43 Telle est la parole que Dieu adresse à chacun !

 

Seule la porte est étroite mais le cœur de Dieu est large et grand ouvert pour tout homme qui configure sa vie à la dimension de cette porte ! Qui configure sa vie à la dimension de la vie du Christ qui est la porte (Jean 10, 9).

 

Par lui, nous découvrons que seul l’amour nous sauve. L’amour reçu, l’amour vécu, l’amour partagé, sans réserve et sans exclusive !

Si l’amour est exigeant, il l’est d’abord avec soi-même, dans ce refus de juger l’autre, dans ce travail sur soi pour rester accueillant et ouvert pour tout homme.

 

Si la porte est étroite, c’est pour nous rappeler l’exigence de l’amour qui passe par un lâcher-prise de toutes nos certitudes pharisaïques au sujet de nous-mêmes et des autres, par un dépouillement de tous les artifices que nous mettons en place pour être quelqu’un et briller aux yeux des autres, par une chirurgie des yeux du cœur qui nous guérit de ce qui nous empêche d’être dans une vision positive de la vie et d’autrui.

 

A l’image du Christ, il nous faut apprendre à changer notre mentalité, nous efforcer à changer notre regard, à regarder notre vie, les autres et le monde comme Dieu nous regarde : avec amour et compassion, avec une confiance et une espérance en l’autre qui donne envie de changer, d’aller vers la vie, d’aller vers l’amour, d’aller vers la paix.

 

 « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens sauvés ? » 
 

En répondant à cette question par ces mots « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite… », Jésus montre que la préoccupation du salut est légitime. Mais il recentre simplement l'attention sur chacun, personnellement. Comme pour nous rappeler que c’est pour chacun de nous, personnellement, qu’il est venu, pour nous sauver d’une vaine manière de vivre qui passe à côté de l’amour et d’une positive attention aux autres, qui passe à côté de la confiance et de l’espérance !

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite… »

Pour entrer dans ce royaume, dans la plénitude d’amour de Dieu, il y a une porte. Une porte, ce n'est pas un fossé infranchissable : sans espoir de salut. Ce n'est pas un mur que seuls les plus forts pourront escalader à force de mérites. Ce n'est pas un passage secret dont seuls des initiés en connaîtraient le chemin. 

Même étroite, la porte reste une porte : elle est faite pour entrer ! 

Ce n'est pas parce qu'elle est étroite que peu la passeront... 

On viendra des quatre coins de la terre, nous rappelle le Christ, pour s'installer à la table dans le royaume de Dieu. Ce qui implique que le salut n'est pas réservé à une élite religieuse, ou à un peuple, ou à une religion, ou une confession ou à un petit groupe quelconque. Mais ouvert à tous ceux qui prendront la peine de passer humblement par la porte étroite, qui ont conscience de leur besoin infini d’être aimés et qui viennent puiser à la source…  
Ouvrir ou fermer la porte, c'est l'affaire du Seigneur.

 

Y entrer ou non, c'est notre affaire. Mais maintenant ! Car un jour, la porte sera fermée nous rappelle le Christ. 

C'est par la repentance, en laissant derrière nous ce qui nous sépare de Dieu et des autres (et Dieu sait que nos bagages sont lourds de ce point de vue-là) et en reconnaissant que nous avons besoin de l’amour et du pardon de Dieu pour vivre libre et heureux, que nous nous ferons assez petits pour y passer ; en acceptant de nous recevoir d’un autre, du Tout-Autre qui nous invite à la fête de la vie, à la fête de l’amour dès maintenant et pour toujours.

Sœurs et frères, 

Il y a bien une porte qui ouvre sur le royaume, sur l’amour de Dieu. Cette porte, nous la connaissons. Elle porte le nom de Jésus le Christ.

Nous ne sommes pas les portiers, décidant d'ouvrir ou de fermer la porte. Nous ne sommes pas les videurs, comme à l'entrée des boîtes de nuit, qui décident qui peut entrer ou non. Nous sommes justes des invités.  

Aujourd’hui cette invitation à entrer par la porte étroite nous est adressée ; invitation à déposer devant la porte qu’est Christ, tous nos fardeaux de déceptions, de rancœurs, de blessures, de colère, d’orgueil et de tant d’autres choses que nous connaissons mieux que quiconque, et qui font que ça coince, qui nous empêchent d’être dans une relation vraie avec le Père et nos sœurs et frères en Christ.

« Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ! » Jean 10, 9, autrement dit, il sera libéré de tout ce qui l’empêche de se savoir aimé et d’aimer généreusement et avec joie.

Seigneur, dépouille-nous de tout ce qui nous empêche de vivre dans la confiance et dans l’amour et fais-nous entrer avec joie dans l’amour du Père. Amen

 

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