Les Camerounais n’ont que le président qu’ils méritent…
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Les Camerounais n’ont que le président qu’ils méritent… :: CAMEROON

L’autre jour devant Macron, notre président a failli s’écrouler en direct devant les télévisions du monde entier. Mais vous savez quoi ? Les Camerounais ne s’en préoccupent pas ! D’ailleurs depuis l’Indépendance nous n’avons toujours eu que des présidents que nous méritions…

Ahmadou Ahidjo

Ahmadou Ahidjo a été le tout premier président de l’histoire de notre Cameroun indépendant. Et vous savez quoi ? Il n’avait que le certificat d’études primaires élémentaires (CEPE) comme diplôme ! Pourtant cet « illettré » a dirigé notre République pendant exactement vingt-deux ans, de 1960 jusqu’au 4 novembre 1982. Et cela aurait même pu perdurer plus longtemps encore, si des médecins français n’avaient pas falsifié son carnet de santé afin de le persuader de démissionner […]

Ahmadou Ahidjo était un sanguinaire, mais paradoxalement les Camerounais s’en sont accommodés. C’est sous sa présidence qu’ont eu lieu les heures les plus macabres de notre unité nationale, puisqu’il y avait le maquis dans tous les villages bassa’a mais également aussi dans le pays bamiléké. C’est sous son régime drastique qu’a été exécuté le nationaliste Ernest Ouandié ; lequel a été fusillé sur la place publique le 15 janvier 1971 à Bafoussam, devant des commerçants et des élèves qui n’avaient même pas encore atteint l’âge de quatorze ans !

Entre 1960 et 1982, on n’avait pas le droit de prononcer les mots « Ahmadou » et « Ahidjo » dans une même phrase. Les gens qui étaient convoqués par le « Père de la Nation » disparaissaient sans laisser de traces. Les indics et les antigangs étaient dans tous les taxis et dans tous les circuits. Le chef de l’Etat avait fait nommer un criminel à la tête de nos services de renseignements, et tous ceux qui ont connu cette époque ont encore des frissons jusqu’à aujourd’hui, lorsque vous leur chuchotez seulement les initiales d’un certain Jean Fochivé…

Ni John Fru Ndi

Ni John Fru Ndi n’a jamais été président de la République du Cameroun. Enfin, officiellement. Parce que dans les faits et dans la mémoire collective, c’était lui le véritable vainqueur de l’élection présidentielle organisée en octobre 1992…

Ni John Fru ni restera dans l’histoire du peuple camerounais, comme le lâche que nous sommes presque tous. Parce que durant ces années de braise, il était le véritable homme fort de notre pays. Il lui suffisait de lever la main vers le ciel pour pouvoir mobiliser des dizaines et des dizaines de milliers de partisans. Son expression « Power to the people » vous aurait donné la chair de poule, car tous voyaient en lui un leader incorruptible, indéfectible et pratiquement inarrêtable.

Mais… il nous a trahis !

John Fru Ndi était le « président élu » en 1992, mais il n’a pas eu assez de testicules pour revendiquer sa victoire légitime. Au lieu de cela, il s’est complu dans une alliance maléfique avec le système en place, et c’est à cause de lui que nous avons cessé de faire confiance aux politiciens qui prétendent représenter l’opposition. Cet Anglophone qui était bien parti pour symboliser le changement s’est plutôt intégré dans la continuité du biyaïsme, mais ce n’est pas exclusivement de sa faute ; d’ailleurs nous n’avons toujours eu que des politicards et des marionnettes politiques que nous méritions…

Paul Biya

Et donc comme je vous disais, Paul Biya a failli s’écrouler devant Emmanuel Macron. Le protocole n’avait pas anticipé qu’un homme de quatre-vingt-neuf ans ne peut pas tenir debout pendant environ une heure. D’ailleurs ils ont dû écourter cette conférence de presse, car les problèmes d’audition et la lassitude de notre patriarche commençaient déjà à trop se faire ressentir en mondovision. Beaucoup trop même…

Les Camerounais n’ont que le président qu’ils méritent ; car notre population est constituée, à plus de 50 %, de personnes qui sont âgées de moins de vingt ans ! Notre diaspora est l’une des plus dynamiques à travers le monde. Notre culture est reconnue de tous les peuples de la planète, et nos meilleurs sportifs sont parmi les icônes les plus respectées et les plus reconnues de l’univers : Samuel Eto’o, Francis Ngannou, Kylian Mbappè…

Sur le plan scientifique, nous avons des génies dans les meilleures universités occidentales, et certains de nos compatriotes travaillent permanemment à la NASA. Nous avons plus de médecins spécialisés à l’extérieur du Cameroun, qu’à l’intérieur du Cameroun. Nos ressortissants sont considérés comme des plus brillants dans tous les secteurs de la société, et nous sommes respectés en Afrique pratiquement dans tous les domaines ! Mais ces étrangers ne comprennent pas comment, avec toutes ces compétences, toutes ces énergies et tout ce dynamisme que nous leur démontrons au quotidien, nous continuons d’être administrés par un président qui terminera son prochain mandat lorsqu’il sera âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans !

Nous le méritons, parce que nous le soutenons. Nous le méritons, parce que nous le subissons. Nous le méritons surtout parce que nous le craignons exagérément, ou pourquoi pas, parce que nous sommes des pleutres comme mon meilleur ami Pierre La Paix Ndamè. Les Camerounais méritent d’avoir Paul Biya comme président de la République parce qu’ils trouvent cela normal de ne pas vouloir se projeter sur leur avenir. Parce que certains le trouvent encore indispensable voire incontournable. Parce que certains sardinards font semblant de ne pas comprendre qu’à un certain âge, on ne peut plus jouir pleinement de toutes ses capacités physiologiques et mentales.

Et cela, même si vous avez été un homme extraordinaire et que votre parcours exceptionnel ne souffre d’aucune contestation.

Franck Biya

Lui, il n’est pas encore président du Cameroun. Mais vous m’avez suivi, j’ai bien dit « pas encore ». Cependant il y a déjà des mouvements « franckistes » qui s’agitent dans tout le territoire camerounais, et qui le soutiennent à travers des manifestations publiques afin qu’il devienne le prochain président de notre République…

À mon avis, c’était d’abord un test sur l’opinion publique. Mais la mayonnaise a bien pris, puisqu’il était initialement question de le positionner comme un candidat potentiel aux yeux du grand public, et ensuite de le crédibiliser. Franck Emmanuel Biya est aujourd’hui perçu comme un successeur naturel de son papa, qui est au pouvoir depuis 1982, mais surtout il rentre dans une logique dynastique qui s’est emparée de toute l’Afrique centrale : Ali Bongo au Gabon, Mahamat Idriss Déby au Tchad, en attendant les fils à papa qui seront bientôt mis en orbite en Guinée équatoriale, au Congo Brazzaville et bien évidemment… au Cameroun.

Les Camerounais n’auront que le fils du président qu’ils méritent ! Parce que même s’il n’a jamais administré une institution publique, et même s’il n’occupe pas de fonction officielle au sein de notre gouvernement ni même dans l’organigramme de la Présidence, il reste qu’il demeure le principal favori en cas de transmission du pouvoir par le système gré à gré. Et même s’il fallait passer par la voie des urnes, Franck Biya bénéficierait de la machine électorale qu’est le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti au pouvoir) pour se hisser très facilement à la tête de notre pays !

Les Camerounais n’auront que le président qu’ils méritent…

Donc, l’autre jour, devant Emmanuel Macron, Paul Biya pouvait très bien s’écrouler en direct devant les télévisions du monde entier. Mais vous savez quoi ? Cela n’a choqué personne ! D’ailleurs les Camerounais n’ont toujours eu que des présidents qu’ils avaient bien mérités…

Les Camerounais n’ont que le patriarche qu’ils méritent ! Car Paul Biya est un homme rusé, sage, expérimenté et même quasiment encyclopédique, mais la meilleure décision de sa carrière serait de quitter le pouvoir et d’aller tranquillement se reposer au village.

Les Camerounais n’ont que le dictateur qu’ils méritent ! Car dans un pays démocratique, est-ce que c’est normal d’attendre la mort du monarque pour oser un jour espérer entr’apercevoir le début de l’alternance ?

Les Camerounais n’ont que les dirigeants qu’ils méritent, à vrai dire, parce que chacun d’entre nous ferait exactement la même chose s’il était à la place de Son Excellence Paul Biya.

Chacun s’éterniserait au pouvoir, chacun ignorerait les souffrances de notre peuple depuis dorénavant quarante ans, et chacun chercherait à positionner son propre enfant pour la succession à la tête de notre République. Bref, les Camerounais n’ont toujours eu que des présidents qui leur ressemblent…

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