Léontine Babeni : La belle aux idées folles
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C’est grâce à cette femme que le Cameroun est devenu la plaque tournante de la caricature en Afrique centrale.

La directrice du Festival international de caricature et d’humour de Yaoundé (Fescarhy) a été enterrée samedi 30 juillet à Messam par Sa’a, le village de son époux René Ayina. 

La soudaine disparition de Léontine Babeni crée un grand vide dans la famille de la caricature camerounaise dont elle était l’un des piliers.

En créant cette rencontre mondiale, elle permet aux dessinateurs camerounais de se rencontrer chaqu’année, de se connaître et de partager leurs connaissances. « Babel a toujours eu du flair. A l’époque, je mettais en page « Hirondelle quoi de neuf ? » le journal de son association Irondel . 

Notre collaboration lui a permis de rencontrer pleins de confrères dessinateurs comme Gaby, Solise, Retin, Tex Kana... Ensemble nous réfléchissions sur la structuration de cette profession en plein essor au Cameroun avec le vent des libertés du début des années 90 qui a vu naître de nombreux journaux et donc créée un besoin de dessinateurs.

Elle nous suggère alors la création d’un festival, le Fescary (Festival de caricature de Yaoundé) comué  2 ans plus tard en Fescarhy (Festival de caricature et d’Humour de Yaoundé qui va permettre aux dessinateurs du Cameroun de se rencontrer, se concerter et d’organiser cette profession dont les pratiquents rencontrent de nombreuses difficultés», explique son collaborateur Malyk, Illustrateur caricaturiste  et par ailleurs ingénieur de maintenance Industrielle. Il est la cheville ouvrière du Fescarhy, le Time Keeper. 

Dès la première édition en 1999, le festival permet à des professionnels du dessin de presse et de l’humour  d’exhiber leur savoir-faire et de révolutionner la caricature et la BD  au Cameroun : Formations aux métiers du dessin, shows autour de nombreux thèmes comme la paix, la démocratie ; La liberté de presse ; expositions… entailleront les rencontres.

De nombreux dessinateurs de renommée internationale se succèdent à la tribune du Fescarhy :  Georges Wolinski (1999),  Tignous (2005) et Willem de l’hebdomadaire français  Charlie Hebdo ; Paul Roux du Canada, Andy Mason et Zapiro d’Afrique du Sud ;  Pov de Madagascar, Popa de Tanzanie, Tayo Fatunla du Nigéria, Barly Baruti, Al’Mata et Assimba Bathy du Congo Démocratique, Tawfik Omrane de Tunisie ; Glez du Burkina Faso, Samba Ndar Cissé du Sénégal ; Papa Diawara du Mali, Pahé du Gabon, Didier Kassaï de Centrafrique… ; le Cameroun aura vu passer du beau monde.

Jean-Claude Fournier, le créateur de Spirou, personnage de bande dessinée très connu, a également posé ses valises au Fescarhy. Des moments inoubliables qui garderont l’estampille de celle que l’on appelle affectueusement « La Directrice ». Mais tout ceci ne lui donne pas la grosse tête. « Babel était d’une extrême gentillesse, toujours à l’écoute et prête à tendre la main. La culture camerounaise perd quelqu’un de bien. « Je suis atterré», regrette Malyk en larmes. 

Décédée le lundi 4 juillet à l’hôpital de la Caisse de Yaoundé, 5 jours après son hospitalisation. Personne n’a vu venir. Car Léontine Babeni rassurait ses visiteurs de son célèbre « ça va aller ». Elle était d’ailleurs pressée de se requinquer afin de fêter ses 60 ans le 05 juillet et son départ à la retraite de la Crtv où elle était animatrice à la Fm 94. Deux rendez-vous manqués. Car la maladie que l’on pensait bénigne était plus sérieuse que ça :  Dysfonctionnement du pancréa. Elle a emporté la grande royale, elle a déraciné un baobab. 

L’annonce du décès de celle qu’on appelait affectueusement La Directrice se répand comme une trainée de poudre.  Les gens convergent à l’hôpital pour se rassurer qu’il ne s’agit pas d’un canular. Hélas. Ses photos envahissent Facebook, Twitter, Instagram…Des clichés qui laissent apparaître son sourire et son regard déterminé.

De nombreux messages de condoléances vont suivre à l’endroit de sa famille. Certains se demandent comment ses quatre enfants et René Ayina, son époux, feront sans elle. Les témoignages sont poignants. Son époux regrette déjà le départ non pas seulement de sa moitié, mais de son binôme dans l’entreprenariat. Il lui avait laissé la direction du Festi-Bikutsi devenu FIMBA (Festival international de Musique Bantoues) en 2019. « Depuis le premier jour, je t’ai confiée une partie de moi. Je n’ai jamais eu d’inquiétude tant que tu étais là. Ton sourire, tes blagues, ton talent, ta galanterie, ton savoir-faire… Tout va me manquer. Je voudrais que tu saches que ton départ m’a brisé le cœur. Je n’oublierais jamais tous ses moments agréables passés ensemble. Va et repose en paix Mme la directrice », mentionne l’époux éploré. 

Yvan, son fils aîné, de la défunte regrette la disparition d’une maman présente en dépit de toutes ses occupations. Allan, lui garde le souvenir d’une génitrice qui, en plus de son affection, lui a appris à affronter la vie.  

Léontine laisse également beaucoup d’autres orphelins.

Ces  nombreux jeunes à qui, elle a donné une chance et permis d’exister, d’avoir un boulot, de gagner un prix, de prendre un avion, manger à sa faim, créer une entreprise… Babel  a toujours été là pour semer la bonne graine. « C’était une femme leader, entreprenante. Quelqu’un que rien n’arrêtait. Elle avait le chic de déceler la bonne graine et d’en faire de l’or. Même quand les projets échouaient, elle trouvait toujours de l’énergie pour continuer et trouver une solution », rajoute Malyk. 

En effet, le festival dont Mme Ayina était la directrice, a également permis à de nombreux jeunes de faire du dessin et de l’illustration un véritable métier. Jean-Aimé Essama alias Jaimes en parle avec beaucoup d’émotion et surtout de reconnaissance. « Babel est pour moi une maman. Le Fescarhy m’a permis de perfectionner mon talent et de remporter des prix. J’ai été lauréat de la 1ère et la 2ème édition du prix culturel lancé par Transparency International 2003. En 2004, je suis sacré meilleur caricaturiste Afrique centrale à Grand Bassam. J’ai publié deux fois dans Charlie Hebdo copté par Tignous », reconnait Jaimes, Directeur du cabinet de communication Indigo Consulting et Directeur de  publication du satirique « 1-Zéro ». Comme lui , d’autres jeunes ont eu des opportunités dont des bourses pour des écoles en occident à l’instar de Patrick Mamia actuellement enseignant d’art et de communication en France.

Babel manquera également aux nombreux auditeurs de la Fm 94 de la Crtv qu’elle a intégré comme secrétaire de direction. Artiste dans l’âme, elle se forme aux métiers de l’animation et crée des émissions comme « Miroir », « Bloc note », « Babel mon amie », « ça me concerne »… A côté d’un époux artiste donc Réné Ayina, ingénieur de son et de Télécommunications et grand promoteur culturel, notamment patron du Festi-Bikutsi, elle se forme à  l’entreprenariat culturel et prend la direction de ce festival. A travers son entreprise Babel’@rts elle apporte pendant une dizaine d’années son dynamisme et sa créativité dans la force d’appui des Brasseries du Cameroun pour qui elle gère en interim une armée de musiciens et d’hôtesse dans la région du Centre. Elle y sera aussi copté comme consultant pour créer avec son association Irondel, une école de dessin à travers le projet « Le crayon de Nd’jino » qui donnent la chance aux jeunes aspirants dessinateurs d’éclore leur talent. 

Adieu l’artiste.

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