Tribunal criminel spécial : La libération d’Atangana Kouna divise
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Me Claude Assira, avocat : Ce cas doit inspirer une nouvelle réflexion

Bien évidemment que la libération de Basile Atangana Kouna est bien vue pour tous les défenseurs de la liberté. Peu importe les contorsions juridico-politiques que le chemin de sa libération peut avoir empruntées, dès lors que c’est la liberté, je m’en réjouis dans la mesure où les mêmes contorsions sont souvent utilisées pour consacrer la répression.

Pour moi, chaque fois que la liberté prend le dessus sur la détention, il y a lieu d'en être heureux. Je me réjouis donc pour lui, pour sa famille. J’espère juste que les autres personnes qui sont elles aussi privées de liberté et désireuses de retrouver le même air frais et qui ont été si longtemps privées de l'affection des leurs vont connaître le même sort que ce soit d'ailleurs pour arrêt des poursuites ou tout autre mécanisme juridique existant.

Maintenant, en tant que citoyen, j’aimerais qu’on aille au-delà du cas particulier Monsieur Atangana Kouna et peut-être s’interroger un peu sur la question de cette loi qui semble instaurer une justice à double vitesse : la justice des pauvres et celle des riches. En le relevant, il n’est pas question pour moi de priver qui que ce soit du bénéfice de l'arrêt des poursuites prévu par la loi et qui peut permettre de recouvrer la liberté, mais j’aimerais qu’on réfléchisse à accorder le même privilège aux personnes qui peuvent aussi y prétendre parce qu’elles ont commis le même type d'infraction.

Je souhaite que la communauté nationale, juridique et beaucoup plus nous avocats qui sommes porteurs de tous les combats de la liberté nous profitions du cas Atangana Kouna pour impulser une nouvelle philosophie, une nouvelle réflexion et un nouvel élan pour permettre d’égaliser la situation de tous les prévenus poursuivis pour atteintes à la fortune publique ou pour une atteinte de droit commun aux biens afin que tous puissent bénéficier des mêmes bienfaits de la loi quand elle protège ou offre un avantage quelconque.

Me Supermann N’gann, avocat : Le peuple y trouve-t-il son compte ?

Cette libération est intervenue conformément à la loi. Bonne? Mauvaise ? C'est la loi. Maintenant , une chose est de savoir si le peuple camerounais au nom duquel les décisions de justice sont rendues, y trouve son compte. Là est un autre problème. S'il est bien constant que la loi a été appliquée, le Camerounais lambda, ne va pas manquer de s'interroger sur le sort réservé à ceux qui auraient «tout payé » et qui restent en détention.

Et c'est le droit du Camerounais lambda de s'interroger dans la mesure où la loi ne le lui interdit pas. Il faut dire à ce niveau que l'on risque de penser au principe pénaliste de l'opportunité des poursuites en vertu duquel le ministère public garde la libre décision de poursuivre ou non un infracteur. Seulement, nuance. Convoquer l'opportunité des poursuites ici serait faire une interprétation voisine de cette notion. Ici, les poursuites ont été déclenchées. Il n'est plus question d'opportunité. Elles sont seulement arrêtées. D'ailleurs les déchéances de l'article 30 du Code pénal doivent être prononcées avec inscription au casier judiciaire.

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