BIGAMIE : Blaise Pascal Talla accusé de bigamie par sa première épouse monogamique
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La première épouse du patron de presse veut faire annuler le récent mariage de ce dernier avec la fille du défunt Fotso Victor au motif qu’il a violé «son engagement de monogamie». Pour protéger sa nouvelle union, le promoteur de Jeune Afrique Economie n’hésite pas à dire que les Blaise Pascal Talla du premier et du second mariage ne sont pas une seule et même personne. Pendant ce temps, sa nouvelle épouse empêche tout constat sur l’existence de leur acte de mariage à la mairie de Pete-Bandjoun. Avec l’approbation du juge…

C’était le 12 décembre 2020 à Bandjoun dans la Région de l’Ouest. Dans le faste non dissimulé de sa somptueuse résidence de campagne, M. Blaise Pascal Talla, célèbre promoteur du magazine panafricain Jeune Afrique Economie, convolait en justes noces avec Mme Nicky Love Maptue Fotso, fille du défunt milliardaire Fotso Victor mais aussi édile de la mairie de Pete Bandjoun. Parmi les convives de ce jour inoubliable pour les soupirants, plusieurs personnalités de rang, dont Mme Célestine Ketcha Courtes, ministre de l’Habitat et du Développement urbain, le gouverneur de région de l’Ouest, M. Awa Fonka Augustine, et le célèbre ancien footballeur camerounais, Geremi Sorel Njitap, par ailleurs bien connu de la famille Fotso Victor. Les images de la cérémonie firent rapidement le tour de la planète via les réseaux sociaux, compte tenu du statut de «star» des deux nouveaux mariés. Certaines y sont du reste encore.

Quatre mois pratiquement après la célébration nuptiale du 12 décembre 2020, une personne tierce s’est engagée à mettre un terme à l’union entre le vieux patron des médias, 72 ans à l’époque du mariage, et sa nouvelle dulcinée. Il s’agit de Mme Momha Micheline, la première épouse Blaise Pascal Talla. Unie depuis 50 ans par les liens du mariage au promoteur de Jeune Afrique Economie, elle a décidé le 7 avril 2021 d’introduire une «assignation en nullité de mariage» contre son époux. Sur la base de l’Acte de mariage N°137/71 dressé le 7 octobre 1971 établi au Centre principal d’Etat civil d’Edéa avec la mention «mariage à base monogamie sans dot», elle attrayait M. Talla devant le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi statuant en matière civile pour faire dissoudre son nouveau mariage. L’affaire était programmée pour la première fois à l’audience du 22 avril 2021.

Dans son assignation, Mme Momha, qui réside en France, s’indigne de ce que «contre toute attente et au mépris du droit et de la raison, son époux, sieur Talla Blaise Pascal, a convolé en justes noces avec dame Nicky Love Maptue Fotso à la mairie de Pete-Bandjoun». Evoquant l’article 63 de l’ordonnance de 1981 portant organisation de l’Etat civil modifiée le 6 mai 2011, elle demande au juge de constater «qu’après 50 ans de vie conjugale, sieur Talla Blaise Pascal a violé son engagement de monogamie portant ainsi atteinte à l’honneur et à la dignité de la requérante». Elle demande au tribunal «d’annuler purement et simplement pour violation de l’engagement de monogamie le second mariage de sieur Talla Blaise Pascal avec dame Nicky Love Maptue Fotso célébré le 12 décembre 2020 à la mairie de Pete-Bandjoun» et de le condamner à lui (Mme Momha) verser «de lourds dommages intérêts pour le préjudice subi».

Discordances

En fait, la disposition légale évoquée pour obtenir l’annulation du mariage entre M. Talla et Mme Maptue Fotso dispose que «nonobstant l’inexistence d’une opposition, est nul d’ordre public tout mariage conclu par une femme légalement mariée ou par un homme engagé dans les liens d’un précédent mariage monogamique non dissout». Cette disposition paraît implacable dans le cas de Blaise Pascal Talla. La mairesse de Pete-Bandjoun, qui, de par ce statut, célèbre légalement les mariages dans sa commune et récite régulièrement de ce fait les dispositions légales entourant le mariage civil au Cameroun, ignorait-elle le statut matrimonial de celui qu’elle a décidé d’épouser ? De toutes les façons, les nouveaux mariés vont recourir à tout pour empêcher, avec succès jusqu’ici, la dissolution de leur pourtant fragile union, en bénéficiant comme c’est devenu courant des faveurs de la justice camerounaise…

Pour sa part, le promoteur de Jeune Afrique Economie va mobiliser jusqu’à cinq avocats, dont le bâtonnier de l’Ordre des avocats en personne, pour défendre son union avec Mme Maptue Fotso. Ces derniers estiment, d’une part, que Mme Momha Micheline n’a pas présenté au juge la copie de l’acte de mariage dont elle sollicite l’annulation. Le dossier judiciaire n’est donc pas complet, disent-ils, pour que le juge agisse en toute connaissance de cause. D’autre part, ils vont évoquer certaines discordances sur l’Etat civil de leur client, tel qu’il apparaît sur la copie de l’acte de mariage établi à Edéa en 1971 et son acte de naissance puis sa carte de résidence, pour contester la légalité de son premier mariage et, de ce fait, enlever toute légitimité à la demande de dissolution de mariage introduite par la première épouse Talla.

Sur la carte de résidence et l’acte de naissance de M. Blaise Pascal Talla présentés au juge, en effet, ce dernier «est né le 27 septembre 1948 à Bandjoun et est fils de Focua Michel et de Meto Jeanne» alors que sur l’acte de mariage établi à Edéa en 1971, il est mentionné que le concerné est né «vers 1948» toujours à Bandjoun, mais a pour père un certain Fodjong Tega. Le collège des avocats de l’homme d’affaires demande au tribunal de juger que «les irrégularités contenues dans l’acte de mariage N°137/71 dressé le 9 octobre 1971 prouvent que sieur Talla Blaise Pascal n’a pas pris part à l’établissement de l’acte de mariage ayant donné lieu à l’établissement dudit acte». Ils demandent par conséquent au tribunal de constater que leur client n’a jamais «donné son consentement audit mariage». Pour eux, ce mariage doit tout simplement être déclaré «inexistant».

Face au constat de l’absence de l’acte de mariage du second mariage de M. Talla avec Mme Maptue Fotso, cette dernière va être assignée en «intervention forcée» le 14 juin 2021. En fait, en tant que maire de Pete-Bandjoun, il lui est reproché d’avoir «catégoriquement refusé de délivrer à l’huissier de justice instrumentaire un extrait de l’acte de mariage querellé», c’est-à-dire son acte de mariage avec M. Talla. Il s’agit d’une obstruction à la justice. Les avocats de Mme Momha expliquent au juge que «tous les huissiers de justice requis pour aller constater le refus du maire de faire lever une copie de son acte de mariage, se sont vertement opposé à cette réquisition. C’est disent-ils, une violation «des dispositions de l’article 20 du décret N°79/448 du 5 novembre 1979 portant réglementation des fonctions et fixant le statut des huissiers de justice. Ce texte dispose que «les huissiers de justice sont appelés à assurer leur ministère toutes les fois qu’ils sont requis par les particuliers, les magistrats, etc.»

Commission rogatoire ?

Les avocats de Mme Momha demandent au juge d’ordonner un «transport judiciaire», c’est-à-dire une descente du tribunal à la mairie de Pete-Bandjoun pour aller constater via des responsables judiciaires locaux qu’il peut déléguer (commission rogatoire), dans les registres d’Etat civil de la mairie, si l’acte de mariage entre Mme Maptue Fotso et M. Talla y a une souche et de lever, si possible, une copie dudit acte de mariage. C’est une demande que le juge du TGI du Mfoundi va ignorer superbement. Lorsqu’il décide de se prononcer sur le problème qui lui est soumis, le président du TGI du Mfoundi va déclarer «dame Momha Micheline non fondée en son actions en l’état et l’en débouter en conséquence». Le juge condamne cette dame à supporter les coûts générés par la procédure judiciaire. Le fait que Mme Momha et M. Talla soient parents de quatre enfants qui portent tous le patronyme du père n’influence en rien la position du juge.

Pour ainsi trancher le litige entre les époux Talla, le juge a pris soin d’expliquer «qu’il se dégage des éléments du dossier de procédure […] que l’individu concerné par l’acte de mariage susvisé (celui établi à Edéa en 1971), bien que se nommant Talla Blaise Pascal, n’est pas le même que celui portant le même nom concerné par les deux documents susvisés (carte de séjour et acte de naissance)». Il ajoute que Mme Momha Micheline «ne rapporte pas la preuve du second mariage dont elle sollicite pourtant l’annulation». Rendue le 26 août 2021, cette sentence a rapidement fait l’objet d’un recours devant la Cour d’appel du Centre. La première épouse ne désespère pas de renverser la situation devant cette juridiction.

Devant la Cour d’appel du Centre, cette affaire a déjà été appelée deux fois, le dernier rendez-vous ayant eu lieu la semaine dernière, soit à l’audience du 6 juillet 2022. Si Blaise Pascal Talla n’entend pas changer sa stratégie de défense en mobilisant les mêmes arguments que devant le premier juge, son adversaire reste aussi cramponnée à sa stratégie. Non seulement les avocats de Mme Talla née Momha Micheline ont fait faire sur la toile un constat des photographies et vidéos qui témoignent du mariage effectif, le 12 décembre 2020, entre le promoteur de Jeune Afrique Economie avec la fille de feu Victor Fotso, mais aussi, ils sollicitent de nouveau que la justice se transporte à la mairie de Pete-Bandjoun pour constater l’existence de l’acte de mariage dont l’annulation est sollicitée. Le 3 août prochain, date de la prochaine audience, on saura si la Cour d’appel du Centre ferme, elle-aussi, les yeux sur les actes que le couple Blaise Pascal Talla/Maptue Fotso mobilise pour rendre inaccessible les traces officielles de leur mariage qu’ils célébrèrent pourtant avec faste.

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