Akere Muna : “Nous n'avons affaire qu'à l'apparent”
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L'ancien vice-président de Transparency International revient sur l'affaire de corruption qui accuse l'entreprise Glencore et des sociétés camerounaises.

Quelles sont les circonstances et les contours de la publication du communiqué de Glencore ?

Une enquête sur Glencore est en cours depuis plus de 5 ans. Anthony Stimler, un ancien employé de GLENCORE, a décidé de coopérer avec le ministère de la Justice des États-Unis. Cela a abouti à un accord, à une transaction dans laquelle GLENCORE admet la corruption de façon univoque en déclarant clairement qu'elle admet sa culpabilité totale et accepte de coopérer pleinement. Stimler a utilisé un agent ouestafricain et les sommes étaient parfois versées en espèces en Suisse ou au Royaume-Uni. Pour dissimuler les paiements, ils utilisaient des mots comme « commissions » ou « journaux » et « pages ». En bref, c'est suite à cet aveu de GLENCORE que le ministère américain de la Justice a décidé de communiquer sur ce cas historique et scandaleux de corruption. Déjà depuis 2018, le ministère américain de la Justice demandait des documents à GLENCORE. Si la SNH ne le savait pas, alors ce sont des blageurs. Je n'ai pas leurs moyens mais je suis cette histoire depuis des années ! L’Affaire a été suivie par M. Joseph Beemsterboer, Chef-Adjoint de la Section Fraude (Division Pénale) du Département de la Justice des États-Unis, Damien Williams, Procureur auprès du District Du Sud New York, Deborah Connor, Chef de la Section Blanchiment et Recouvrement des biens toujours de la division pénale susvisée. Pour aider la SNH dans ses recherches, il convient de noter que les principaux corrupteurs étaient les personnes suivantes toutes anonymées pour les besoins de la procédure :

  • Trois hauts cadres de GLENCORE, dont deux de nationalité anglaise et de nationalité grecque désignés pour les besoins de la procédure comme "Exécutif 1, 2 et 3”
  • Deux traders de GLENCORE de nationalité anglaise désignés comme “Y et Z”
  • Une employée de GLENCORE de nationalité brésilienne désignée comme “X” GLENCORE est assisté dans la procédure par Maitres Howard Shapiro, Kimberly Parker, Christopher Davis et Erin Stone.

La SNH, l'une des principales entreprises indexées, a réagi dans un communiqué avant-hier. Quelle lecture faites-vous de ce communiqué ?

Quand j'ai lu le communiqué de la SNH, je ne savais pas si je devais rire ou pleurer. Comment pouvez-vous avoir à faire à une énorme société multinationale comme GLENCORE qui fait l'objet d'enquêtes depuis 5 ans et vous n’êtes pas au courant jusqu’à déclarer vous-même que vous venez d’en entendre parler dans les médias ? Ont-ils une division de la conformité ? Comment peuvent-ils dire qu'ils ont écrit aux autorités des pays concernés, alors qu'ils n'ont qu'à demander à leur client GLENCORE : « Qui avez-vous payé ? ». Pourquoi ne regardent-ils pas l'accord de règlement et ne lisent-ils pas le paragraphe douze dans lequel GLENCORE s'engage à coopérer avec les autorités chargées des poursuites et les organismes de réglementation étrangers à la demande du ministère de la Justice ? S'ils veulent l'accord, je peux le leur donner et même le leur expliquer ! Idem pour la CONAC. Quant à l'histoire du règlement intérieur, Jean Baptiste Placca avait raison. "Ils prennent les Camerounais pour des demeurés". Depuis quand la réglementation arrête-t-elle les contraventions ou les crimes ?

Les partis politiques exigent une clarification du gouvernement ...

Les partis politiques ont leur propre agenda. Je suis un militant anti-corruption. Je le suis depuis plus de deux décennies. C'est mon domaine. Je conseille des gouvernements africains à des niveaux très élevés ainsi que certaines organisations internationales. Je prépare actuellement un document pour les Nations unies sur la gestion des avoirs gelés par l'institution de comptes séquestres. Mon pays ne m'a jamais sollicité en matière de lutte contre la corruption. Soit ! Mais ils doivent éviter de plaisanter avec les richesses du pays.

Quelles pourraient être les suites de cette affaire ?

Pour le Cameroun c’est facile. Contacter Glencore immédiatement pour obtenir les noms et réclamer des dommages et intérêts. "fraus omnia corrumpit" est l'adage juridique en latin. La fraude vicie tout. Tous les contrats de GLENCORE peuvent désormais remettre les énormes dommages réclamés qui pourront nous servir pour achever l'autoroute Yaoundé-Douala.

A vous entendre, c'est juste la partie émergée de l'iceberg qui a été dévoilée...

Oui, nous n'avons affaire qu'à l'apparent. La CONAC a maintenant l'opportunité de prouver aux Camerounais qu'elle lutte contre la corruption. Sinon, nous ne pouvons que conclure qu'elle protège les kleptocrates et favorise l'impunité. Dans un autre monde, des personnes devraient déjà être suspendues et d’autres sérieusement inquiétées et les enquêteurs devraient déjà être aux États-Unis.

Un commentaire sur le mode d'exploitation de nos ressources naturelles : que faire pour éviter ces problèmes de corruption ?

Un seul mot transparence. Combien produisons-nous? A qui vendons-nous? Comment choisissons-nous les acheteurs ? Tout cela sur un site Web public. La corruption déteste la lumière. L’opacité demeure la couveuse de tous les actes de corruption.

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