Assemblée nationale : Le bazar administratif
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Depuis quelques temps, les actes pris ou attribués au président de la chambre basse du Parlement suscitent des critiques sur les réseaux sociaux.

L’arrêté présidentiel signé du président de l’Assemblée nationale ordonnant la restitution des effets personnels de M. Marga, fils de Cavaye Yeguié Djibril, est un modèle de curiosité administrative. Il relève au grand jour non seulement la gestion a problème et opaque de cette institution, mais également l’absence de professionnalisme du circuit administratif de l’Assemblée nationale.

En effet, comment imaginer qu’un arrêté présidentiel puisse être pris avec pour objet la restitution des effets personnels d’un agent de l’Assemblée nationale même si ces effets ont été mis dans un container transportant les véhicules achetés par cette institution, alors qu’une simple lettre instruisant les questeurs ou le secrétaire général aurait suffi ? Y a-t-il eu un arrêté précédent confisquant lesdits effets ? Apparemment non. Simple parallélisme des formes. Un véritable charivari administratif.

Pire encore, l’arrêté présidentiel qui a suscité un tollé ne fait mention nulle part d’une demande d’explication ou de sanctions adressée à M. Marga, qui sans autorisation préalable, a embarqué des effets personnels dans un container dédié au transport des véhicules des membres du bureau de l’Assemblée nationale. Ce qui est en soi une faute lourde. Un autre employé de l’institution autre que le fils du président aurait sans doute, au bas mot, écopé d'une mise à pied à défaut d’un licenciement. Ceux qui ont toujours dénoncé une gestion familiale de la mère des institutions n’ont indubitablement pas tort, tant la gestion administrative et financière de l’Assemblée nationale semble allègrement se soustraire à l'orthodoxie. Ici la volonté prime sur la loi et les règles. « Aucun des canaux administratifs n’est respecté, tout est favorisé par la peur, l’appétit de l’argent, le clientélisme et le tribalisme », fulmine un fonctionnaire de l’Assemblée nationale.

Recrutements

Ces derniers mois, indique un cadre de la maison, « les recrutements qui avaient été suspendus à l’époque de l’ancien secrétaire général en raison des effectifs pléthoriques ont repris de plus belle. Pas moins de 100 personnes recrutées en l’espace d’un mois. Pire encore, les profils des personnes recrutées ne correspondent à aucun profil des métiers du Parlement encore moins à des besoins réels », nous révèle-t-il. Ici, ajoute un autre, le seul diplôme et CV qui compte c’est d’être le fils de tel ou être originaire de l’arrondissement de Tokombere, ou encore être un proche de la famille régnante. Conséquence, les faux diplômes sont légion ici. Toute tentative de vérification de l’authenticité des diplômes est combattue avec la dernière énergie. Un autre agent se souvient d’un directeur des Affaires générales qui a été menacé par un membre du bureau, lequel exigeait que le contrat de travail de son protégé soit signé avant l’authentification de son diplôme. Ambiance !

Quant aux intégrations et reclassements, ils sont faits à la tête du client, sans aucun respect des textes du Statut de la fonction publique de l’Assemblée nationale, souffle une autre source. Des accords vrais ou faux seraient la seule base légale d’intégration ou reclassement. Les responsables des ressources humaines qui veulent appliquer les textes sont menacés et soumis au chantage de perdre leur poste. On voit ainsi les gens être recrutés et intégrés en même temps ou quelques mois après alors que d’autres personnels sont en attente d’intégration depuis plusieurs années voire jusqu’à leur retraite alors qu’ils remplissent les conditions. Le comble c’est que parfois ces recrutements, intégrations et reclassements sont faits sur la base de faux diplômes et ceux qui se hasardent à les dénoncer sont sanctionnés voire perdent leurs postes.

Nominations

Les nominations sont l’autre volet de ce bazar administratif. Elles sont généralement faites tous les jours ces derniers temps au point où sur un personnel d’environ 900 personnes, près de 700 personnes occupent des postes de responsabilité. Un renversement inédit de la pyramide de management des ressources humaines qui viole les canaux de base de toutes gestion administrative. La cause de ces maux est selon un vieux fonctionnaire de la maison : la vente des postes, la corruption, le trafic d’influence, le tribalisme et les fausses signatures.

« Pour l’achat des postes, les tarifs sont connus ainsi que les intermédiaires et les patrons de ces réseaux qui sont logés au cabinet du président de l’Assemblée nationale. Ici, c’est le cash, pas de crédit », s’indigne notre source. Cette vente de postes a pour origine cette floraison de nomination à tous vents sans aucune logique ni profil de carrière. Certains personnels sont recrutés et nommés quelques jours après parce qu’étant des protégés de certains membres du bureau ou pour leur proximité avec le cabinet du président de l’Assemblée nationale ; frustrant les plus anciens et créant un réel sentiment d’injustice.

L’accès à un poste de responsabilité qui est le fruit du mérite et de l’engagement au travail est plutôt ici, le fruit de négociation financière, de tribalisme, de copinage ou de la délation. Du coup, une explosion de nominations sans aucun rapport avec l’organigramme. Le nombre de personnes nommées représente près de 2/3 du personnel. « Les gens sont nommés plus pour bénéficier de la manne financière qui accompagne l’accès au poste avec des montants d’indemnités qui représentent plus de la moitié du salaire », explique-t-on dans l’entourage d’un questeur.

Conséquence, on retrouve de nombreux responsables sans niveau et sans capacité professionnelle. Du coup, l’administration va dans tous les sens et cela se ressent dans la qualité du travail parlementaire. Un député RDPC  ayant requis l’anonymat se plaint de l’absence de qualification du personnel et de son manque de professionnalisme. « À la dernière session de mars, un membre du gouvernement a vertement, en plénière, contesté et corrigé le rapport de discussion d’un projet de loi, examiné en commission. Une véritable mascarade pour l’institution », déclare-t-il.

À l’observation, personne ici n’en a cure. Ce qui intéresse les gens, c’est ce que chacun peut prendre dans les caisses de l’Assemblée nationale, profitant de la baisse de forme manifeste du patron des lieux.

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