PREDICATION DU DIMANCHE 08 MAI 2022 PAR LE REV DR JOËL HERVE BOUDJA
FRANCE :: RéLIGION

FRANCE :: PREDICATION DU DIMANCHE 08 MAI 2022 PAR LE REV DR JOËL HERVE BOUDJA

Textes : Actes 13, 14-52 ; Apocalypse 7, 9-17 ; Jean 10, 27-30

« Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes UN. »

Bêê... Bêê...Bêê.... Bêê...

Jésus nous dit que nous sommes des brebis ! Cette image, interrogeons-la : Que nous dit-elle de nous-mêmes ? Qu'est-ce qu'une brebis ?

Un animal, au regard doux mais un peu vitreux, qui bêle gentiment mais moins par conviction que parce que le voisin bêle aussi. Essayez de traverser un champ de brebis... Il est difficile de couper un troupeau en deux, elles veulent toutes passer du même côté même si le chemin n'est pas direct.

Une brebis isolée est comme un poisson hors de l'eau, elle est perdue. Jésus nous dit que nous sommes des brebis, et cela n'est pas vraiment enthousiasmant. Une brebis, c'est bête et deux brebis, c'est deux fois plus bête, alors que dire d'un troupeau ! De plus le troupeau sent mauvais... Je ne me reconnais pas dans une brebis. Il n'y a pas là un idéal capable de me mobiliser. C'est un programme qui me déçoit.

Mais il y a le Berger. « Je suis le Bon pasteur, dit Jésus, celui qui rassemble et qui conduit, qui fait sortir hors de la bergerie, Celui qui veille sur ses brebis ». Il connaît leur faiblesse et, osons-le dire : leur bêtise... Il connaît leur peu d'audace et leur manque d'imagination. Il est le Bon Pasteur. Et c'est là qu'est la pointe de la parabole, la figure centrale, l'intention de l'image choisie. Car une parabole se comprend par sa pointe. Quand Jésus nous dit par exemple que « le Fils de l'Homme viendra comme un voleur », il ne nous dit pas qu'il est un voleur mais que son retour sera aussi imprévu que l'arrivée du voleur. Ici, c'est dans la figure du bon pasteur qu'il faut chercher ce que Jésus veut dire quand il nous parle de brebis... Il ne s'agit pas de rester grégaires, encore moins de le devenir, mais d'avoir un Bon pasteur. De quoi s'agit-il ?

« Je suis le bon pasteur et elles entendent ma voix ». Tout se trouve dans ce petit « et » (conjonction de coordination) : Et elles entendent ma voix. Il y a une voix à entendre, il y a un espace en moi pour une parole qui vient de l'extérieur. Tout n'est pas centré sur la brebis, tout n'est pas concentré sur moi.

Entendre la voix, c'est d'abord cesser de bêler pour se taire, écouter, accueillir, recevoir. C'est, par le même acte, consentir que quelque chose ne vienne pas de moi, que quelque chose me soit donné. Une parole m'est offerte, et elle vient à moi, et elle vient vers moi, et elle vient en moi. Je ne fabrique pas ma finalité. Je ne fabrique pas les buts importants qui vont mobiliser ma vie. Cela vient d'ailleurs, hors de moi. Mais cela résonne en moi. J'entends cette voix. Je la reconnais. Serais-je seulement passif ? Au contraire, je suis tout entier éveillé, réveillé, mobilisé. Ma sensibilité coopère avec cette voix et, par ma sensibilité, tout ce que je suis se met à vibrer.

« Je suis le Bon Pasteur et vous êtes mes brebis ». Le texte le dit bien : il y a d'abord un Bon pasteur et ensuite des brebis : c'est parce qu'il y a un bon pasteur qu'il y a des brebis. Alors je reçois cette comparaison sans aucune honte. Je comprends que le Dieu qui m'appelle, me respecte, me veut, non pas comme une brebis, bêlante et grégaire, mais comme un être capable d'écouter sa voix.

Jésus nous dit ici quelque chose de très fort sur la liberté humaine. Il dit premièrement que Dieu prend sur lui notre faiblesse, qu'il ne l'ignore pas. Il n'a pas à faire à des surhommes et il le sait. Il dit aussi, et ce n'est pas contradictoire, que je suis appelé à grandir et à construire ma vie selon une finalité qui n'est pas seulement en moi. Cette finalité m'est offerte par lui, elle m'est donnée. C'est une parole, c'est un appel venu de l'extérieur. C'est une révélation. Tout ne dépend pas de moi et pour autant, rien ne peut se faire sans moi. Elle est là, ma responsabilité : il y a une sensibilité à découvrir, il y a une sensibilité à acquérir, il y a une sensibilité à cultiver.

Bien-aimés dans le Seigneur, permettez-moi de vous raconter une histoire.

Un jour, un pasteur et ses 6 enfants vont se faire couper les cheveux. Pendant qu’ils se coupaient les cheveux, ils faisaient des jeux bibliques entre eux. Au moment de payer, voyant la facture élevée, le coiffeur dit au pasteur : Si vous étiez religieux, je ne vous ferai pas payer. Le pasteur réplica, je suis pasteur. Et les enfants ajoutaient : « Papa, un pasteur n’est pas un religieux. Les religieux ne se marient pas et n’ont pas d’enfants ». Le pasteur paya sa facture et s’en alla avec ses 6 enfants.

Le jour suivant, une bénédictine va se faire couper les cheveux chez le même coiffeur.  Au moment de payer, le coiffeur lui annonce qu’il ne fait jamais payer les religieuses.  Elle le remercie et rentre au monastère.  Le lendemain matin, le coiffeur trouve devant sa porte un panier rempli de biscuits cuits dans les caves du monastère. 

Quelques jours plus tard, un frère dominicain va se faire couper les cheveux chez le même coiffeur, qui lui dit aussi qu’il ne demande jamais d’argent aux religieux.  Le coiffeur reçoit le lendemain deux caisses de Sanctus Dominicus. 

Voilà maintenant qu’un père jésuite se rend chez ce coiffeur.  Ce dernier lui dit comme aux autres qu’il n’accepte pas d’argent de religieux.  Quand, le matin suivant, il ouvre son salon, il découvre toute la communauté jésuite qui est là à attendre son tour pour se faire coiffer. 

Cette blague quelque peu remaniée est proposée dans un livre qui est paru en 2016 aux éditions Fidélité et qui s’intitule « Moquez-vous des jésuites : humour et spiritualité » et qui a été écrit par Nikolaas Sintobin, lui-même jésuite.

Si je me suis permis de vous la raconter, c’est parce qu’elle nous rappelle que l’humour ne cherche pas à blesser mais plutôt à pouvoir rire de soi d’abord.  Telle est sa force.  En d’autres termes, l’humour doit toujours veiller à être bienveillant.  Comme nous avons à l’être dans nos propres vies.

La bienveillance nous permet d’entrer dans une relation non pas de fusion qui conduirait à de la confusion mais plutôt d’union à l’image de celle qui unit le Père et le Fils, comme Jésus le souligne dans l’évangile que nous avons entendu tout à l’heure.  L’union que nous sommes à notre tour appelés à vivre entre nous et avec le Père dans le Fils et par l’Esprit se construit sur une bienveillance réciproque puisque celle-ci est une dynamique de vie à partager. 

En effet, « bienveiller » est le propre de celui qui se sent responsable d’autrui qu’il soit un proche ou un être aimé. Est-il besoin de rappeler que les postures du bienveilleur et du bienveillé ne sont pas toujours simples. Tous deux se trouvent dans une situation de grande fragilité car aucun des deux ne sait ce qui va se produire.  De part et d’autre, lorsque nous bienveillons, nous attendons, nous laissons le temps au temps.  N’est-ce pas le propre de la bienveillance ? 

L’expérience de la vie peut évidemment nous accompagner dans celle-ci mais il peut également nous arriver d’être désarçonnés, déstabilisés.   Dans certaines situations, nous ne nous sentons plus maître de ce qui nous arrive.  Nous sommes dépassés, voire peut-être même écrasés car nous ne pouvons plus mettre des mots sur ce que nous traversons.  Il nous faut alors ensemble prendre le temps du recul pour poser à nouveau un regard de bienveillance en cherchant à donner sens à ce qui au départ pouvait nous paraître tellement insensé. Et ce regard nous sommes conviés à le tourner vers un présent éternel, c’est-à-dire, pour reprendre les mots de Lytta Basset : « ce qui reste pour toujours en nous quand une fois, une seule fois peut-être, nous avons été visités par la Bienveillance ». 

La bienveillance se nourrit ainsi de l’espérance qui s’émerveille des avancées de la vie au plus intime de l’être humain.  Elle « accompagne un processus irréversible, au rythme des saisons de chacun » (Lytta Basset). 

Nous assistons ainsi à la mise à la Vie d’une tendresse bienveillante qui prend sa source dans le cœur de celui qui la donne.  Elle réchauffe l’être bienveillé de la lumière de l’âme pure du bienveilleur qui le pousse à mieux se regarder, à se déplacer vers davantage de vérité, à entrevoir une nouvelle espérance de vie au cœur de ses propres blessures. 

La tendresse bienveillante se marque par un timbre de voix qui ne condamne pas mais qui cherche toujours à relever le bienveillé.  Elle se laisse découvrir dans un regard empreint d’empathie, voire de compassion qui se pose tendrement sur l’être accompagné.  Elle s’exprime dans la douceur d’une caresse qui fait à nouveau exister. 

La tendresse bienveillante est donc d’ordre vital et divin.  C’est pourquoi, en ce temps de Pâques, nous sommes toutes et tous invités à conjuguer à foison ce verbe « bienveiller ».  Car c’est en bienveillant que nous permettons à la tendresse de se vivre.  Cette dernière est le fruit de cette douceur divine qui fait que nous ne serons jamais arrachés tant de la main de l’être aimé que de celle du Père. Amen

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