Zikoko Balla : la bibliothèque du Mvet
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Bon dans le jeu et habile dans la fabrication, ce fils Elig Akeng dans l’arrondissement de Mbankomo, maitrise au bout du doigt les légendes et mythes de cet instrument traditionnel à cordes.

Balla Zikoko dit avoir tout abandonné pour le Mvet. Son rêve de voir ce mythique instrument sortir des sentiers battus devient réalité. « C’est le fruit de 20 ans de sacrifice », renseigne-t-il. Comme des éléments de culture qui retracent l’histoire d’un peuple, les Ekang (peuples de la forêt) s’identifient par l’Obom (costume), mais beaucoup plus par le Mvet (harpe traditionnelle). Un instrument à cordes que Zikoko manie avec virtuosité et dextérité. Habitué à la scène, le Mvet est son fidèle compagnon. Le 26 mars dernier, il a impressionné le public de Yaoundé avec son instrument de prédilection. C’était à l’occasion du spectacle de la chanteuse Armelle Diamant baptisé « Azombo Party ». 

Un show qui a vu la participation de plus de 20 artistes et groupes musicaux, au rang desquels ce fils d’Elig Akeng (village situé dans l’arrondissement de Mbankomo, département de la Mefou-et-Akono dans la région du Centre). En cinq minutes, il a assuré en lever de rideau. « Une preuve que le Mvet que l’on croyait mort, continue de chanter », démontre l’artiste musicien. Zikoko n’est pas qu’un joueur de Mvet. Il en fabrique. Dans son atelier situé dans la plaine de Mvog-Mbi (arrondissement de Yaoundé 4), il a le cœur à l’ouvrage. A l’entrée, quelques pièces déjà fabriquées et exposées sont destinées à la commercialisation. Pour fabriquer le Mvet, il dispose d’une branche de raphia, « bien sèche et présentable » qui constitue le support de l’instrument ; de quatre à cinq fils de fer que l’on fixe de part et d’autre du bambou, et ce, autour d’un nœud qui sert de mécanique de réglage. Il divise le Mvet en deux parties (une partie plus longue que l’autre) à l’aide d’un chevalet. Dès que c’est fait, il ne lui reste qu’à fixer les calebasses coupées sous le support (la calebasse la plus grande au milieu du support). L’artiste explique qu’en fonction de la taille voulue, l’on peut avoir le Mvet avec trois à sept calebasses.

Oyono Ada Ngone

Zikoko parle du Mvet avec autorité. Il tire ses connaissances de ses grands-parents qui eux-aussi les ont héritées des ancêtres. Selon la légende qu’il prend plaisir à conter au reporter, l’on doit la création du Mvet à un puissant guerrier au nom d'Oyono Ada Ngone dont la mythologie serait liée à la migration des Fang-Béti-Bulu. Au cours de leur fuite, " Oyono Ada Ngone, grand musicien et guerrier, s'évanouit subitement. 

Le corps presque inerte il va passer presqu’une semaine dans le coma. Oyono revient à la vie plus tard et annonce à ses frères qu'il venait de faire une découverte dans l’au-delà durant son coma.  Oyono Ada Ngone déclare avoir été en contact avec une entité supérieure dénommée Eyo, qui s'incarne dans le Mvet. Eyo est perçu comme un « esprit » qui lui transmet l'instrument de musique, le cordophone appelé Mvet, ainsi que le chant et les récits des hauts faits des Ekang qui allaient ranimer l'espoir au sein de la population. À son réveil, Oyono Ada Ngone relate ce qu'il avait vu et entendu, puis il entreprit de fabriquer l'instrument de musique. Pour Zikoko, le Mvet veut dire « s’élever. Et on s’élève avec l’esprit et non avec le corps ». Il rappelle que le Mvet est donc bien plus qu’un instrument, plus que celui qui le joue, bien plus qu’une épopée, un mythe ou une légende. Le Mvet est taillé à sa mesure.

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