Contrebande : le Cameroun pourrait mettre en place la traçabilité de certains produits
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Contrebande : le Cameroun pourrait mettre en place la traçabilité de certains produits :: CAMEROON

Afin d’endiguer le fléau du commerce illicite de produits quotidiens (bois, médicaments, cigarettes), Yaoundé, dont la frontière physique avec le Nigéria reste poreuse, pourrait avoir recours à des solutions de traçabilité, permettant d'identifier et d'authentifier certains produits légaux, et à terme d'augmenter les recettes fiscales de l'État.

Une topographie qui favorise la contrebande

Avec une surface de 22 millions d’hectares, la forêt camerounaise a toujours été un atout économique majeur. Même si, d’année en année, l’État a vu les recettes tirées de l’exploitation forestière fortement diminuer :  en raison de la contrebande de bois, Yaoundé perd, chaque année, environ 33 milliards de francs CFA (60 millions de dollars). Une manne importante qui file tout droit dans la poche de criminels internationaux, voire des djihadistes de Boko Haram, ou d'État islamique (EI).

Mais le bois camerounais pourrait également servir les intérêts de mouvements séparatistes, non seulement dans le pays, mais au Nigéria frontalier, qui, grâce à son important littoral, reste une base de lancement pour les contrebandiers qui souhaiteraient écouler leur bois autour du globe – en Asie, au Vietnam et en Chine notamment. L’entente entre les trafiquants des deux pays ne s’arrête pas là : Abuja, chaque jour, perdrait de son côté 7 millions de litres de pétrole, sur les 45 millions de litres qui circulent quotidiennement dans le pays, la majorité de cet or noir illégal fuyant… au Cameroun.

Faux médicaments : plus de 100 000 morts en Afrique subsaharienne

Son accès à la mer fait du Nigéria, non seulement, un port de sortie pour le marché noir, mais une porte d’entrée. Parmi tous les produits illégaux qui arrivent chaque année sur les côtes nigérianes, les faux médicaments sont peut-être les plus inquiétants : selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Afrique subsaharienne est ainsi la région la plus touchée par ce trafic, qui causerait, chaque année, plus de 100 000 morts, en raison de la qualité inférieure ou falsifiée des pilules de contrebande, qui, là aussi, profitent de ce que la frontière entre les deux pays, longue de 1500 kilomètres, soit très poreuse pour transiter.

Au Cameroun, c’est le groupe terroriste Boko Haram qui tire majoritairement profit du commerce illégal de médicaments – notamment de tramadol : en avril 2017, 600 000 comprimés avaient été interceptés dans le nord du pays. Depuis le Nigéria, les opiacés et faux médicaments traversent sans problème la frontière en camion ou moto-brousse, quand ils n’arrivent pas, parfois, directement par avion ou par bateau. Les contrebandiers pouvant profiter des failles de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui peine à parler d’une voix unifiée pour endiguer ce fléau.

Comment faire, dès lors, pour lutter contre le trafic de produits contrefaits, qui font perdre des milliards de francs CFA, chaque année, aux caisses des États – quand ils n’alimentent pas le terrorisme dans la région ? La réponse pourrait venir, non seulement de la surveillance des frontières, mais aussi des nouvelles technologies, et du digital en particulier. En Côte d’Ivoire, par exemple, différents acteurs du monde médical (hôpitaux, centres de recherche, compagnies d’assurance, laboratoires pharmaceutiques, etc.) ont recours à la traçabilité numérique, qui permet de tracer de manière efficace les produits convoités par les contrebandiers.

La mise en place d'une traçabilité indépendante

Aujourd’hui, un pharmacien ivoirien peut savoir si le produit qu’il vend est fiable ou non, car le laboratoire dont il est issu a communiqué un numéro de série, qu’on a introduit dans la blockchain, afin que tous les acteurs en possession du médicament puissent vérifier que la «chaîne de traçabilité» est fiable et non rompue. Cette innovation technologique pourrait permettre de réguler et optimiser le marché du médicament en Afrique de l’Ouest, tout comme d’autres produits contrefaits.

Les cigarettes, notamment – et tous les produits issus du tabac –, dont on estime qu’elles alimentent plus de 20 % du financement des organisations terroristes en Afrique. Autant d’argent qui ne rentre pas dans les caisses des États, sous forme de droits de douane et d’accises. Plus de 180 millions de dollars ont ainsi échappé aux fiscs africains entre 2013 et 2015, tandis que, dans le même temps, la contrebande de tabac a engrangé plus de 520 millions de dollars. Mais, là aussi, les nouvelles technologies peuvent aider à redresser la balance.

Le Cameroun et le Nigéria pourraient ainsi prendre exemple sur le Togo – impacté lui aussi par le trafic –, qui s’est doté d’une solution innovante, le Système Automatisé de Marquage (SAM) développée avec l’entreprise suisse SICPA et associant des marques fiscales sécurisées indispensables à la traçabilité numérique. Cette technique permet de renforcer la traçabilité des produits soumis aux taxes et droits d’accises, en l'occurrence l’eau, la bière, les jus de fruits et certaines boissons alcoolisées.

Les systèmes de traçabilité pourraient être également un remède au passage clandestin des armes, qui alimentent les conflits dans la région, et dont on estime que plusieurs millions passeraient sans problème les frontières chaque année. Encore faudrait-il que les pays de la CEDEAO s’entendent pour parler d’une seule voix.

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