Exclusif, Mutilation sexuelle : Voyage dans l’enfer de Lucie Koné, excisée à l’âge de 6 ans
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Excisée depuis l’âge de 6 ans, Lucie Koné a révélé mardi que c’est son père qui a incité sa mère à l’amener chez les exciseuses. Le père de Lucie qui a pourtant connu une éducation scolaire convenable souhaitait, à travers l’excision de sa fille, respecter une tradition ancestrale « autorisée » dans sa communauté en Côte d’Ivoire.

Rites barbares

L’horreur s’est déroulée dans la ville de Daloa où Lucie est née et où elle a grandi. La jeune dame devenue aujourd’hui mère au foyer raconte qu’un matin, sa mère l’avait amené dans une cour où l’attendaient plusieurs vieilles dames. Elle a été déshabillée en ces lieux par ses bourreaux, puis conduite dans une salle en compagnie d’autres gamines du coin. 

Lucie révèle qu’à l’arrivée des jeunes victimes, les exciseuses les mettent en rang comme à l’école. Chaque fille rentre dans une salle obscure et tombe nez-à-nez avec des lames de toutes sortes et des couteaux. Quelques minutes après s’en suivent les cris des victimes innocentes.

Lucie, une vraie survivante, qui s’exprimait sur le plateau de la NCI, une chaîne de télévision ivoirienne, poursuit :  « Quand elles [les exciseuses, ndlr] m’ont attrapé, elles ont écarté mes jambes. En me débattant, je me suis rendue compte que je saignais déjà. J’étais en pleure. J’ai posé la question à ma maman. Elle m’a répondu que c’est la tradition. »

Soins sans anesthésie ni stérilisation

La suite c’est une série de pansements effectués avec des matériaux d’une autre espèce comme l’indique Lucie : « c’est des chiffons, des petits morceaux de pagne découpés. Je me souviens qu’elles [les exciseuses, ndlr] y ajoutaient une poudre noire ». 

De la poudre noire, il s’agissait en fait du charbon de bois écrasé « parce qu’elles [les exciseuses, ndlr]  pensaient que le charbon guérissait les plaies avec un peu de sel et un coupon ou un chiffon en pagne qu’elles utilisaient pour boucher le sexe de la victime. Puis on te mettait le «Kodjo»*.  On y creusait un trou et on faisait assoir la personne excisée là-dessus pour que les saignements finissent» ajoute Clarisse Tehoua la président de l’ONG pour le bien-être des femmes excisées (ABEFE). Clarisse Tehoua partageait le plateau de la télévision ivoirienne ce jour-là (15 février 2022) avec Lucie Koné.

Lucie Koné a survécu à l'excision

Dégâts physiques et sociales 

La pratique de la mutilation sexuelle fragilise l’activité sexuelle de la femme et l’empêche de faire confiance à sa nudité. Bien pire « lors des rapports sexuelles, tu as mal. Tu n’arrives pas à être lubrifiée comme une femme normale. » Confesse Lucie qui illustre son expérience personnelle ainsi : «C’est un peu difficile d’aborder le sujet avec votre partenaire. » A cela s’ajoute «[…] les difficulté d’enfantement (stérilité), l’accouchement difficile etc […] » précise Clarisse Tehoua. 

Lucie témoigne : « Lorsque certains hommes découvrent que vous êtes excisées, ils estiment que vous êtes maudites. J’ai eu un homme comme ça. Lors de nos premiers rapports, il m’a posé la question (sur son excision, ndlr) et face à ma réponse, il m’a dit que je suis une femme maudite. »

En finir avec  l’excision et les autres formes de mutilations sexuelles 

Selon les dernières statistiques officielles datant de 2014, 38% des femmes ivoiriennes âgées entre 15 et 45 ans ont été excisées ; la pratique touchant plus de 70% des femmes dans les régions du nord du pays (57%) et relativement un peu moins au Centre (13%).

Sur le plan légal, le code pénal ivoirien punit d’une peine de prison toute personne qui s’adonne à la pratique de l’excision. Une loi du 23 décembre 1998 prévoit d’ailleurs que toute atteinte à l’intégrité des organes génitaux d’une femme, par voie de mutilation totale ou partielle, excision, désensibilisation ou tout autre pratique, si elle s’avère sanitairement néfaste, est passible d’une peine d’emprisonnement de un à cinq ans et d’une forte amende (de 360 000 à 2 millions de FCFA, soit environ de 550 à 3 060 euros).

La peine est portée de cinq à vingt ans d’emprisonnement si la victime meurt des suites de son opération. 

Par ailleurs, si la procédure est effectuée par un médecin, il risque jusqu’à cinq ans d’interdiction de pratique professionnelle une violation grave des droits fondamentaux de la Femme.

Justice à petit pas

Le 18 juillet 2012, neuf femmes âgées entre 46 et 91 ans avaient été condamnées à Katiola, dans le nord de la Côte d’Ivoire (400 km de la ville d’Abidjan), à une peine d'un an de prison à la suite de l’excision d’une trentaine de fillettes. 

Au cours des dix dernières années, une cinquantaine de femmes ivoiriennes ont déjà écopé des peines de prison après avoir été reconnues coupables d’acte de mutilation sexuelle sur de jeunes mineures. 

Lueur d’espoir pour Lucie

Depuis plusieurs années, la société civile, le ministère ivoirien de la femme, de la famille et de l’enfant mènent une lutte acharnée contre toutes formes de mutilation sexuelle en Côte d’Ivoire. 

L’histoire de Lucie, une ménagère, a ému la toile toute entière et des messages de soutien lui parviennent désormais de tous les coins du monde. Lucie Koné attend aujourd’hui avec beaucoup d’espoir de bénéficier de la chirurgie réparatrice de ses parties génitales. 

Clarisse Tehoua, la présidente de l’ONG ABEFE a avoué sur la NCI qu’elle est une femme excisée elle aussi. Elle a expliqué qu’elle a ensuite bénéficié de la chirurgie réparatrice de ses parties génitales. Une pratique qui lui a rendu son épanouissement sexuelle selon ses propres propos. 

L’ONG ABEFE que dirige Clarisse Tehoua s’est engagée à assumer la prise en charge de Lucie Koné afin de lui faire profiter de la chirurgie réparatrice. La dignité de cette ménagère ainsi que des autres victimes inconnues dépend désormais de la restauration de leurs parties génitales ; le clitoris notamment.

Note de la rédaction : En Côte d’Ivoire, le « Kodjo » est un cache-sexe féminin généralement de couleur rouge, consistant en une bande d’étoffe passée entre les jambes et fixée à la taille par une ficelle qui sert de ceinture.

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