Marche de la paix : L’épreuve du 8 janvier à Douala
CAMEROUN :: POLITIQUE

CAMEROUN :: Marche de la paix : L’épreuve du 8 janvier à Douala :: CAMEROON

Jean Michel Nintcheu saisit le Tribunal de grande instance du Wouri pour la suspension des effets de l’arrêté d’interdiction de l’autorité administrative.

Le dispositif mis en place par les hommes en tenue, policiers et gendarmes, pour disperser d’éventuels manifestants, est perceptible dans la plupart des lieux de rassemblement, notamment au carrefour Ndokoti où devait être lancée, le 8 janvier, « la marche de la paix ». Il s’agit d’une manifestation publique à l’initiative de Jean Michel Nintcheu, député à l’Assemblée nationale et président régional du Social Democratic Front (SDF) du Littoral.

Des cars anti-émeutes ont pris position, quelques heures avant 15h, heure indiquée par l’organisateur pour le début de ladite marche. La présence des hommes aux bérets rouge et noir, est remarquable à certains autres endroits jugés « sensibles » tels que le Rond-point Dakar et l’Ecole publique de Deido. En fin de soirée, il y a eu plus de peur que de mal, aucune manifestation ne s’est déployée sur l’itinéraire indiqué, à partir de Ndokoti jusqu’aux services du gouverneur de la région du Littoral sis au quartier Bonanjo, en passant par le carrefour BP Cité, carrefour Agip, Douche municipale, Ancien Dalip, Soudanaise, Poste d’Akwa, Poste centrale de Bonanjo. Un revirement imposé la veille par les autorités administratives.

« Suite à l’interdiction abusive, illégale et arbitraire de la marche citoyenne pour la paix programmée ce samedi 08 janvier 2022 par les sous-préfets des arrondissements de Douala 1er, Douala 3e et Douala 5e qui ne sont que le prolongement du régime dictatorial de Yaoundé, nous avons décidé conformément à la loi de décembre 1990, d’introduire une requête auprès du juge des libertés à l’effet d’obtenir la suspension de ces arrêtés d’interdiction liberticide », informe Jean Michel Nintcheu à travers un communiqué de presse diffusé sur les réseaux sociaux le 8 janvier, en fin de soirée.

En date du 7 janvier, Me Achille Leudjo, avocat au barreau du Cameroun et conseil de Jean Michel Nintcheu, a adressé une requête au président du Tribunal de grande instance (Tgi) du Wouri à Douala contre le sous-préfet de Douala 1er. Ce dernier sollicite du juge en question de « bien vouloir ordonner la suspension des effets de l’arrêté attaqué », lit-on dans cette requête. L’arrêté visé est celui du sous-préfet de Douala 1er, Christophe Fofié Mbouedia, signé le 6 janvier 2022, « interdisant la susdite manifestation publique…pour le fallacieux motif de menaces graves de trouble à l’ordre public », écrit Me Achille Leudjo.

En fait, dans son arrêté du 6 janvier, Christophe Fofié Mbouedia indiquait déjà qu’« est et demeure strictement interdite pour compter de la date de signature de la présente décision, sur toute l’étendue de l’arrondissement de Douala 1er, pour menace grave de trouble à l’ordre public, la tenue d’une manifestation dite Marche de la paix, projetée pour le samedi 08 janvier 2022 par l’honorable Nintcheu Jean Michel, président régional du Social Democratic Front (SDF) Littoral ». La déclaration de manifestation publique de Jean Michel Nintcheu a été déposée le 29 décembre 2021 auprès du sous-préfet de Douala 1er.

Régime répressif

Dans sa requête, Me Leudjo met en exergue l’imprécision de la notion de gravité contenue dans l’arrêté du sous-préfet et la déformation du régime de déclaration en régime d’autorisation. « Par une déformation administrative, le SDF assiste aujourd’hui à une interdiction systématique de toutes ses déclarations de manifestations publiques et à ce jour, il est judicieux de préciser pour le déplorer que le nombre d’interdiction s’élève à 53 (cinquante-trois », déplore l’avocat du SDF.

L’affaire, peut-on dire, est au tribunal. En attendant le verdict du juge, Jean Michel Nintcheu marque son étonnement quant au déploiement des forces du maintien de l’ordre dans les principales artères de la capitale économique. « Nous sommes étonnés et surpris de constater ce jour (8 janvier) la très forte militarisation de la ville de Douala, qui trahit en réalité la fébrilité et le caractère répressif de ce régime qui ne rate aucune occasion pour brutaliser et verser le sang des Camerounais », raille Jean Michel Nintcheu. Aux premières heures du 8 janvier, le domicile de M. Nintcheu sis en face du commissariat du 14e arrondissement est quasiment quadrillé par des hommes en tenue. Tout comme l’entrée de son cabinet parlementaire situé à Bonamoussadi-Sable enregistre un détachement de flics. Le maître des lieux n’y est pas. « J’étais déjà sorti », indique Jean Michel Nintcheu, joint le lendemain au téléphone.

Le régional du SDF dans le Littoral n’entend pas baisser les bras. « Notre détermination d’organiser cette marche reste intacte. Il est inadmissible que les Camerounais soient morts dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, que d’autres soient devenus des prisonniers pour avoir simplement manifesté à mains nues (allusion faite aux militants du MRC récemment condamnés à des peines d’emprisonnement ferme par les tribunaux militaires à Douala et Yaoundé) et que nous restions indifférents ! », persiste Jean Michel Nintcheu. Avant de conclure : « Un nouveau chronogramme élaboré en concertation avec toutes les forces du changement, partis politiques et société civile, sera rendu public. Nous demandons aux militants du SDF et à tout le peuple du changement de rester mobilisés ».

L’autorisation de cette manifestation aurait surpris l’opinion, lorsqu’on imagine qu’elle était de nature à susciter des interprétations diverses de la part des acteurs et observateurs de la Coupe d’Afrique des nations (Can) de football qu’abrite le Cameroun depuis hier. Ce que redoute le régime de Yaoundé. Reste qu’en l’interdisant, on retient que le décloisonnement des rapports entre l’administration territoriale et les politiciens (surtout !), n’est pas encore à l’ordre de jour. La preuve, les partis politiques d’opposition sont presque embastillés, puisque n’ayant aucune possibilité de s’exprimer plus librement au détour des manifestations publiques. 

Lire aussi dans la rubrique POLITIQUE

Les + récents

partenaire

Vidéo de la semaine

évènement

Vidéo

L'actualité en vidéo