COMMENT FERDINAND NGOH NGOH A MANIPULÉ LE RAPPORT DE LA CHAMBRE DES COMPTES
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CAMEROUN :: COMMENT FERDINAND NGOH NGOH A MANIPULÉ LE RAPPORT DE LA CHAMBRE DES COMPTES :: CAMEROON

Au commencement était le financement de la lutte contre le Coronavirus ! Le 4 mai 2020, le Fonds monétaire international (Fmi) approuvait un décaissement de 226 millions de dollars (environ 124 milliards Fcfa) au titre de la facilité de crédit rapide (FCR) pour aider les autorités camerounaises à répondre aux besoins urgents de financement de leur balance des paiements dus à la pandémie de Covid-19 et aux chocs sur les termes de l'échange provoqués par la chute brutale des prix du pétrole. Par ailleurs, l’institution internationale avait également approuvé la demande que les autorités ont présentée en vue d'une prolongation jusqu'au 30 septembre 2020 de l'accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC), qui devait expirer le 25 juin 2020, et d'un rééchelonnement de l'accès aux ressources dans le cadre de cet accord. À la suite de ce financement, des fonds sont repartis entre diverses administrations camerounaises dans le cadre de la lutte contre la pandémie qui continue de faire des victimes.

Au mois de mars 2021, la Chambre des comptes adresse à la présidence de la République un document qui s’intitule « premier rapport d’audit de la chambre des comptes sur l’utilisation des ressources du fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus ». Ce document qui est une exigence du Fmi était censé être une évaluation de la gestion des fonds alloués par l’institution au Cameroun dans la lutte contre la Covid 19. Mais, le rapport transmis à la présidence de la République était en réa- lité un rapport d’étape. Les travaux de la Chambre des comptes étant encore en cours mais également parce que les éléments qui se trouvent dans ce document de 23 pages se limitent au 31 décembre 2020. Or, à cette date certaines administrations n’avaient pas encore perçu leur part du budget alloué à la lutte contre la Covid 19.

Task Force, un camouflet

N'empêche que ce soit à la suite de ce rapport d’étape que le 6 avril 2021, sous les « hautes directives » du président de la République, Paul Biya, Ferdinand Ngoh Ngoh, le ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République (SGPR) demande à Laurent Esso, ministre de la Justice, Garde des sceaux l’ouverture d’une « enquête judiciaire contre les auteurs, co-auteurs et complices des cas de malversations financières ». Dans le même sillage, le 7 avril 2020, une lettre du SGPR, au secrétaire des services du Premier ministre, Séraphin Magloire Fouda, annonce la création d’une Task Force Covid 19 logée à la présidence de la République visant à compléter « le dispositif existant », et composée de : « un représentant des Services du Premier ministre, deux représentants du ministère de la Santé Publique, un représentant du ministère de l’Administration territoriale, un représentant du ministère des Finances, un représentant du ministère de la Défense, et un représentant de la Délégation générale à la Sureté Nationale ».

La création d’une Task Force Covid 19 à la présidence de la République sonne en réalité comme un camouflet pour le premier ministre, Dion Ngute qui depuis mars 2020 pilotait la lutte contre le coronavirus au Cameroun. Mais aussi une revanche pour son « ennemi » Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République avec lequel il entretient des relations « exécrables » pour dire le moins. Le rapport d’étape de la chambre des comptes aura donc permis à l’actuel SGPR de reprendre la main sur la gestion des fonds Covid et éventuellement de régler ses comptes.

Enquêtes judiciaires

Car à la suite de la correspondance du 6 avril 2021, le Tribunal criminel spécial (TCS) a ouvert la semaine dernière les auditions. Plusieurs ministres ont été auditionnés parmi lesquels le ministre de Santé publique le 18 mai 2020 et le ministre de la Recherche scientifique de de l’innovation, Madeleine Tchuinte le 19 mai 2020. Alors que 19 administrations ont envoyé leur documentation à la chambre des comptes, sur les 23 pages du rapport d’étape, 20 pages portent sur ces deux ministères dont les rapports sont loin d’être amicaux avec l’actuel SGPR. Or, Manaouda Malachie et Madeleine Tchuinte affirment n’avoir pas eu droit au contradictoire jusqu’au mois de mars où le rap- port d’étape a été acheminé à la présidence de la République. Pis, le ministre de la Santé bat en brèche les accusations sur son implication dans la passation des marchés en arguant qu’il n’a signé aucun marché dans la gestion de la Covid 19.

Un arrêté avait été pris confiant la passation des marchés au défunt Secrétaire d’État Alim Hayatou, chargé de la lutte contre les épidémies et les pandémies. Madeleine Tchuinte sur l’affaire de la fabrication de la chloroquine argue qu’elle a été notifiée le 17 novembre 2020, Ferdinand Ngoh Ngoh, des « très hautes instructions du Chef de l’État », lui prescrivant de surseoir à l’activité de fabrication par l'Institut de recherches médicales et d'études des plantes médicinales (IMPM) de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, pour un coût total de quatre milliards de Fcfa (4.000.000.000) Fcfa ». Tous ces éléments ne sont pas contenus dans le rapport d’étape de la Chambre des comptes. Pourtant, c’est sur la base du rapport d’étape de ladite Chambre que les enquêtes judiciaires ont été ouvertes et que la gestion financière de la phase 2 de la Covid 19 a été retirée au gouvernement et confiée à la présidence de la République. C’est tout dire !

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