4 décembre 1977, Bokassa se couronne empereur
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Centrafrique - Il y a 43 ans, le 4 décembre 1977, à Bangui, Jean Bedel Bokassa, « président à vie » de la République centrafricaine, se couronne empereur lors d'un véritable pastiche napoléonien.

C’est lui-même qui se pose la couronne sur la tête. Plus de cinq cents journalistes avaient pris d’assaut les rives de l’Oubangui pour couvrir « l’un des plus grands événements du XXe siècle », dont le ministre français de la Coopération Robert Galley.

On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Aucun chef d'État ou de gouvernement ne s'y rend, excepté le Premier ministre de l'Île Maurice Sir Seewoosagur Ramgoolam.

Pour marquer l'événement, Bokassa revêt une réplique du costume que portait Napoléon Ier lors de son sacre, une épaisse cape écarlate doublée de fourrure d'hermine blanche et d'une robe incrustée de perles sur laquelle étaient brodés en fils d'or des soleils et des abeilles.

La cérémonie est très fastueuse

10 000 pièces d'orfèvrerie, 200 uniformes d'apparat, 600 smokings. De nombreux artisans et créateurs français furent mis à contribution par l'intermédiaire de Jean-Pierre Dupont.

Un trône monumental fut créé par le sculpteur Olivier Brice, empruntant le symbole de l'aigle à Napoléon.

La garde-robe impériale fut conçue par Pierre Cardin, la couronne en or pur, confectionnée par le joaillier Claude Arthus-Bertrand, comportait 7 000 carats de diamants, dont l'un de 60 carats, était estimée à près de cinq millions de dollars

À la fin de la cérémonie, le nouvel empereur remonte les rues de Bangui à bord d'un carrosse de bronze et d'or tiré péniblement par huit chevaux importés du haras national du Pin, situé en Normandie, envoyés par l'Élysée.

Deux chevaux meurent lors du trajet, ce qui contraint la famille impériale à parcourir les derniers mètres en limousine.

Le dîner fastueux de 10 000 couverts, soit 100 tonnes de nourritures , donné dans la cour intérieure du palais de la Renaissance et animé par le chanteur Manu Dibango, se termine par une énorme pièce montée de plus de 2 mètres de haut réalisée le matin même à Paris et est parachevé par un immense feu d'artifice au-dessus de la jungle

Le lendemain, proclamé par Bokassa jour férié, un grand défilé national fut organisé, avec des militaires, des pygmées, des majorettes, des événements sportifs …

La cérémonie est raillée, pour ses ratés (le grandiose pompeux, la mauvaise logistique, la foule conviée de force, les chevaux mourant de chaleur, les menaces d'impayés sur les bijoux, le carrosse en fait d'occasion, construit pour Caroline chérie) et pour son kitsch ; les observateurs voient en ce mélange pot-pourri de culture européenne et africaine — bien que les Centrafricains fussent décrits comme indifférents face au « couronnement africo-napoléonien » — une caricature, un « carnaval équatorial », une « tragédie-bouffe » qui « ne ressemble plus à rien ".

On chiffre la cérémonie à quelque 100 millions de francs français, financés en partie par le colonel Mouammar Kadhafi.

Bokassa devint ainsi le troisième souverain impérial au monde après Hirohito du Japon et Mohammad Reza Pahlavi d'Iran et le premier empereur africain depuis Haïlé Sélassié Ier.

Le titre complet du nouvel empereur est « Empereur de Centrafrique par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du parti politique national : le MESAN » (Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire).

Ce dernier épisode lui vaut une réputation de mégalomane. Bokassa justifie ses actions en déclarant que la création d'une monarchie aidera la Centrafrique à se distinguer des autres pays africains et à gagner le respect des autres pays du monde. Il prétend mettre en place une monarchie constitutionnelle, mais son régime demeure une dictature redoutable et violente.

Bokassa dépense des fortunes pour alimenter sa mégalomanie tandis que son pays sombre dans la pauvreté. La farce sera de courte durée, cela dit. Bokassa est renversé en 79.

Dans la nuit du 20 septembre 1979, alors que Bokassa Ier se trouve en Libye pour officialiser son rapprochement avec le colonel Kadhafi, la France lance l'opération Caban.

Un commando infiltré français venu fraîchement de France infiltre l'aéroport de Bangui-Mpoko. Après avoir neutralisé l'aéroport, des renforts atterrissent et le chef des Forces spéciales contacte le colonel Bernard Degenne basé à N'Djaména, capitale du Tchad, pour qu'il envoie ses « barracudas », nom de code pour huit hélicoptères Puma et transports aériens Transall.

La prise de Bangui peut débuter. Le lendemain aux alentours de minuit et demi, David Dacko annonce officiellement la chute de l'Empire centrafricain et proclame la République.

Le 10 octobre 1979, l'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné révèle l'affaire des diamants, ce qui contribuera à la défaite de Valéry Giscard d'Estaing lors de l'élection présidentielle de 1981.

Bokassa reviendra sur cette affaire dans un livre, au milieu des années 1980 ( Jean-Barthélémy Bokassa et Olivier Keravel, Saga Bokassa, Portes du Soleil-Respublica, 2009, p. 165. ), au cours de son exil français.

Empereur déchu, Bokassa se réfugie à Abidjan, en Côte d'Ivoire, pendant quatre ans, puis en France, dans son château d'Hardricourt dans les Yvelines, pour finalement retourner à Bangui en octobre 1986, bien qu'il y eût été condamné à mort par contumace.

Arrêté et jugé pour trahison, meurtre, cannibalisme et détournement de fonds, il fut jugé dans deux procès : le premier par contumace, présidé par Édouard Frank, le condamne à mort ; le deuxième, à l'initiative du nouveau président, ne reconnaît qu'un délit de « complicité dans la répression » et le condamne à une peine très légère. Il est gracié peu de temps après.

Bokassa est finalement amnistié par André Kolingba en 1993 (ce fut son dernier acte présidentiel) et meurt en 1996 d'un arrêt cardiaque à 75 ans.

Bokassa est inhumé dans son ancien palais de Berengo. Il est « réhabilité dans tous ses droits » par le président François Bozizé le 1er décembre 2010, à l'occasion de la fête nationale et du cinquantenaire de la proclamation de l'indépendance de la République centrafricaine.

Jean Bedel Bokassa avait 17 femmes et 36 enfants reconnus à charge.

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