Cameroun, Livre Enoh Meyomesse: La révolution Février 2008 :: CAMEROON
Cameroun, Livre Enoh Meyomesse: La révolution Février 2008 :: CAMEROON
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  • vendredi 08 février 2019 17:20:00
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Cameroun, Livre Enoh Meyomesse: La révolution Février 2008 :: CAMEROON

Au mois de février 2008, la jeunesse s’est soulevée au Cameroun, et s’est mise à tout casser. L’armée appelée à la rescousse a tiré. Le sang a coulé… à flot … La pièce de théâtre revient sur cette page tragique de l’histoire récente du Cameroun, au cours de laquelle d’innombrables jeunes ont cru à la révolution en détenant le pouvoir dans la rue pendant quelques jours… Quelques extraits.

1er passant. Se plaint.
Ces jeunes exagèrent. Ils exagèrent. Tout s’est arrêté. Ils ont mis la pagaille partout. C’est incroyable, ce qu’ils font, incroyable. Ah là là ! Il n’y a plus un seul taxi en circulation. J’ai déjà parcouru des kilomètres et des kilomètres à pieds, et je suis fatigué. Je n’en peux plus de marcher…
……
1er passant. Approbateur : Oh là là ! Ne m’en parlez pas, c’est ter-ri-ble !
2ème passant : J’habite si loin …
1er passant : Le pays est paralysé. Plus rien ne marche. Plus rien. Que fait le président ? Que fait-il ?
2ème passant : Belle question !
1er passant. : Que fait l’armée ? Que fait-elle ?
2ème passant : Oui, que fait-elle ?
1er passant : Pourquoi n’est-elle pas déployée dans les rues pour chasser tous ces jeunes délinquants et ramener la sérénité, la vie normale ?
…………..

RFI : Situation trouble à Ongola et à Munyengué-city. Des jeunes armés de bâtons et de gourdins ont pris d’assaut le centre-ville de ces deux principales cités du pays. Rien ne va plus. Ils cassent tout ce qui bouge. Ils ont tout paralysé. Ils ont instauré une ville-mor-te de fait. Tous les services publics sont fermés. Ils n’ont même pas pu s’ouvrir. Les automobiles ont de la peine à circuler au cœur de ces villes, de peur de voir voler en éclats leurs pare-brise. C’est une véritable insurrection qui est en train de se produire. Les forces de l’ordre semblent être totalement dépassées par le caractère soudain de cette colère de la jeunesse.

Tous les quatre se lèvent et lèvent les bras au ciel, esquissent des pas de danse, s’embrassent et se mettent à crier victoire.

Plekhanov. Vibrant de joie.

Voilà ! Voilà ! Voilà ! C’est bon ! C’est bon ! C’est très très bon ! Camarades !

Kpwang, Ngo Kundé, Kamba
Oui !
Plekhanov. Voix plus forte.
Camarades !
Kpwang, Ngo Kundé, Kamba. Réponse plus forte.
Oui !
............
Plekhanov : Satisfait. Professoral.

Voilà ! Camarades, pour la seconde fois en moins de vingt ans, notre peuple a su faire peuple. La dernière fois qu’il s’est ainsi dressé contre la servitude, c’était en 1991. Aujourd’hui, nous sommes en 2008. Il y a dix-sept ans ! Malgré la féroce répression qu’il a subie, il vient de repartir à l’assaut de la liberté.
Voix forte. Camarades !

Kpwang, Ngo Kundé, Kamba

Oui !!!!!!
Plekhanov. Voix plus forte.

Caaamaaaaraaaades !

Kpwang, Ngo Kundé, Kamba. Réponse plus forte.
Oui !!!!
Plekhanov: Satisfait.

Voilà ! La révolution est en marche, tel un cabri détaché de sa corde, elle dandine à travers les rues d’Ongola. Euh … continuons à écouter le reportage de RFI, car il se poursuit.

Ils se penchent de nouveau tous les quatre sur le poste de radio.

RFI : A bien y regarder, on a l’impression que les forces de l’ordre laissent faire. Dans ce pays où elles sont réputées pour leur brutalité en effet, il est surprenant de constater qu’elles ont déserté la ville. En tout cas, elles semblent ne plus y être.

Kpwang, Ngo Kundé, Kamba, Plekhanov.

Hourrraaaaaa !!!!!!!! Hourrraaaa !!!!!!!!
Hourrraaaa !!!!!!!! Hourrraaaa !!!!!!!!

RFI : Elles demeurent totalement invisibles, malgré l’heure avancée de la journée.
..........
Kpwang, Ngo Kundé, Kamba, Plekhanov.
Se mettent à approuver par des gestes en se regardant tout souriants.
……………..

Radio Free : La casse, la casse, la casse. Une gigantesque pagaille règne dans les rues d’Ongola et de Munyengué-city actuellement. Ils cassent tout, ces jeunes. Ils donnent l’impression, à les voir en action, d’avoir été drogués. Ça brûle de partout. Ongola la belle, s’est transformée en Ongola la fumée. Face à ce déchaînement de violence, les gens sont prostrés dans leurs domiciles. Très peu d’entre eux ont eu le courage d’en sortir ce matin.
Plekhanov. Doublement outré.

Ha là là là là ! C’est pas croyable ça ! C’est pas croyable ! Qu’est-ce qu’il est con ce mec également, qu’est-ce qu’il est con ! Pourquoi il raconte ça ? Ha là là là ! C’est de la désinformation ça, c’est de la désinformation, point. Ce n’est rien d’autre. D’ailleurs, cette radio est détenue par un ponte du régime. Il n’est guère surprenant qu’elle dise ça.

Ngo Kundé. Outrée à son tour des plaintes de Plekhanov. Se lève et se tient face à lui.

Plekhanov, qu’y a-t-il ? Qu’y a-t-il ? C’est ça la révolution. C’est ça la révolution. Je me moque de ce que racontent ces demeurés des radios. Je m’en moque éperdument. Ils ne comprennent rien à la marche de l’Histoire. C’est une bande de tarés. Point.
Plekhanov. Nerveux.

Mais ce que racontent ces connards n’est pas acceptable, cela nous dessert, cela n’est pas acceptable. Ils qualifient les insurgés de drogués. C’est une contre-vérité. C’est faux, archi-faux. C’est de la désinformation, de l’intoxication.
...........
Ngo Kundé. Doublement agacée.
Camarade Plekhanov, la révolution est rupture. C’est ça et rien d’autre. Un ordre qui s’installe, s’installe toujours par la violence, que les révolutionnaires soient drogués ou pas. Qu’ils le soient n’amoindrit en rien leur révolte, leur désir de rompre avec l’ordre ancien. Un accouchement est toujours douloureux. C’est la loi de la nature.
.................
Ngo Kundé. S’emporte.

Oh là là ! Je répète, un ordre qui s’installe, le fait toujours par la violence. Il instaure ses lois. Il fait régner la terreur pour casser l’ordre ancien. Il faut cette terreur pour obtenir une véritable rupture. Il n’y a pas de révolution sans terreur, c’est une terreur salvatrice. Lénine avait parlé de dictature du prolétariat, pour écraser les idées, les comportements, les habitudes de la bourgeoisie. L’ordre ancien, auquel est déjà habituée la population, ne peut être remplacé par un nouvel ordre que par la violence.

…………………

1er casseur. Il a immobilisé un passant et le brutalise.

Tu n’as pas appris qu’il y a la révolution ? On en a marre de ce régime. Il a trop duré. Today na today. Mvam Abui doit partir. On ne veut plus le voir. Assieds-toi !

Cravate le passant qui le supplie. Le racle avec son pied. Celui-ci atterrit sur ses fesses.

Toi-là, tu as l’air d’un profiteur du régime. Tu es un fonctionnaire, n’est-ce pas ?

Le passant. Suppliant.

Ne me faites pas de mal, je vous en prie. Ne me faites pas de mal. Moi je ne connais pas ces histoires de politique. Moi je voulais simplement aller au travail. Pitié. Pitié.

Le casseur. Impitoyable.

Nous on fait la révolution. On en a marre de gens comme toi qui nous affament. Nous, nous mourons de faim, pendant que des individus comme toi pillent toutes les richesses du pays.

Le passant. Suppliant encore plus.

Non, non, je ne suis pas de ceux-là. Je ne suis pas ministre. Moi je ne suis qu’un pauvre fonctionnaire. Un vaurien. Moi je ne suis rien du tout. Je suis comme vous, un crève-la-faim. Moi aussi j’ai de la peine à manger.

Le casseur. Féroce.

Tais-toi, menteur. Si ce n’est toi, c’est l’un des tiens. J’ai quand même appris le loup et l’agneau, ah, ah, ah ! J’ai quand même été à l’école. J’ai quand même mon BEPC, moi un fils de pauvre. Je ne l’ai pas acheté. Je l’ai passé avec ma tête. J’ai fait le lycée. Je ne suis pas un tchuk head.

Il lui verse un peu d’essence sur les cheveux. Il sort son briquet et l’allume. Le passant éclate en sanglots et se roule au sol en hurlant de peur. Entre en scène un autre passant, une dame rudoyée par un deuxième casseur qui entre également en scène, la traîne vers le premier.
…………….

Kpwang. Diminue le volume de la radio, dépité.

La-men-ta-ble… je dis la-men-ta-ble. C’est tout.

Kamba. Egalement dépité.

Des mots, des mots, des mots, toujours des mots, éternellement des mots. En tout cas, il est toujours égal à lui-même. C’est bien le Mvam Abui que nous connaissons tous par cœur. Eh bien, que ceux qui s’attendaient à un miracle de sa part se mettent le doigt dans l’œil.

Ngo Kundé. Se lève.

Ouais, éteins-nous d’abord cette radio. Nous n’avons que faire des soi-disant « politologues » et autres « analystes politiques » et je ne sais quoi d’autre de ce pays, en fait, tous des quémandeurs de postes au gouvernement, qui vont à présent se lancer dans l’exégèse du baratin soporifique de « son excellence ».

Kpwang éteint la radio. Ngo Kundé poursuit, toujours debout.

Depuis trois jours déjà, le pays brûle, et que trouve à dire monsieur « je m’en fous de tout » ? Rien. Il ne dit rien. Mieux encore, il nous blâme. Évidemment, son régime est en péril. Il pouvait s’attendre à tout, sauf naturellement à cette poussée soudaine de fièvre de la jeunesse. Nous sommes las de lui, las, las, las…

Elle se rassoit, en s’affalant sur sa chaise.
.........................

Plekhanov. Se dresse à son tour.

Ouais. Revenons sur ce que nous venons d’entendre. « Son excellence » prétend que nous avons semé la pagaille dans le pays. Il prétend que nous avons perturbé la paix dans le pays. Il prétend que nous avons apporté le désordre dans le pays. Ouais. Tout ce qu’il y a de mauvais en ce moment dans le pays, repose sur nos frêles épaules. Alors, il va déployer l’unité d’élite de l’armée contre nous. Alors il va envoyer l’unité d’élite de l’armée contre nous. Alors il va larguer l’unité d’élite de l’armée contre nous. Il vient de se rendre compte que la police, la gendarmerie et les militaires classiques ne font guère le poids devant la détermination du peuple à se faire entendre. Mais, il ne s’est nullement rendu compte que ces forces, issues du peuple, ont fait bloc avec le peuple. Il ne s’est pas rendu compte que ces troupes, issues du peuple, se sont ralliées au peuple.

Lève le poing droit fermé en l’air.

Je crie pour cette raison et à haute voix, VICTOIRE !!!!
……………

Le peuple a fait bloc derrière les étudiants. Il a amplifié notre voix. Il l’a portée plus haut. Il l’a hissée au sommet du Mont Kamerun, et tout le monde à présent, l’a bel et bien entendue.

Lève le poing droit fermé en l’air.

Comme le camarade Plekhanov, je crie également pour cette raison fondamentale, et à haute voix, VICTOIRE !!!!

Ngo Kundé, Kamba et Kpwang lèvent également leurs poings droits fermés et reprennent en chœur VICTOIRE !!!!

Toutefois, camarades, notre révolution à présent au firmament, ne va plus que péricliter, elle ne va plus que descendre.

Silence attentif des autres.

Nous avons lancé un mouvement anarchiste. C’est ce que nous avons, en réalité, fait. Nos objectifs étaient confus.

Silence attentif des autres.

Que voulions-nous ? Que recherchions-nous ? Que visions-nous ?

Silence attentif des autres.

A toutes ces questions essentielles, nous n’avons point songé à fournir de réponses valables. Nous avons été emportés par la fougue. Notre révolution va ainsi désormais péricliter, jusqu’à s’éteindre.

Silence attentif des autres.

Je crains que nous n’ayons fait la révolution pour rien. Toute cette casse, pour rien. Toutes ces larmes, pour rien. Toute cette énergie, pour rien. Ah, que c’est rageant…

Silence attentif des autres.

Camarades, je dis, il ne faut point entamer une révolution, sans être sûr de la conduire à son terme. Autrement, la contre-révolution sera terrible.

Silence attentif des autres.

Les oppresseurs se mettront encore plus à écraser le peuple vaincu, à nous écraser, car ils vont s’enrichir intellectuellement de cette révolution sans but, sans objectif, sans horizon, cette révolution pour le plaisir de la révolution, que nous avons lancée.

Murmures divers des autres.

Alors, camarades, j’affirme :

Voix forte.

la révolution n’est point un banquet où l’on vient siroter du bon vin,

Silence.

la révolution n’est point un festin, où l’on vient goûter des plats exquis.

Silence.

Non. Elle n’est point cela.

Silence.

La révolution, c’est le feu, la révolution, c’est le sang, la révolution, c’est des larmes, c’est la mort. On ne la lance pas pour rien.

Commentaires divers
et embarrassés des autres.
Lève le poing droit fermé en l’air.

Malgré tout, je crie également à haute voix, comme le camarade Plekhanov, VIC-TOI-RE !!!!

Ngo Kundé, Kamba et Plekhanov lèvent également leurs poings droits fermés et reprennent en chœur VICTOIRE !!!!
……..

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08févr.
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