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Cameroun, Livre : Dr ESISIA EN GARDE A VUE A LA GENDARMERIE… :: CAMEROON
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  • vendredi 01 février 2019 13:00:00
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Cameroun, Livre : Dr ESISIA EN GARDE A VUE A LA GENDARMERIE… :: CAMEROON

Des menottes avaient été placées aux poignets d’Esisia, et il avait été jeté dans une fourgonnette de la gendarmerie, lorsqu’un renfort d’une vingtaine de gendarmes était arrivé. Tout l’hôpital s’était retrouvé en effervescence, lorsque la voiture le transportant l’emmenait. « Qu’a-t-il fait ? », telle était la question que se posait tout le personnel. Certains de ses collègues n’hésitaient pas à établir une corrélation entre le coup d’œil haineux du ministre à son endroit le jour de sa visite de l’hôpital, et cette arrestation. Ils étaient ainsi divisés. Pour les uns, « l’éléphant avale de grosses touffes d’herbes parce qu’il compte sur son gros anus », Esisia, quant à lui, en s’attaquant au ministre, disposait-il d’un anus de taille suffisante ? Pour d’autres, « le mauvais cœur qui prévaut dans ce pays n’a pas de limites, Esisia est victime du désir de destruction et d’anéantissement de sa personne par André Mukala. Que lui a fait Esisia ? Rien du tout ».
Une fois à la brigade de gendarmerie, Esisia avait été déchaussé, sa ceinture lui avait été ôtée, et, naturellement, ses menottes, et le commandant de la brigade lui avait déclaré : « on va d’abord vous garder ; on verra votre cas demain ». Il avait alors été jeté en cellule. Il s’était ainsi retrouvé dans le noir, dans une pièce exiguë, malodorante, chaude comme une étuve et bondée de monde. Il lui avait fallu une dizaine de minutes pour que ses yeux puissent commencer à distinguer les silhouettes tout autour de lui et assises à même le sol, pendant que lui il se tenait debout adossé à un des murs tout moite de la pièce. Lorsqu’il y avait été projeté, il s’était affalé sur des corps humains qui l’avaient aussitôt repoussé en l’abreuvant d’injures. Il s’était rapidement relevé et s’était d’abord tenu le long du mur, puis s’y était finalement adossé. Une voix caverneuse lui avait alors déclaré : « oh, grand, ici c’est la cellule, il faut t’acquitter de ses droits, sinon, tu dors près du « président ». Sais-tu ce qu’est le président ? (Rires de la voix). Le « président », c’est le seau d’excréments, là où tout le monde défèque et urine. Si tu n’as pas d’argent avec toi, tu peux en faire venir de ta famille. Dis-nous simplement quand est-ce que tu peux payer. Cet argent nous est utile pour manger, car il y a des gens qui se trouvent ici depuis deux à trois mois, abandonnés de tous leurs familles et leurs amis. »

Chapitre XVIII

Esisia avait passé la journée enfermé dans la cellule de la brigade de gendarmerie. Il s’était d’abord longuement tenu debout, adossé à un des murs de ce local infect et malodorant. Puis, lorsqu’il avait commencé à ressentir des douleurs aux jambes, il s’était résolu à s’asseoir à même le sol, comme tout le monde, sur lequel était répandu le liquide nauséabond et visqueux constitué de l’urine et de la matière fécale des gardés à vue. Il en avait eu la nausée, s’était mis du coup à s’interroger profondément sur la manière dont l’homme noir traitait son congénère. Du temps où il était étudiant en France, il n’avait jamais eu de mots suffisamment durs pour dénoncer la maltraitance coloniale. Mais, depuis qu’il était retourné dans son pays, il s’était rendu compte que les brimades coloniales n’étaient pas le fait d’une race humaine sur une autre, mais qu’il fallait plutôt s’interroger sur cette propension qu’avait l’être humain d’une manière générale à écraser son semblable dès que l’occasion lui était procurée. Comment pouvait-on maintenir des hommes, ne serait-ce que pendant une toute petite minute, dans un endroit si répugnant. Le plus navrant, avait-il pensé, était que quotidiennement, le gouvernement s’attelait à proclamer que le pays était un paradis des droits de l’homme, une terre où la dignité humaine était scrupuleusement respectée, un modèle en la matière en Afrique, voire même dans le monde. En écoutant les conversations des personnes enfermées comme lui, il avait découvert la barbarie inouïe des gendarmes, leur absence totale de scrupules. Il avait entendu plusieurs récits de bastonnades à la machette sous la plante des pieds dans le but d’extorquer des aveux aux personnes placées en garde à vue. Il avait découvert plusieurs personnes gémissantes de douleurs, sur qui les gendarmes avaient tiré une balle dans la cuisse lors des interrogatoires pour leur faire avouer un délit. A certaines, la balle avait fracturé l’os, à d’autres, plus chanceuses, elle n’avait fait que transpercer la chair. Mais, toutes n’avaient reçu aucun soin et en souffraient énormément. Il avait découvert des personnes en garde à vue sous forme d’otages, pour que leurs frères, amis, connaissances diverses, viennent se livrer à la gendarmerie. Il était écœuré par tout ce qu’il découvrait et dont il avait de la peine à accepter l’existence. Non, des Noirs ne pouvaient pas faire ça à d’autres Noirs. Non, ils avaient travesti l’indépendance acquise au prix du sang. Non, ces gens n’étaient pas des patriotes, mais plutôt des traites à la race.
(…)
Le chef de la cellule, lorsque l’heure du repas avait sonné, lui avait proposé un plat de nourriture. Il lui avait répondu poliment qu’il ne lui était guère possible d’avaler quoi que ce soit en respirant l’odeur pestilentielle qui régnait en ces lieux. « Grand, t’as intérêt à rapidement d’habituer à elle, sinon tu ne mangeras jamais, car elle ne cessera en aucun jour, et tu ne peux savoir par avance pendant combien de temps tu séjourneras ici », avait rétorqué le chef de la cellule.
Lorsque sa tête avait commencé à dodeliner de sommeil, il s’était de nouveau adossé au mur, mais cette fois-ci assis. Il ne voulait aucunement s’allonger au sol sur l’eau souillée qui le mouillait.

* *
*

La porte métallique de la cellule s’était ouverte brusquement, après le vacarme du cadenas également métallique avec lequel elle était fermée, sortant en sursaut Esisia du sommeil. « Allez, tout le monde debout ! », avait aboyé un gendarme, une lampe torche en main, et en faisant circuler sa lumière dans toute la cellule. « Je dis tout le monde debout ! Il est six heures du matin. C’est l’heure des effectifs », avait-il de nouveau aboyé, en soulevant du pied les personnes couchées tout près de la porte. « Toi et toi, prenez le « président » et sortez avec, vous le vidangez, le rincez à l’eau et le ramenez. Toi et toi, les bouteilles d’eau vides, vous les remplissez de nouveau. Toi et toi, les balais. Le reste, sortez et tenez-vous dans le couloir, dépêchez-vous ! » Les personnes désignées par le gendarme s’étaient prestement exécutées. Le reste des gardés à vue, y compris Eisia, était sorti de la cellule et était parti se tenir dans le couloir conduisant au dehors. La lumière du jour l’inondait à partir d’une fenêtre située au fond de celui-ci. La puanteur insoutenable de la cellule y avait considérablement diminué, balayée par l’air frais en provenance de l’extérieur.

Lorsqu’avaient été ramenés le « président » à demi-rempli d’eau, ainsi que les bouteilles d’eau, et que la cellule avait été balayée, les bouts de pain, les morceaux de bâton de manioc qui y traînaient au sol jetées à la poubelle dehors, tout le monde avait de nouveau été remis en cellule. Le gendarme appelait le nom d’une personne gardée à vue. Elle répondait « présent !» à haute voix et y pénétrait, pendant qu’il cochait son nom sur une feuille qu’il tenait en main et lisait à l’aide de sa lampe torche.

…….

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01févr.
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