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CAMEROUN :: Aboya Manassé Endong : « Une année-test pour le président réélu » :: CAMEROON
CAMEROUN :: POINT DE VUE
  • Cameroon Tribune : Propos recueillis par Alexandra TCHUILEU N.
  • samedi 29 décembre 2018 12:34:00
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CAMEROUN :: Aboya Manassé Endong : « Une année-test pour le président réélu » :: CAMEROON

L’année 2018 a résolument été électorale au Cameroun. A votre avis, en quoi l’élection présidentielle va-t-elle être déterminante pour l’année 2019 ?
Sur le plan strict de l’analyse politique, l’élection présidentielle s’appréhende essentiellement comme un contrat, conclu entre le président élu sur la base de son projet de société et le peuple qui l’a librement élu. Celle du 7 octobre 2018 ne déroge pas à cette logique du marché politique. En effet, le président réélu a désormais ce regain de légitimité qui lui permettra d’orienter, de déterminer et de diriger l’État selon les engagements pris dans sa profession de foi et consignés dans son programme politique.

Or en tant qu’évènement-phare de l’année 2018, l’élection présidentielle sera déterminante aussi bien pour structurer et construire 2019 que pour préfigurer 2019. D’abord parce que cette élection vient re-légitimer le président de la République, en lui conférant un surcroît de légitimité politique pour traduire en actes les grandes orientations proposées au peuple lors de la campagne électorale. Ensuite, parce que son issue cristallise de nombreuses attentes légitimes de la part des Camerounais qui considèrent 2019 comme une année-test pour le président ré-élu et les grandes opportunités qu’il nourrit pour les Camerounais. Enfin, parce qu’elle est aussi une année d’élections locales, aussi bien au niveau de l’Assemblée nationale que pour ce qui est des conseillers municipaux.

Cette année aura également été marquée par la mise en place des instituions telles que le Conseil constitutionnel, le ministère de la Décentralisation. Comment ces avancées peuvent-elles changer le visage du Cameroun dans la mise en œuvre effective de la démocratie ?
Le processus de parachèvement du dispositif constitutionnel s’est donné à voir au cours de l’année 2018, à travers la mise en place du Conseil constitutionnel. Il s’agit d’un organe essentiel, voire vital pour la consolidation et la maturation du processus démocratique camerounais. En effet, le Conseil constitutionnel s’est illustré dans ce rôle d’arbitre du jeu politique et de juge du contentieux constitutionnel à l’occasion de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. Son entrée en scène constitue une importante avancée dans le processus de consolidation de la démocratie au Cameroun. Il lui revient ainsi de « négocier » ou de construire sa crédibilité en mettant à contribution le statut de ses membres pour participer véritablement à l’œuvre de construction de la démocratie camerounaise. Pour ce qui est du ministère de la Décentralisation et du Développement local, son actualité conforte la pertinence de sa création. Cette création participe donc d’un souci d’efficacité de l’administration publique, si tant est que ce ministère a pour objectif majeur d’impliquer les populations et de les intéresser à la gestion des affaires locales.

En fin d’année, le chef de l’Etat a tendu la main aux combattants de Boko Haram dans l’Extrême-Nord et aux sécessionnistes dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest avec notamment la création du Comité national de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants (CNDDR). Selon vous, comment pareille initiative va-t-elle contribuer à ramener durablement la paix et la stabilité dans ces régions ?
Si la paix et la stabilité sont des défis de tous les jours, ces dernières années, le Cameroun qui a pourtant une longue tradition de paix, comme le renseigne la métaphore le présentant comme un « havre de paix », a connu des velléités de déstabilisation dans la partie septentrionale et dans les régions du NO/SO. L’option de pacification de ces zones vient d’enregistrer une nouvelle mesure présidentielle à travers la création du CNDDR le 30 novembre 2018. Il s’agit d’une offre de paix, d’une opportunité de resocialisation qui montre la détermination du président de la République d’offrir à ses concitoyens, les conditions d’épanouissement et de développement plus crédibles que ceux qu’offrent des entrepreneurs de guerre.

Et dans cette perspective, la bonne foi du président de la République s’est accompagnée d’un arrêt des poursuites en faveur de 289 détenus dans le cadre de la crise dite anglophone. À travers cette politique du pardon, il s’agit de rassurer les éventuels sceptiques que le Comité national de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants n’est pas un piège, mais davantage une main tendue pour une paix durable.

29déc.
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