Regards: Une affaire sordide de pain sardine au Cameroun. :: CAMEROON
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CAMEROUN :: LE SAVIEZ-VOUS Regards: Une affaire sordide de pain sardine au Cameroun. :: CAMEROON
  • Camer.be : Tata Yo
  • vendredi 28 décembre 2018 12:00:00
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Regards: Une affaire sordide de pain sardine au Cameroun. :: CAMEROON

Nous sommes le vendredi 28 décembre 2018 au Cameroun. Je me souviens que lorsque j’étais élève à l'école publique francophone de la gendarmerie à Kumba, chef lieu du département de la Mémé , dans la région du Sud-ouest Cameroun. A l’école, j’avais un camarade, nommé ORORIRO. Un gars brillant dont le père était gendarme. Nous étions concurrents, parce qu’il était premier et j’étais deuxième. Et quand j’étais premier, il était deuxième.

Au CM1, ORORIRO et moi avons été ex æquo au moins deux fois. Je suis H.S et lui OR. Je suis donc premier par ordre alphabétique. ORORIRO ne le digère pas et il sera premier jusqu’à la fin de notre cycle primaire.

Frustré, je me suis alors demandé : « Comment fait-il pour être tout le temps premier » ? Je compris dès lors que la réponse se trouvait dans son goûter.

Oui, ORORIRO était un enfant « gâté », une voiture le déposait chaque matin à l’école tandis que nous venions à pied. Nous écumions les quartiers de Kumba à pied, alors qu’il profitait d’une vie dorée et climatisée à «Up Station ».

Son secret ? Le pain sardine. Oui, il avait un sandwich corsé, avec de la sardine. Rien que ça !

J’ai mordu ce pain lors d’une récréation, et, le temps d’une digestion rapide et éphémère, je me suis mis à maudire mes parents pour le côté rustre de mes pauses, sans pain-sardine. Je trouvais cela bizarre de me contenter de beignets 20-10-10 (Beignet de 20 francs, accompagné du haricot de 10 francs et de la bouillie de maïs de 10 francs Cfa) et autres galettes insipides

Je voulais désormais le pain sardine de Ororiro que notre instituteur s’en délectait avec la complicité de ORORIRO. C’était une question de vie ou de mort. Alors je suis allé agresser ma mère qui était morte de rire : « tu veux te complexer pour une histoire de pain sardine ? Va poser ce problème à ton père ! ».

Ah, oui, mon père était un "sardinard" J’avais oublié que grâce à ses proches qui chantaient les louanges du président Paul Biya, il avait été promu officier de la gendarmerie. Il recevait donc des produits de luxe tous les mois, notamment l’illustre produit de mer. Mais j’avais aussi oublié qu’il était venue un soir avec un pain sardine pour moi. C’était tard le soir, la sardine avait donc fini par disparaître dans le congélateur.

Mes voisins n’avaient pas apprécié qu’un enfant de mon âge reçoive un tel présent, du coup, dès le lendemain matin, plus de pain sardine dans le congélateur. Mes tontons n’avaient visiblement pas de pitié pour moi.

Quelques jours avant, après les élections cooptées des "sardinards à la tête de la commune urbaine de Kumba, J’étais en vacances à Douala et j’allais retourner bredouille à Kumba. Je n’avais par conséquent pas la possibilité de dire à Ororiro : « Tiens, enfin, j’ai mangé du pain sardine ». Une défaite de plus. Déjà je le trouvais mignon et brillant… et il fallait en plus que je sois humilié par son pain sardine ? J’entrepris alors un plan : un jour je m’offrirai mon propre pain sardine. Ce fut chose faite des années plus tard, à l’occasion de mon recrutement sans dépôt de CV au port autonome de Douala .

Je me souviens que lorsque j’étais étudiant, mon camarade Bipela Ambiana nous avait déclaré qu’il était Témoin de Jehovah et que sa religion lui interdisait de chanter les louanges d'un dirigeant pour attendre de ce dernier, un poste juteux de recrutement quelque part.

Je fus donc très surpris de le voir consommer allègrement du pain beurré ou chocolaté lors des rencontres sportives après les matchs de Football. « Mais gars, tu es conscient que tu es en train d'éviter la sardine ? » lui avais-je demandé. Je me souviens encore de sa réponse : « Gars, laisse-moi ! Je sais. Je reste Camerounais intègre, et je refuse le pain sardine que certains dirigeants offrent au peuple pour leur flouer ». Fin du débat.

Bipela Ambiana n’est pas le seul à comprendre la valeur du pain sardine. Mon neveu, qui était en maternelle, avait débarqué un soir et avait déclaré à mon frère Romi : « Papa, la maîtresse m’a dit de ne plus venir avec le pain-sardine en classe. Elle préfère quand je viens avec du pain-beurré ou chocolaté » ! Oui, même les maîtresses d’école attendent les goûters de nos mômes de pieds fermes. Alors soyez généreux ! Faites du pain au beurre ou au chocolat pour les enfants. Faites-le ! Car, la sardine au Cameroun est devenue un aliment de corruption des consciences....lors et après des échéances électorales.

28déc.
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