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Cameroun, Vient de paraître: Histoire de la politique camerounaise … :: CAMEROON
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  • samedi 15 décembre 2018 15:02:00
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Cameroun, Vient de paraître: Histoire de la politique camerounaise … :: CAMEROON

Répondant à la question d’un journaliste français en 1990, quelle image désirez-vous laisser dans l’histoire du Cameroun, le Président Paul Biya a déclaré : « celle de l’homme qui aura apporté la démocratie ».

En vérité, l’Histoire, au-delà des péripéties qui la caractérisent inévitablement, retiendra effectivement que c’est sous son règne que la démocratie a été réinstaurée au Cameroun, car elle ne retient toujours que l’essentiel.

Chapitre I : La situation avant le Renouveau.

Afin de mieux apprécier le régime du Renouveau en matière de retour à un régime démocratique comme avant le 1er septembre 1966, date officielle de la

fin du pluralisme politique qui existait depuis 1946, il importe de se remémorer la situation qui prévalait avant son avènement.

A – Le régime totalitaire d’auparavant.

Celui-ci a été le mieux symbolisé par l’ordonnance 62-OF-18, du 18 mars 1962 portant répression de la subversion :

« Article 1 : Quiconque aura, par quelque moyen que ce soit, incité à résister à l’application des lois, décrets, règlements ou ordre de l’autorité publique, sera puni d’un emprisonnement de trois mois et d’une amende de 100.000 à 1 million de francs ou l’une de ces deux peines seulement.

Article 2 : Quiconque aura, par quelque moyen que ce soit, porté atteinte au respect dû aux autorités publiques, ou incité à la haine contre le gouvernement de la République Fédérale ou des Etats fédérés ou participé à une entreprise de subversion dirigée contre les autorités et les lois de ladite République ou des Etats fédérés,

ou encouragé cette subversion, sera puni d’un emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de 200.000 à 2 millions de francs ou l’une de ces deux peines seulement, sans préjudice, s’il y a lieu, des peines plus fortes prévues par les lois et décrets en vigueur.

Article 3 : Quiconque aura, soit émis ou propagé des bruits, nouvelles ou rumeurs mensongers, soit assortis de commentaires tendancieux des nouvelles exactes, lorsque ces bruits, nouvelles, rumeurs ou commentaires sont susceptibles de nuire aux autorités publiques, sera puni des peines prévues à l’article 2.

Article 4 : En cas de récidive, la peine de prison est toujours prononcée. Si l’auteur de l’infraction est fonctionnaire, agent ou employé d’un service public ou militaire, le tribunal pourra le déclarer à jamais incapable d’exercer aucune fonction publique ».1

(…)

L’ordonnance de 1962 a ainsi rempli les prisons du Cameroun d’opposants politiques et de personnes supposées telles, de journalistes, de syndicalistes, avec pour point culminant, les arrestations opérées à la suite du scrutin du 26 avril 1964, aux résultats controversés. Les bagnes coloniaux aux conditions de détention les plus terribles tels que Yoko, Mantoum et Tcholliré ont été maintenus. D’innombrables contestataires du régime y ont été internés pour de longues durées et y ont perdu la vie.

B – L’adhésion forcée au parti gouvernemental.

Aussitôt l’indépendance proclamée et la réunification réalisée, le régime de l’époque s’était mis à prôner la création d’un « grand parti national », c’est-à-dire un parti unique. En d’autres termes, il avait décidé l’absorption, pure et simple, de tous les partis politiques

existant au Cameroun, dans le sien, un peu comme si aujourd’hui le RDPC intimait l’ordre aux autres partis politiques légalisés de se fondre en lui. En réponse, quatre députés, leaders de partis politiques bien en vue en ce temps-là, André-Marie Mbida, PDC, Théodore Mayi Matip, UPC, Charles Guy René Okala, USD, et Marcel Bebey Eyidi, Parti Travailliste, s’étaient regroupés en une coalition qu’ils avaient dénommée « Front National Unifié », FNU. Ils en avaient informé, de manière officielle, le président de la République :

«… Monsieur le Président, nous avons l’honneur de vous faire connaître que nos partis politiques respectifs viennent de constituer conformément à la proclamation politique ci-jointe, un regroupement sous la dénomination de « Front National Unifié », conformément aux dispositions de la constitution de la République Fédérale du Cameroun, et à celles de la loi du 1er juillet 1961. Les statuts du Front

National Unifié, ont été régulièrement déposés. Désormais, donc, en ce qui concerne les groupes parlementaires ainsi que leur représentation dans les diverses commissions de notre Assemblée, les élus Démocrates, Socia-listes, Travaillistes, Upécistes, ne formeront qu’un intergroupe parlementaire appelé Groupe du Front National Unifié. »

Le 16 juin 1962, ils avaient publié une lettre ouverte dans laquelle ils se prononçaient sur ce projet du gouvernement. Puis, sept jours plus tard, à savoir le 23 juin 1962, ils avaient également publié un Manifeste. On peut lire, dans celui-ci, ce qui suit :

« …L’unité nationale telle qu’elle est définie par certains, est un mythe, et ce mythe frise l’utopie. Si réellement nous sommes animés par les uns et les autres du désir d’unité, on n’emploierait un autre langage que celui auquel nous habitue Radio Yaoundé et les officiels. Nous croyions quant à nous, que l’unité supposait d’abord un minimum de courtoisie envers tous ceux que l’on veut unir, mais nous nous apercevons à notre plus grand regret que cette unité ne se fera que quand les tenants du pouvoir auraient réduit les autres Camerounais au rang de simple esclave. C’est pour cela que nous nous sommes décidés à opérer ce regroupement dont on parle tant, mais auquel on se dérobe quand nous voulons essayer de discuter les modalités de cette unité.

Tantôt on nous traite de « politicards attardés et ambitieux » et tantôt on nous traite de « politiciens dépassés », quand on ne nous traite pas de « menteurs et de démagogues ».

Qu’on nous permette de préciser que non seulement nous ne méritons pas ces épithètes, mais encore que nous ne sommes que des Camerounais comme les autres, et qui plus est, nous ne voulons que vivre notre âge, notre milieu et notre époque. Nous ne sommes donc ni « ambitieux », ni des « attardés », encore moins des « dépassés », des « menteurs » et des « démagogues ». Nous ne voulons non plus être des précoces qui attellent la charnue avant les bœufs. Mais, nous voulons qu’ensemble, avec l’Union Camerounaise et toutes les autres formations politiques, nous puissions d’abord résoudre les problèmes concrets qui se posent à notre pays commun, comme à tous les autres pays sous-développés (…)

Il est indécent de faire prévaloir un climat de force en mettant en relief les démissions de ceux qui cèdent, comme tout le monde le sait, aux injonctions et pressions de certains agents d’autorité, lesquels ne font plus de l’administration, mais sont devenus des agents propagandistes et inquisiteurs de l’Union Camerounaise (…)2

Six jours seulement après la publication de ce document, à savoir le 29 juin 1962, les quatre députés signataires de celui-ci étaient mis aux arrêts et traduits au Tribunal Militaire pour « incitation à la haine contre le gouvernement, et propagation de fausses nouvelles, etc. », conformément aux dispositions de l’ordonnance 62-OF-18

portant répression de la subversion. Ils seront condamnés à trois années de prison ferme. Eyidi Bebey en sortira gravement malade et mourra peu de temps après sa remise en liberté. André-Marie Mbida en sortira aveugle. Seuls Okala Charles et Mayi Matip sortiront indemnes de leur détention.

Au mois de septembre 1966, Mbida capitule. Il publie le communiqué ci-dessous :

« Le Parti des Démocrates Camerounais, comme un seul homme, donne son entière adhésion sans réserve, à compter de sa date d’existence légale du 1er septembre 1966, au nouveau parti naissant de l’Union Nationale Camerounaise ».3

Théodore Mayi Matip de son côté également, comprend qu’il n’est plus possible de continuer à faire de la politique comme auparavant au Cameroun. Il capitule à son tour et
rejoint le « Grand parti national unifié» qui voit le jour le 1er septembre 1966 : l’UNC.

Nous n’avons pas connaissance d’une décision de ce type de la part d’Okala Charles, mais néanmoins, il sera nommé ambassadeur itinérant quelques années plus tard, alors que son parti n’existe plus.

Introduction

Chapitre I : La situation avant le Renouveau

A – Le régime autoritaire d’auparavant

B – L’adhésion au parti gouvernemental

Chapitre II : La rupture de 1982

A – La fin de la suspicion des intellectuels

B – Le recul de la prédominance du parti unique

Chapitre III : Les entraves à la naissance du Renouveau

A – La bataille de la suprématie

B – la conquête obligatoire du parti unique

Chapitre I: L’abolition de la « démocratie gouvernante »

A – L’abolition de la liste unique

B – L’introduction de primaires au sein du parti unique

Chapitre V : 1988 : le grand chamboulement politique

A – Un engouement populaire sans précédent

B – Humiliantes défaites de barons

Chapitre VI : 1990 : aboutissement de la restauration de la démocratie

A – L’abrogation de l’ordonnance du mois de mars 1962

B – Les lois de la liberté de décembre 1990

Chapitre VII : La terrible explosion politique de 1991

A – Restaurer l’ancien régime

B – Un nouveau régime en dehors du Renouveau

Chapitre VIII : Les élections de 1992 : un pas décisif dans le retour de la démocratie

A – le boycott du 1er mars 1992

B – Le scrutin présidentiel d’octobre 1992

Chapitre IX : Le retour à la sérénité politique de 1997

A – Usage et fin du boycott

B – Le temps enfin de la politique classique

Chapitre X : Le grave problème de l’heure qui met en péril la démocratie : les attentats terroristes

A – Une nouvelle législation d’exception ?

B – Objectif : contrecarrer la démocratie

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15déc.
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